Nathan Stolow (1928–2014), pionnier de la conservation et de la restauration d’œuvres d’art

  

Nathan Stolow, à droite, devant Abraham et les trois anges, v. 1670–1674, de Bartolomé Esteban Murillo, Musée des beaux-arts du Canada, no d’acc. 4900, pendant le déménagement des collections en 1959. Référence photographique : Rosemary Gilliat Eaton/Cole Harbour Rural Heritage Society, Cole Harbour, Nouvelle-Écosse/NGC 1959 Move; négatif 252. Avec la permission de Bibliothèque et Archives du Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa

M. Nathan Stolow est décédé le 28 octobre à Williamsburg, en Virginie, à l’âge de 86 ans.

Durant sa carrière de chercheur en conservation et restauration, il a enrichi de façon déterminante nos connaissances sur les matériaux et les techniques artistiques, ainsi que sur le comportement de ceux-ci au fil du temps et en interaction avec l’environnement. Il a aussi apporté des contributions essentielles dans les domaines de la surveillance et du contrôle du milieu ambiant dans les musées d’art, des méthodes sécuritaires pour le transport d’œuvres fragiles, de l’éducation du grand public en matière de conservation, de l’utilisation de matériaux modernes par des artistes contemporains, de la détection de faux grâce à des analyses et des expertises techico-légales et, enfin, de la formation des restaurateurs. Il a milité en faveur de l’observation et de l’analyse scientifiques pour la compréhension des œuvres d’art et intégré de telles recherches au travail mené sur les collections du Musée des beaux-arts du Canada (MBAC).

En 1956, Alan Jarvis, alors directeur de la Galerie nationale du Canada (maintenant le MBAC), embauche Stolow à titre de « conseiller scientifique » pour, comme le rappelle Jean Sutherland Boggs dans son livre The National Gallery of Canada (1971), entreprendre « des recherches sur la nature des matériaux d’artiste et superviser la documentation de l’état physique de la collection ». Stolow, alors dans la vingtaine avancée, est titulaire de diplômes en chimie (McGill, 1949; Toronto, 1952) et d’un doctorat du Courtauld Institute de Londres, où il a étudié le « problème du nettoyage des tableaux du point de vue de la science des matériaux ».

 

 

Nathan Stolow et Brydon Smith, qui assistait au premier cours du genre donné au Laboratoire national de recherches sur la conservation des œuvres d’art, The principles of Conservation of Works of Art and Historic Materials, du 1er au 12 février 1965. Smith deviendra conservateur de l’art contemporain au Musée des beaux-arts du Canada en 1967. Référence photographique : John Evans, Ottawa. Tous droits réservés, Doris Evans. Avec la permission de Bibliothèque et Archives du Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa

Jarvis charge d’abord Stolow d’étudier les départements de conservation et restauration de musées des beaux-arts nord-américains et européens dans le but d’élargir et d’approfondir le rôle de l’atelier existant du MBAC, en activité depuis 1912. De retour à Ottawa en 1957, Stolow met en place la Division de la restauration et de la recherche scientifique au MBAC. Ce service (et ses divers successeurs) révolutionnera le travail dans le domaine, tant au MBAC que dans le reste du Canada. Sous sa forme actuelle, l’Institut canadien de conservation, il demeure productif et continue d’exercer une influence importante à travers le monde.

Stolow devient chef de la nouvelle Division en 1958 et, à ce titre, chapeaute le déménagement des collections du MBAC de l’édifice commémoratif Victoria à l’édifice Lorne. Il profite de l’occasion pour acquérir une expérience pratique en matière de surveillance et de contrôle de la température et de l’humidité relative, et pour jeter les bases de ses études des méthodes de transport sécuritaire des œuvres d’art.

