Lynne Marsh

Lynne Marsh au travail sur The Philharmonie Project, 2011. Photo : Uta Kogelsberger, avec l'autorisation de l'artiste

Née à Vancouver en 1969, Lynne Marsh partage son temps entre Berlin, Londres et Montréal. Travaillant avec le son et les installations vidéo, elle s’intéresse au rôle de l’architecture dans la création de signification pour les habitants de l’environnement bâti. Elle explore des constructions anciennes, qu’elle considère comme des vestiges d’environnements politiques, sociaux et culturels, ainsi que leurs liens avec la société contemporaine. 

Marsh concentre son attention sur des éléments d’une grande portée culturelle et historique. Elle les utilise comme des métaphores de constructions sociales plus vastes, remettant en question des conventions culturelles. Dans son œuvre Plänterwald (de la collection du Musée des beaux-arts du Canada), par exemple, elle s’intéresse à un parc d’attractions abandonné de Berlin, patrouillé néanmoins par des gardiens de sécurité. En filmant ces lieux délabrés avec un sens de la réalisation remarquable, elle positionne des personnages solitaires dans des environnements conçus pour une consommation de masse, femme seule, duo de gardiens de sécurité, etc. Ses installations fonctionnent donc comme une médiation entre l’espace physique de la construction et le pouvoir d’un individu au sein des systèmes politiques contemporains.

De plus, les sites sont présentés comme matériellement retirés du monde, soulignant l’absence de public, par exemple dans le parc d’attractions délabré ou le stade vide. Les scènes que propose Marsh sont déstabilisantes : des lieux qui ont déjà accueilli de grandes foules sont aujourd’hui vides, incomplets, à la fois familiers et étranges. Ils sont plutôt fictifs, et pourtant encore très tangibles, nous rappellent des espaces sociaux qui étaient par le passé utilisés autrement que maintenant. Elle pousse le public à réexaminer ces lieux et leur pertinence culturelle, hier et aujourd’hui. De cette façon, elle met en lumière la diminution de l’autosuffisance matérielle et économique, du temps de loisir et du soutien social des économies modernes.   

Les méthodes de Marsh pour ce qui est de la mise en scène tirent parti des jeux vidéo, de la couverture d’événements sportifs, de la télédiffusion et de la cinématographie du début du XXe siècle. En recourant à des techniques systématiques comme les effets de panoramique et de zoom, elle transforme la caméra en sujet et la performance devient l’acte de filmer.   En conséquence, la relation entre la lentille et l’œil du spectateur est au cœur de son travail.

De même, elle construit des environnements particuliers pour regarder ses œuvres. Par exemple, dans sa pièce Stadium – une installation dans un stade vide –, elle dispose de vieilles chaises en bois comme dans un cinéma et projette le film sur un écran autoportant. De cette façon, Marsh met l’accent sur l’architecture en tant que lieu et protagoniste, renforçant la relation entre forme et contenu de ce qui est regardé. Avec ces types d’œuvres, son exploration de vestiges architecturaux – le jeu entre le passé et le présent – fait le lien entre la fascination de la société pour ce qui est nouveau et notre tendance à laisser tomber ce qui nous a précédés. 

 

Lynne Marsh, Wheel [Roue] (photo de production), 2011, épreuve couleur, 63 x 78 cm. © Lynne Marsh, avec l'autorisation de la Galerie Donald Browne

 

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