L'artiste canadienne Ciara Phillips, finaliste pour le prix Turner 2014

  

Duncan Campbell, It for Others [C’est pour les autres], 2013. Tous droits réservés, l’artiste. Avec l’autorisation de Tate Photography

Duncan Campbell, basé à Glasgow, a remporté le prix Turner 2014 avec son film It for Others [C’est pour les autres] (2013), réalisé pour le pavillon écossais de la Biennale de Venise 2013. Campbell a devancé trois autres artistes pour la bourse de 25 000 livres (45 000 $ CA), dont la Canadienne d’origine et aussi résidante de Glasgow, Ciara Phillips.

« Je ne sais pas ce qui m’attend », a dit Campbell dans une vidéo tournée après la cérémonie par la Tate Gallery de Londres, qui administre le prix. « Le moment qui a précédé l’annonce a été très intense. C’était un peu surnaturel, comme un rêve, quand j’ai marché jusqu’à la scène. Assez extraordinaire. »

Le prix Turner, créé en 1984, est une récompense annuelle décernée à un artiste contemporain britannique de moins de 50 ans pour une exposition ou une œuvre réalisée au cours de l’année précédente. Chacun des trois autres finalistes reçoit une bourse de 5000 livres (9000 $ CA). 

Dans le cas de l’Ottavienne Ciara Phillips, déménagée à Glasgow pour terminer sa maîtrise à la Glasgow School of Art et qui a choisi de s’installer en Écosse, c’est son exposition Workshop 2010 Ongoing [Atelier, à partir de 2010] qui a retenu l’attention. Dans son installation, elle a transformé la galerie londonienne The Showroom en un atelier de sérigraphie où elle a invité d’autres artistes, des concepteurs et même des groupes de femmes des environs à réaliser des gravures avec elle.

 

Ciara Phillips, finaliste du prix Turner 2014. Droits photo, Ciara Phillips. Avec l’autorisation de Tate Photography

« J’ai déjà fait ça, la première fois en 2010, puis de nouveau en 2012 », a confié Phillips à Magazine MBAC dans une entrevue depuis Londres. « Les autres personnes qui viennent travailler avec moi dans un tel contexte apportent toujours beaucoup d’énergie au projet. C’est cette approche, cette attitude qui m’a valu ma nomination, par opposition au résultat produit. Il y a eu de très bonnes réalisations, mais je pense que cet honneur doit beaucoup à la méthode que j’ai utilisée. »

Le prix Turner, nommé d’après le grand artiste britannique J.M.W. Turner, est devenu au Royaume-Uni le catalyseur des réactions négatives devant l’art contemporain. Le lauréat et les finalistes sont souvent raillés dans la presse nationale et régionale, et même des critiques d’art participent à la remise en question de la valeur du prix.

« On doit se préparer à ça, affirme Phillips. Avant de dire qu’on accepte la nomination, on doit se poser la question : “Puis-je gérer cet aspect de la chose?” Être en nomination, c’est en grande partie cela : notre travail est démoli dans les médias. C’est une des dimensions de l’héritage du prix Turner; il s’agit du seul événement artistique de l’année à propos duquel chacun peut faire des gorges chaudes. »

L’attention négative dans la presse de grande diffusion, toutefois, ne semble avoir eu aucun effet démobilisateur sur l’enthousiasme des finalistes. Phillips est visiblement ravie de l’honneur qui lui est fait.

« Ce fut un énorme choc pour moi, je ne m’y attendais pas du tout, ajoute-t-elle. C’est un sentiment de réussite (un accomplissement directement lié aux efforts consentis) et c’était très agréable d’être finaliste dans le cadre de cette exposition en particulier, assez expérimentale sur beaucoup de points. La galerie a pris des risques. Le projet n’ayant pas de résultat défini, les gens de la galerie ne savaient pas exactement ce qu’ils allaient avoir, mais ils étaient ouverts à tout. J’étais vraiment contente qu’il ne soit pas question seulement de mon travail, mais aussi et surtout des personnes qui m’ont appuyée et qui ont apporté une contribution. C’était extrêmement agréable d’être retenue pour cela », affirme-t-elle.

 

Vue de l’installation du prix Turner, Ciara Phillips, Things Shared [Choses partagées], 2014. Tous droits réservés, l’artiste. Avec l’autorisation de Tate Photography

Si Phillips habite maintenant Glasgow, elle est née à Ottawa d’une mère irlandaise et d’un père canadien qui travaillait dans la diplomatie. Quand elle a eu sept ans, son père a été affecté à Londres en tant que ministre plénipotentiaire chargé des Affaires culturelles à la Maison du Canada. C’est dans cette ville que Phillips a été exposée au monde de l’art pour la première fois.

« J’ai vu des expositions artistiques à la Maison du Canada, dit-elle. Je me rappelle encore une exposition sur les hologrammes qui s’y était tenue dans les années 1980; c’était ma rencontre avec l’art. Nous sommes rentrés à Ottawa en 1988, l’année de l’inauguration du nouveau bâtiment du MBAC; je m’en souviens comme d’un événement important. »

Phillips aime vivre à Glasgow, elle qui décrit la ville comme un lieu de résidence abordable, avec une scène artistique vivante qui compense le climat écossais peu clément. Sa nomination au prix Turner l’a fait connaître à travers le monde et lui a ouvert des possibilités d’expositions par delà les frontières. Aux Canadiens qui se demandent si elle va revenir au pays avec une exposition, elle ne répond pas, ne désirant rien révéler, mais elle promet de présenter quelque chose au Canada en 2016.

Les deux autres finalistes sont les artistes James Richards et Tris Vonna-Michell. Cliquez ici pour en apprendre plus sur eux et sur le lauréat Duncan Campbell. L’exposition du prix Turner 2014 est à l’affiche à la Tate Britain jusqu’au 4 janvier 2015. Pour de plus amples renseignements, cliquez ici.

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