Les gagnantes et gagnants du Prix du Gouverneur général en arts visuels et en arts médiatiques 2021

Les gagnants et gagnantes du Prix du Gouverneur général en arts visuels et en arts médiatiques 2021: Lou Lynn, Dempsey Bob, Bonnie Devine, Luc Courchesne, Cheryl L’Hirondelle, Bryce Kanbara, Lori Blondeau et Germaine Arnaktauyok. Photographie

Les gagnants et gagnantes du Prix du Gouverneur général en arts visuels et en arts médiatiques 2021: Lou Lynn, Dempsey Bob, Bonnie Devine, Luc Courchesne, Cheryl L’Hirondelle, Bryce Kanbara, Lori Blondeau et Germaine Arnaktauyok.

Depuis 21 ans, les Prix du Gouverneur général en arts visuels et en arts médiatiques soulignent la carrière d’artistes parmi les plus reconnus au Canada. Créés par le Conseil des arts du Canada et le gouverneur général du Canada, ces Prix sont essentiels pour mettre en lumière toute l’étendue du talent à travers le pays, des métiers d’art aux arts visuels et médiatiques en passant par la production artistique d’une vie entière.

Cette année, les Prix récompensent les huit lauréates et lauréats Lou Lynn, Germaine Arnaktauyok, Lori Blondeau, Dempsey Bob, Luc Courchesne, Bonnie Devine, Cheryl L’Hirondelle et Bryce Kanbara. « C’est avec enthousiasme que je tiens à souligner le travail inspirant et la contribution exceptionnelle de ces artistes de talent », a déclaré Simon Brault, directeur et chef de la direction du Conseil des arts du Canada. « [N]ous reconnaissons un nombre inégalé de gagnantes et de gagnants inuits, métis et des Premières Nations cette année. Ce moment charnière témoigne de la force de l’art et particulièrement celle de l’art autochtone au pays. »

Lou Lynn, Tools Artifacts Installation [Installation Des outils-artefacts], 2008–10. Verre, bronze et acier

Lou Lynn, Tools Artifacts Installation [Installation des outils-artefacts], 2008–10. Verre, bronze et acier, 91,44 x 1 036,32 x 12.7 cm. Musée canadien de l'histoire, Gatineau. Lou Lynn, Photo : Janet Dwyer

La pratique de Lou Lynn est ancrée dans des pôles opposés : le verre fragile est combiné au métal robuste, ou à d’autres matériaux résistants, pour créer des formes sculpturales uniques. Se servant d’anciens outils, boutons, fixations et objets industriels comme point de départ, Lynn les transforme en créations réalisées avec les techniques du verre apprises à la Pilchuck Glass School, près de Seattle, à compter des années 1980. « Je suis pratiquement mariée à ma matérialité, mais c’est la recherche de formes et d’idées qui m’intéresse, explique-t-elle. "L’archéologie de la vie quotidienne". C’est l’expression que j’utilise pour décrire ce que je fais ici. C’est l’observation de l’ordinaire […] et mon défi, en tant qu’artiste, est de créer quelque chose d’harmonieux. » Lynn est la gagnante du Prix Saidye Bronfman, qui récompense l’excellence dans les métiers d’art.

Germaine Arnaktauyok, Throat Singing, [Chant de gorge inuit] 2006. Stylo et encre sur papier

Germaine Arnaktauyok, Throat Singing [Chant de gorge inuit], 2006. Stylo et encre sur papier, 32,4 x 39,4 cm. Musée des beaux-arts de Winnipeg. © Germaine Arnaktauyok Photo : Arts Induvik Canada

L’artiste du Nunavut Germaine Arnaktauyok puise son matériel dans les légendes, traditions et cérémonies issues de sa culture inuite pour créer des estampes, dessins et peintures complexes. Artiste en arts visuels depuis plus de soixante ans, elle a d’abord trouvé l’inspiration dans les histoires racontées par son père. « Dans mon petit esprit, je me les représentais déjà, dit-elle. Je me souviens d’avoir dessiné sur des emballages de gomme à mâcher et sur tous les morceaux de papier que je pouvais trouver. » Son style caractéristique se distingue par ses « gribouillis », de minuscules lignes courbes qui, lorsqu’elles sont conjuguées et observées à une certaine distance, créent un ensemble clair et cohérent. 

Des œuvres d’Arnaktauyok ont été choisies à deux reprises par Monnaie royale canadienne pour orner des pièces particulières, d’abord en 1999, au verso d’une pièce de 2 $ commémorant la création du Nunavut, puis en 2000, sur une pièce en or de 200 $ de la série célébrant les cultures et traditions autochtones du Canada.

