Louise Bourgeois, Maman, 1999, fonte de 2003. Bronze, acier inoxydable et marbre, 927 x 891 x 1024 cm. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. © The Easton Foundation. Photo: MBAC

La sculpture «Maman» de Louise Bourgeois, une transposition musicale de Rob Kapilow

Si l’union des parents de Louise Bourgeois n’a pas été parfaite, celle de Maman de Bourgeois et du compositeur américain Rob Kapilow pourrait bien l’être. L’année dernière, ce dernier a accepté une commande de l’Ottawa Chamberfest pour le festival et il a composé une œuvre inspirée de la sculpture d’araignée monumentale de Bourgeois, Maman, installée à l’extérieur du Musée des beaux arts du Canada. À l’instar de Maman, la musique sera accessible à tous les publics « indépendamment de leur expérience », explique le musicien en ajoutant que, à l’exemple de Maman et des sentiments de l’artiste française à l’égard de sa mère, sa composition sera également pleine de contradictions inhérentes.

Née à Paris en 1911, Louise Bourgeois a sculpté Maman à la fin de sa carrière, à 88 ans. Ses décennies de pratique artistique reposent sur un traumatisme d’enfance, celle-ci ayant découvert la relation entre son père et sa gouvernante et été témoin de l’acceptation par sa mère de l’infidélité humiliante de son époux. « C‘est vraiment la colère qui me fait travailler. Toute mon inspiration vient de mon enfance. »

Louise Bourgeois, Maman, 1999, fonte de 2003. © The Easton Foundation. Photo: MBAC

Cette citation est intégrée à la composition de 18 minutes de Rob Kapilow (un octuor, comme il convient pour une araignée à huit pattes). L’idée est venue du public du Musée l’année dernière : « Avec le recul, dit-il, cela semble évident. » La pièce conjugue « la voix incroyablement évocatrice » de Bourgeois et un « paysage sonore » créé par Kapilow et par le violoncelliste Andrew Ascenzo, du Trio Bedford, accompagné de divers sons (bruits de la ville, circulation, cloches du Parlement) entendus sur la place qu’occupe Maman

La première aura lieu au mois d’août à l’église Dominion-Chalmers. À cette occasion, le Musée sera l’hôte d’une conversation sur scène entre Rob Kapilow et Jonathan Shaughnessy, conservateur associé de l’art contemporain. Le 12 mai, jour de la fête des Mères, le Musée prévoit également une série d’activités dont des ateliers de fabrication sur le sujet d’araignée pour les enfants et des causeries sur Maman, devant la sculpture.

Kapilow a intitulé Après Maman l’œuvre qu’il a composée à la demande de Roman Borys, directeur de Chamberfest, pour le 25e anniversaire du festival. Coïncidence, 2019 est aussi l’année du 20e anniversaire du premier moulage de Maman et du 15e anniversaire de l’acquisition de la sculpture par le MBAC. Kapilow semble être la personne toute indiquée pour cette commande. Lui-même dit à la blague avoir été « l’artiste informel en résidence » de Chamberfest. Il a dirigé à deux reprises l’orchestre du Centre national des arts et a interprété au MBAC diverses œuvres musicales accompagnant des œuvres de la collection nationale, notamment « une composition de Steve Reich devant un tableau de Mark Rothko ».

Rob Kapilow. Photo: John Johansen

Le plus important sans doute est l’engagement de Kapilow qui a promis une œuvre musicale classique accessible, que chacun découvrira avec plaisir. Quand le compositeur a accepté la proposition de Roman Borys, tous deux ont décidé que Maman serait un sujet parfait car « apparemment, tout le monde avait une opinion sur Maman, et moi-même je réagissais fortement à cette œuvre. Maman semblait être un symbole du Musée et … tout le monde au Canada éprouve des sentiments pour cette sculpture. »

Kapilow a déjà réalisé ce genre de projet. En 1996, il a composé une œuvre inspirée de Shuttlecocks, une installation de volants de badminton géants de Claes Oldenburg et Coosje van Bruggen placée à l’extérieur du Nelson-Atkins Museum of Art de Kansas City, au Missouri. Après le Parlement, Maman est peut-être l’attraction la plus photographiée d’Ottawa. L’araignée de Bourgeois a un effet presque magnétique sur tous les visiteurs, quel soit leur âge, en raison des contradictions intenses qui émanent de l’étreinte de ces immenses pattes de bronze et d’acier.

Louise Bourgeois, Maman, 1999, fonte de 2003. © The Easton Foundation. Photo: MBAC

Mécontentement et maternité sont des thèmes récurrents dans l’œuvre de Bourgeois. Dans sa grande exposition de 2012, le MBAC avait présenté ce que l’artiste appelait des « personnages », des figures austères en bois qu’elle avait créées dans les années 1940 peu après avoir quitté sa France natale pour suivre son mari américain, Robert Goldwater, à New York. Mère depuis peu, elle découvrait une ville nouvelle, un pays nouveau, et était, comme l’explique Jonathan Shaughnessy, « pleine de crainte et d’angoisse devant sa nouvelle vie ». Si sa relation avec sa mère a été foncièrement positive, Louise Bourgeois n’en a pas moins été toujours déterminée à ne jamais subir le sort de cette dernière. De sa mère, elle a d’ailleurs dit qu’elle avait été sa « meilleure amie …  elle était réfléchie, intelligente, patiente, apaisante, raisonnable, délicate, subtile, indispensable, propre, et utile comme une araignée. » Des mots repris dans Après Maman.

La plus belle réussite de Bourgeois réside ici dans l’utilisation d’une créature que la majorité d’entre nous déteste le plus au monde pour incarner celle que notre inclination naturelle nous porte à aimer le plus — une araignée géante et une mère bien-aimée –, un contraste réuni dans une lutte sans fin entre une répulsion primale et une attirance instinctive.

 

Maman de Louise Bourgeoise est le point central des causeries et activités pour la Fête des Mères au Musée au Musée des beaux-arts du Canada le 12 mai 2019. Après Maman de Rob Kapilow fait partie d'Ottawa Chamberfest 2019; joignez la discussion Parlons musique de chambre: Après Maman entre le composeur et le conservateur adjoint du Musée des beaux-arts du Canada Jonathan Shaughnessy le 4 août 2019. Partagez cet article et abonnez-vous à nos infolettres pour connaître les dernières informations et en savoir davantage sur l’art au Canada.

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