De la forêt à la mer. Emily Carr en Colombie-Britannique à la Dulwich Picture Gallery

  

Emily Carr à San Francisco, 21 ou 22 ans, v. 1893, image H-02813, avec la permission des BC Archives, Royal BC Museum

Vous pensez connaître Emily Carr ? Rien de moins sûr ! Organisée par l’un des plus éminents musées d’art britanniques, une exposition marquante jette un œil neuf sur l’œuvre de cette célèbre artiste canadienne.

L’exposition From the Forest to the Sea: Emily Carr in British Columbia [De la forêt à la mer. Emily Carr en Colombie-Britannique] vient d'ouvrir ses portes au public le 1er novembre à la Dulwich Picture Gallery. Fondé en 1811, ce musée du sud de la région de Londres est le premier musée d’art public d’Angleterre construit précisément à cet effet. Il abrite une impressionnante collection de plus de 600 chefs-d’œuvre d’artistes tels que Rembrandt, Gainsborough ou Canaletto

La Dulwich Picture Gallery est aussi célèbre pour s’intéresser au phénomène des artistes connus dans leur pays d’origine, mais pratiquement inconnus ailleurs – ce qui est le cas d’Emily Carr (1871–1945). Les images percutantes et le récit de la ténacité artistique d’Emily Carr ont attiré l’attention d’Ian Dejardin, directeur Sackler de la Dulwich, au moment où celui-ci organisait l’exposition Tom Thomson et le Groupe des Sept que devait présenter le musée en 2011.


   

Emily Carr, Tanoo, îles de la Reine-Charlotte, C.-B., (1913), image PDP02145, avec la permission des BC Archives, Royal BC Museum

« Emily Carr a été victime des secousses tardives survenues en Europe, notamment le Postimpressionnisme et le Fauvisme, a indiqué Ian Dejardin dans un entretien récent avec Magazine MBAC. Ce qui me fascine, c’est qu’elle ait ressenti ces influences alors qu’elle vivait, comme elle le disait, au bout du monde. Mais ce qui la rend unique, c’est la façon dont elle a récupéré et adapté ces influences au paysage canadien. »

Cette importante exposition exclusivement consacrée à Emily Carr, la première en Europe, étudie les rencontres de l’artiste avec les cultures autochtones et les paysages du Nord-Ouest Pacifique. Organisée par Ian Dejardin et par l’auteure et critique d’art canadienne Sarah Milroy, elle réunit 140 tableaux et artefacts qui illustrent l’incroyable voyage « des ténèbres à la lumière » de Carr.


   

Emily Carr, Port Blunden (v. 1930), huile sur toile, 129,8 x 93, cm. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. Photo © MBAC

Un voyage qui s’ouvre sur d’inquiétants paysages de forêts souvent étouffantes, comme en témoigne L’église indienne (1929) qui fait aujourd’hui partie de la collection du Musée des beaux-arts de l’Ontario. Dans cette œuvre envoûtante, la forêt apparaît non pas comme un simple arrière-plan, mais comme une entité sur le point d’avaler l’église – un élan qui reflète peut-être les sentiments mitigés de l‘artiste à l’égard du travail des missionnaires, comme le souligne Ian Dejardin. Parmi d’autres toiles puissantes de cette période, citons l’imposant Blunden Harbour [Port Blunden] (v. 1930), une huile éblouissante prêtée par le Musée des beaux-arts du Canada en même temps qu'une vingtaine d'autres œuvres.

Non seulement l’exposition présente-t-elle plusieurs toiles très aimées d’Emily Carr, mais elle se concentre sur un aspect moins connu de sa production. « Dès le début, nous nous sommes entendus pour faire des aquarelles un point fort de l’exposition, explique Ian Dejardin, simplement pour révéler le brio et la diversité du talent d’aquarelliste de l’artiste. »

Ces aquarelles qui vont de petites esquisses rapides à des œuvres raffinées, de taille plus que respectable, donnent un aperçu de la façon dont procédait Emily Carr. Certaines d’entre elles, telles les esquisses préparatoires de ses paysages forestiers, sont restées entreposées pendant des années et sont exposées pour la première fois aujourd’hui. « Elles semblent avoir été peintes hier », note Ian Dejardin en ajoutant que « c’est simple, elles irradient. »


  

Emily Carr, Sans titre (paysage marin) [1935], huile sur papier monté sur carton, 26,5 x 40,5 cm, The Art Gallery of Greater Victoria (C.-B.)

Les œuvres les plus révélatrices sont regroupées dans la dernière salle de l’exposition. Encouragée vers la fin de sa carrière par le peintre Lawren Harris, Emily Carr cesse de vouloir s’identifier à une autre culture et s’efforce de trouver son propre langage artistique. S’inspirant de la mer et du ciel, elle peint une série de toiles lumineuses et euphoriques qui peuvent surprendre même ses admirateurs les plus fervents.

L’exposition propose également un vaste choix de matériel d’archives, dont le journal illustré de 1907 de l’artiste récemment découvert, Sister and I in Alaska) et plusieurs artefacts des Premières Nations qui présentent tous une facette différente de Carr et éclairent son environnement de travail.


   

Emily Carr, Le bonheur (1939), huile sur papier, 84,8 x 54 cm. University of Victoria Art Collection, don de Nikolai et Myfanwy Pavelic

Pourquoi Emily Carr est-elle moins connue à l’extérieur du Canada ? Difficile de répondre à cette question, même si la prédilection des Canadiens pour la modestie a peut-être joué un rôle. Citons Ian Dejardin : « Les Canadiens semblent cacher leurs lumières sous des boisseaux. Mais les Anglais adorent les paysages et ils sont fascinés par ceux qu’ils ne connaissent pas. Voilà pourquoi je crois qu’il est temps que le Canada commence à partager ses secrets. »

From the Forest to the Sea: Emily Carr in British Columbia [De la forêt à la mer. Emily Carr en Colombie-Britannique est le fruit d’une collaboration entre la Dulwich Picture Gallery de Londres et le Musée des beaux-arts de l’Ontario, à Toronto. L’exposition est à Londres jusqu'au 8 mars 2015, puis à Toronto du 11 avril au 12 juillet 2015. Cliquez ici pour voir les œvres d'art d'Emily Carr dans la collection permanente du Musée des beaux-arts du Canada.

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