Lori Blondeau, States of Grace [États de grâce], 2007. Documentation de performance, dimensions variables.

Lori Blondeau, States of Grace [États de grâce], 2007. Documentation de performance, dimensions variables. Collection de l’artiste. Lori Blondeau Photo : Shelley Niro

Dans ses œuvres photographiques et de performance, l’artiste crie/saulteaux/métis Lori Blondeau raconte les histoires traditionnelles des peuples autochtones. Née de parents militants, elle a été influencée très jeune par leur engagement, ainsi que par leurs créations artistiques et leurs récits. « C’est une chose que le colonisateur n’a pas pu nous enlever, déclare-t-elle, nos histoires. » En 1995, Blondeau a cofondé Tribe, un centre d’artistes autogéré faisant la promotion des créateurs contemporains autochtones et, en 2007, elle a travaillé avec l'artiste et réalisatrice Kanien'kehà:ka (mohawk) Shelley Niro à la Biennale de Venise.

Blondeau s’intéresse tout particulièrement aux représentations erronées des femmes autochtones. Pour Nasrin Himada, commissaire, qui a proposé sa candidature, « [Blondeau] assume souvent des rôles qui confrontent les images violentes et hégémoniques des femmes autochtones qui prolifèrent au sein de la culture coloniale. Ses œuvres, son activisme, son travail de commissaire et sa pédagogie sont essentiels, et son travail visionnaire continue d’être innovant et pertinent. »

Dempsey Bob, Wolf & Woman Bronze [Loup et femme en bronze], 1997. Bronze à patine verte

Dempsey Bob, Wolf & Woman Bronze [Loup et femme en bronze], 1997. Bronze à patine verte, 17,78 x 17,78 x 39,37 cm. Collection prive. © Dempsey Bob Photo : Harold J.T. Demetzer.

Le maître sculpteur Dempsey Bob est reconnu comme un pionnier du développement de l’art de la côte du Nord-Ouest. Son œuvre marie les styles de l’art sculptural tahltan et tlingit, en ajoutant une touche contemporaine qui lui est propre. Travaillant en premier lieu avec l’aulne, le thuya et le bronze, Bob, dont l’arrière-grand-père était également sculpteur, trouve son inspiration et son éthique de travail dans la nature et l’art de ses ancêtres. « Le talent, c’est à la portée de tous. C’est le dévouement qui compte, c’est le travail acharné, remarque-t-il. En tant qu’artiste, il faut réaliser notre potentiel, [ou] essayer […] Je veux faire le meilleur travail possible. Parce que je réalise, à la fin, que c’est tout ce qui compte. » Bob est officier de l’Ordre du Canada (2013) et membre fondateur de la Freda Diesing School of Northwest Coast Art, où il transmet son savoir et sa passion pour la sculpture à la nouvelle génération d’artistes.

Luc Courchesne, Elisabeth Bégon, Mater et le marquis de la Galissonière, 2019, installation interactive et réflexive

Luc Courchesne, Elisabeth Bégon, Mater et le marquis de la Galissonière, 2019. Installation interactive et réflexive, 2,5 x 2,5 x 3 m. Musée Pointe-à-Callières, Montréal. © Luc Courchesne Photo : Luc Courchesne

Depuis quelque cinquante ans, Luc Courchesne évolue au rythme de la technologie. Son œuvre comprend des portraits interactifs et des installations hypermédia et vidéo qui repoussent les limites de l’art numérique en faisant appel à la technologie informatique et à la réalité virtuelle de manière innovante. « Inventeur d’un dispositif qui permet l’immersion visuelle, [Luc Courchesne] a contribué par ses installations et ses images “panoscopiques” à transformer le spectateur de l’œuvre en visiteur, acteur et même habitant de ses dispositifs expérientiels », note Pierre-François Ouellette, directeur de Pierre-François Ouellette art contemporain.

Installé à Montréal, Courchesne est membre fondateur de la Société des arts technologiques, professeur honoraire à l’Université de Montréal et membre de l’Académie royale des arts du Canada. Il continue à s’émerveiller des possibilités offertes par la technologie et de la capacité de celle-ci à magnifier nos expériences en tant que spectateurs de son œuvre.