Une fois le nouveau laboratoire installé dans l’édifice Lorne, Stolow reprend ses travaux sur les effets des solvants sur les films d’huiles siccatives, avec l’aide de scientifiques récemment embauchés et d’étudiants diplômés qui seront ses assistants au fil des années. En 1959, sous sa direction et celle de Robert Feller et d’Elizabeth Jones, est publiée la première édition d’On Picture Varnishes and Their Solvents, ouvrage qui apporte des contributions majeures. Ce livre, et ses deux éditions subséquentes, présente un modèle moderne, appuyé sur des connaissances scientifiques à propos du nettoyage des tableaux, et constitue toujours une ressource essentielle en conservation et restauration d’œuvres d’art.

De  gauche à droite : J.L. Erskine, inspecteur de la Direction de la lutte contre l’escroquerie, Police provinciale de l’Ontario, Nathan Stolow, directeur du Laboratoire national de recherches sur la conservation des œuvres d’art, Musée des beaux-arts du Canada, A.J. Casson. Affaire du « Canadian Art Fraud Case », 1963–1964. Photographe inconnu

Par ailleurs, Stolow travaille avec des artistes contemporains, étudie leurs pratiques grâce à des questionnaires et donne des conférences à des étudiants sur les matériaux, leur stabilité et la réalisation d’œuvres du point de vue de la conservation à long terme. De 1962 à 1964, il donne son opinion à titre d’expert dans le cadre d’une fraude tristement célèbre en matière d’art canadien, connue en anglais sous le nom de « Canadian Art Fraud Case ».

En 1964, la division de Stolow gagne en autonomie et en influence au sein du MBAC quand elle devient le Laboratoire national de recherches sur la conservation des œuvres d’art, un service où restaurateurs et scientifiques travaillent ensemble et où science de la restauration et recherche sur la collection nationale sont intégrées. Le succès de ce modèle mènera à la séparation du Laboratoire et du MBAC pour donner naissance, en 1972, à l’Institut canadien de conservation. Stolow en est le premier directeur général. Au cours des années suivantes, et encore aujourd’hui, l’ICC est un des chefs de file mondiaux dans le domaine de la recherche, de la pratique et de la formation en conservation et restauration.

 

Gerhard Herzberg, lauréat du prix Nobel de chimie en 1971, et Nathan Stolow, lors du vernissage, le 13 janvier 1972, de Progrès en conservation et en restauration, 1972–1974. Stolow fait la démonstration de l’un des deux microscopes fonctionnels inclus dans l’exposition. Référence photographique : Duncan Cameron/Bibliothèque et Archives Canada/no d’acc. 1975-155, fichier 11650-1, négatif no 27. Avec la permission de Bibliothèque et Archives du Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa

Stolow quitte Ottawa en 1979 et poursuit sa carrière ailleurs : il est ainsi nommé conservateur-restaurateur principal à la National Gallery of Australia, de Canberra, et restaurateur de la fondation à la Colonial Williamsburg Foundation, en Virginie. Il demeurera expert-conseil pendant de longues années après sa retraite de la Williamsburg en 1987.

Stolow, né à Montréal de parents russes immigrants, a eu la possibilité de présenter ses idées à un moment où elles ont provoqué l’enthousiasme et où existaient les ressources pour les soutenir. Il s’est également forgé un parcours unique et éclectique par sa formation universitaire et ses intérêts et associations professionnels. Il n’a ainsi eu de cesse de se tenir au fait des dernières évolutions en matière de restauration et de connaître parfaitement ses praticiens et influenceurs avant de s’attaquer à la reconstruction et à l’amélioration du domaine. Il a imaginé une nouvelle façon de comprendre la nature des œuvres d’art et a réussi à créer des institutions qui concrétiseront sa vision.

Cet article est basé sur une recherche menée par Marion H. Barclay, ancienne restauratrice en chef du MBAC, publiée sous le titre « The National Gallery and Nathan Stolow » dans le Journal de l’Association canadienne pour la conservation et la restauration, vol. 37, 2012.

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