Vue d’installation de la salle des maîtres danois, Trésors impressionnistes. La collection Ordrupgaard, 18 mai 2018–9 septembre 2018, Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. Photo : MBAC

De Hammershøi à Hossack. Inspiration et ressources

Quand la photographe d’art ottavienne Leslie Hossack a entrepris de documenter la vie du grand artiste danois Vilhelm Hammershøi (1864–1916), elle a étudié pendant longtemps son tableau Rayon de soleil dans le salon (1910) dans la collection du Musée des beaux-arts du Canada. Acquis par le Musée en 2017, ce dernier est l’une des célèbres scènes intérieures contemplatives de cet artiste. Normalement accroché dans les salles permanentes, Rayon de soleil dans le salon a été présenté en 2018 aux côtés de cinq autres toiles de Hammershøi dans l’exposition temporaire du Musée, Trésors impressionnistes. La collection Ordrupgaard, dont une des salles a été consacrée à des œuvres de maîtres de la grande époque de l’art danois.

Vilhelm Hammershøi, Rayon de soleil dans le salon, 1910. Huile sur toile, 58 x 67 cm. Acheté en 2017. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa Photo: MBAC

Hossack dit que la toile d’Hammershøi qui appartient au Musée – et sa présence dans le contexte des autres œuvres du peintre tirées de la collection Ordrupgaard – a été le catalyseur de son dernier projet photographique en date. « J’ai eu l’impression que Hammershøi et moi parlions le même langage visuel, ajoute-t-elle. Voir ses intérieurs est une expérience intime. On entre dans sa maison privée, on se déplace dans son espace physique et, lentement, on rencontre notre propre âme. »

Hossack explore généralement des sujets et des personnages historiques. Elle s’inspire de formes architecturales, dont l’architecture national-socialiste de Berlin, la Rome de Mussolini et les structures d’internement des Canado-Japonais pendant la Deuxième Guerre mondiale. Son travail figure dans diverses collections, notamment celles de Bibliothèque et Archives Canada, du Musée canadien de la guerre, de la National Churchill Library and Center à Washington, D.C., et du Sigmund Freud Museum à Vienne. 

Ses photos Hammershøi découlent de projets antérieurs qui traitaient spécifiquement du « vortex du pouvoir qui a consumé notre planète durant la Deuxième Guerre mondiale et la Guerre froide, affirme l’artiste. Le projet Hammershøi porte sur la confrontation et l’invasion de notre propre territoire étranger, traversant cette dernière frontière inconnue au cœur de nous-mêmes. Il utilise la séduction psychologique pour nous amener à explorer notre intériorité ».

En fouillant dans la vie et l’œuvre du grand maître danois, Hossack a découvert la profusion, au Musée, d’expertise et de ressources de première main accessibles au public. « J’ai pris conscience de l’étendue et de l’ampleur du matériel que l’on peut trouver sur un artiste au Musée, déclare-t-elle, et des connaissances et de la générosité, dans l’échange, des conservateurs et du personnel. »

Leslie Hossack, Freud’s Table, Café Landtmann, Ringstraße, from the collection Freud Through The Looking-Glass, Vienna 2016. © 2005–2020 Leslie Hossack Photo: Courtesy of the artist

L’essentiel de la recherche de Hossack implique de manipuler et de photographier des documents d’archives originaux. Elle explique : « Si je photographie un bâtiment dans la Vienne de Freud, par exemple, il devient une représentation de ce qu’il était du temps du psychanalyste ».

La Bibliothèque et Archives du Musée, qui abrite la plus importante collection de documents sur les arts visuels au Canada, aura été pour elle d’une aide précieuse. « La bibliothèque est accessible au public, et tout le monde peut venir utiliser nos ressources, commente Amy Rose, chef des services de référence. Comme on pourrait s’y attendre, nous avons de très riches archives, mais nous avons aussi une énorme collection de livres d’artistes et de multiples qui sont eux-mêmes des œuvres d’art. » Rose souligne aussi que pour ce qui est de la recherche sur des sujets relatifs à l’art, une grande partie des publications savantes est toujours sur papier; « il est donc important de venir sur place et de consulter les journaux ou les livres physiques ». Hossack est très reconnaissante pour le soutien qu’elle a reçu. « Avec Amy, il y avait un dialogue suivi. Elle consultait des revues sur Hammershøi et sur Copenhague pour y trouver des articles pertinents, et ce fut important pour ma recherche. »

Hossack a ainsi pu utiliser sans limites un « merveilleux livre ancien » de la collection des livres rares du Musée : Vilhelm Hammershøi, kunstneren og hans vaerk (L’artiste et son œuvre) de Sophus Michaëlis et Alfred Bramsen. Publiée en 1918 à Copenhague, cette édition limitée numérotée comprend 66 planches – des pages qui sont imprimées à part du texte principal, puis reliées au livre.  « J’ai photographié chacune de ces reproductions monochromes des toiles d’Hammershøi, explique Hossack. Ces soixante-six images sont devenues l’un des principaux thèmes de ma série Hammershøi. » Seuls 850 exemplaires du livre ont été imprimés, mais Hossack a fouillé l’Internet et a pu en trouver un, qu’elle a acheté.

Vue d’installation de quatre œuvres d'Hammershøi dans la salle des maîtres danois, Trésors impressionnistes. La collection Ordrupgaard, 18 mai 2018–9 septembre 2018, Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. Photo : MBAC

En travaillant sur place au Musée, Hossack a rencontré certains des conservateurs, dont Sonia Del Re, Jonathan Shaughnessy et Erika Dolphin. Cette dernière, conservatrice associée au bureau de la conservatrice en chef, est spécialisée en art européen; elle était aussi la commissaire de l’exposition Ordrupgaard. Elle souligne que la collection du Musée « est publique et qu’il en va de notre responsabilité de la rendre aussi disponible que possible ». Pour y arriver, précise-t-elle, « il faut beaucoup de connaissances et de passion. Les conservateurs et les restaurateurs sont probablement les membres du personnel les plus connus, mais il existe toute une myriade de personnes engagées dans l’accessibilité des œuvres d’art au public (sur différentes plateformes), tant sur le devant de la scène que dans les coulisses. » Dolphin estime que l’intérêt de Hossack pour Hammershøi est compréhensible étant donné la qualité photographique du travail de ce dernier. « Troublant est le vide d’un grand nombre de ses toiles, particulièrement les intérieurs, qui sont souvent désertés, note-t-elle. Son regard intime comporte une aura de mystère. »

Hossack dit qu’elle a été « renversée » par la générosité du personnel du Musée. « Je suis chercheuse de cœur, mais je n’ai pas de formation en histoire de l’art, dit-elle. Je suis allée au Musée en tant qu’artiste et non comme universitaire. Je ne m’attendais pas à la richesse qui en est ressortie. C’était encourageant, fructueux et stimulant. » Elle envisage de monter une exposition et de publier un livre avec ses photos sur Hammershøi en 2021 et espère que cela permettra à plus de gens de connaître le travail de celui-ci. « Ce sont des joyaux artistiques qui peuvent être appréciés simplement en tant que tels, mais leur profondeur repose sur le fait qu’ils promettent tellement plus. »

 

Rayon de soleil dans le salon, de Vilhelm Hammershøi, est présenté dans les salles du Musée des beaux-arts du Canada. Pour visiter Bibliothèque et Archives du Musée, consultez la page Web pour les heures d’ouverture. Partagez cet article et n’oubliez pas de vous abonner à nos infolettres pour connaître les dernières informations et en savoir davantage sur l’art au Canada.​

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