Bonnie Devine, Battle for the Woodlands, 2014–15. Murale acrylique et média mixe, feutre, perles d'acier et de nickel, peau de cerf et d'élan, brindilles et algues de mer

Bonnie Devine, Battle for the Woodlands, 2014–15. Murale acrylique et média mixe, feutre, perles d'acier et de nickel, peau de cerf et d'élan, brindilles et algues de mer, dimensions variable. Art Gallery of Ontario, Toronto. Photo : Bonnie Devine

Si elle a étudié dans les universités de l’ÉADO et York, c’est à ses grands-parents que Bonnie Devine dit devoir ses meilleurs apprentissages en tant qu’artiste en arts visuels. « Durant ma jeunesse, j’ai beaucoup observé mes grands-parents, qui étaient trappeurs. J’ai vu comment ils manipulaient leur matériel : le bois, le roseau, la fourrure, qu’ils modifiaient constamment pour s’en servir autrement », témoigne-t-elle. Depuis, Devine – qui est originaire de la Première Nation Genaabaajing (Serpent River) – a construit une démarche artistique imprégnée du territoire et des matériaux qui l’entourent. « Nous cherchons constamment à produire du sens, à transmettre du sens, mais dans mon rôle, dans ma pratique artistique, je cherche plutôt à établir une relation avec mes matériaux, puis à leur permettre de dire ce qu’ils veulent bien raconter ».

Les installations, vidéos et écrits de Devine s’inspirent de la culture anishinaabe et des liens profonds qu’elle-même entretient avec le Nord. Vivant actuellement à Toronto, elle est professeure agrégée émérite et présidente fondatrice du programme en culture visuelle autochtone de l’Université de l'École d'art et de design de l'Ontario. 

Cheryl L’Hirondelle, 'êkaya-pâhkâci (don't freeze up), 2019. Installation interactive : tente, projections, couvertures, capteurs, audio

Cheryl L’Hirondelle, 'êkaya-pâhkâci (don't freeze up), 2019. Installation interactive : tente, projections, couvertures, capteurs, audio, 20,32  x 25,4  x 20,32 cm. Art Gallery of Alberta. © Cheryl L’Hirondelle Photo : Cheryl L’Hirondelle

La nêhiyawin (ou Cris) vision du monde est au cœur de la pratique de l’artiste interdisciplinaire Cheryl L’Hirondelle. Ses œuvres audio, vidéo, de réalité virtuelle, de performance et chantées émanent de ses ascendances cries/mixtes et allemandes/polonaises, ainsi que de ses racines familiales dans la Première Nation Papaschase et l’établissement Kikino Metis, en Alberta, tout en proposant une touche contemporaine. L’Hirondelle, qui achève actuellement un doctorat axé sur la pratique avec SMARTlab à l’University College de Dublin, en Irlande, est aussi présidente-directrice générale de Miyoh Music Inc., une maison de disques à vocation autochtone.

À propos de son travail, France Trépanier, Julie Nagam et l’O’kinādās Collective (Peter Morin, Ayumi Goto et Stephen Foster), qui ont proposé sa candidature, déclarent : « En cette période de bouleversement politique, culturel et environnemental, le monde a désespérément besoin d’artistes comme Cheryl L’Hirondelle, qui peuvent nous aider à créer de nouvelles formations sociales et à établir des liens entre les connaissances, les collectivités et les histoires. […] [Elle] enseigne […] aux personnes de son entourage à reconnaître et à transgresser de manière créative les limites établies afin d’inviter toute personne, d’honorer tout être, et de l’accueillir en tout lieu. »

Bryce Kanbara speaking at the Chirashi Sushi exhibition in Toronto 2018

Bryce Kanbara, Chirashi Sushi: œuvre de Bryce Kanbara, Japanese Canadian Culture Centre, Toronto, 2018. Photo : Avec l'autorisation du Conseil des arts du Canada

Lauréat du Prix de contribution exceptionnelle 2021, l’artiste et commissaire Bryce Kanbara, dont la candidature a été proposée par Shelley Niro, est membre fondateur et premier administrateur de Hamilton Artists Inc., l'organisation qui était le premier gagnant du Prix Lacey du Musée des beaux-arts du Canada, qui récompense les centres d’artistes autogérés au Canada. Il est aussi propriétaire et conservateur de la you me gallery à Hamilton. Il a apporté une contribution remarquable au dynamisme de la scène artistique de Hamilton. Dans sa pratique, il bâtit des ponts entre les artistes et les communautés en appuyant et faisant résonner leur travail. « Une chose très simple, mais très importante, du travail que l’on fait est d’apprendre à se connaître les uns les autres. L’esprit communautaire, le développement communautaire, c’est un aspect important de tout ce que je fais, explique-t-il. J’ai beaucoup d’empathie pour les artistes, parce que je sais ce que c’est de créer des œuvres, de façon isolée, et sans recevoir beaucoup de réactions du public. C’est important de les aider. »

En l’absence d’exposition cette année, le travail des huit gagnantes et gagnants peut être exploré en détail, par le texte et des portraits vidéo individuels, sur le site des Prix du Gouverneur général en arts visuels et en arts médiatiques du Conseil des arts du Canada.

 

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