Oberlander fait entrer le Bouclier canadien dans le Musée des beaux-arts du Canada

Accrochés aux murs du Musée des beaux-arts du Canada (MBAC) se trouvent plusieurs chefs-d’œuvre sous lesquels existent des versions préalables qui ont été surpeintes, et qui sont souvent détectables seulement par rayons X. Ce ne sont toutefois pas uniquement les artistes qui par moments prennent plaisir à revisiter, et à modifier radicalement, leur œuvre. Quand le MBAC a invité la célèbre architecte paysagiste Cornelia Hahn Oberlander à repenser son jardin intérieur, elle n’a pas hésité. C’est à elle, après tout, qu’avait été confiée la conception de l’aménagement paysager d’origine de l’institution, à l’intérieur comme à l’extérieur du bâtiment, lors de sa création à la fin des années 1980 par l’architecte Moshe Safdie. Aujourd’hui, à 97 ans, elle a l’occasion d’en repenser un élément essentiel. « C’était passionnant, commente la principale intéressée. L’idée était de créer un jardin sur le thème du Bouclier canadien. »

Oberlander, née en Allemagne en 1921 et qui vit au Canada depuis le début des années 1950, est une pionnière très influente dans son domaine, connue pour ses premières interventions sur les terrains de jeu et les ensembles résidentiels à prix abordable et, plus tard, pour de grands projets d’édifices publics comme la Vancouver Public Library et l’Assemblée législative des Territoires du Nord-Ouest à Yellowknife. L’une des premières femmes diplômées de la Harvard University School of Design, l’architecte paysagiste a reçu la première Médaille du Gouverneur général en architecture de paysage en 2016 et est un compagnon de l’Ordre du Canada.

Cornelia Oberlander travaille dans le jardin Taiga, Musée des beaux-arts du Canada, 1987. La collection de ressources visuelles, Bibliothèque et Archives du Musée des beaux-arts du Canada. Image Ottawa Citizen.

 

La nouvelle Cour Fred & Elizabeth Fountain du MBAC diffère totalement de la précédente, qu’Oberlander décrit comme un « jardin monastique planté de ficus et de fougères. Il s’agissait d’un jardin contemplatif qui menait à la chapelle Rideau. C’était le concept ». Il était également nettement géométrique, avec toutes les plantes alignées en diagonale. « Il était très épuré, en adéquation parfaite avec son temps », remarque Bryce Gauthier, architecte principal d’Enns Gauthier Landscape Architects, de Vancouver, qui a travaillé étroitement avec Oberlander à la mise en œuvre du concept de cette année.

Par opposition, le nouveau jardin est fluide et organique, cherchant à évoquer le paysage canadien emblématique d’avant la colonisation et à souligner la nature spectaculaire du site où se trouve le Musée, en haut de la pointe Nepean, dominant la rivière des Outaouais. Il comporte d’imposantes roches calcaires du Bouclier canadien qui créent une topographie accidentée, un sentier de gravier qui rappelle le lit d’une rivière et un tapis de verdure avec des fougères et des orchidées. « Ces roches symbolisent les escarpements qui font partie du paysage originel du Canada », explique Oberlander. Parlant du réaménagement récent des salles d’art canadien et autochtone, elle ajoute : « Comme pour les changements apportés dans les salles elles-mêmes, le but est de tisser des liens avec notre passé ».

 

Sa création d’origine pour le MBAC établissait volontairement une liaison entre l’espace extérieur et les œuvres présentées à l’intérieur du Musée. C’était le cas notamment pour la « taïga », à proximité du bâtiment, allusion à l’importante collection de pièces traitant du paysage canadien et en particulier du Nord, ainsi que pour les salles d’art minimaliste, auxquelles répondait le jardin minimaliste de pommetiers sur lequel elles donnaient. Le résultat a plus tard été primé, mais les concepts paraissaient radicaux à l’époque, et ont dû être appuyés par une grande force de conviction. « Il m’a fallu me battre pour ça, et beaucoup expliquer », se rappelle Oberlander.

Pas cette fois-ci. Les intentions du MBAC pour la Cour Fred & Elizabeth Fountain allaient tout à fait dans le sens des principes défendus depuis des décennies par Oberlander selon lesquels le concept d’aménagement paysager doit être résolument ancré dans son écosystème : elle a toujours puisé son inspiration dans les caractéristiques et l’écologie propres à chaque site. Gauthier le souligne, les institutions essaient de plus en plus de tenir compte du contexte local. « Il y a eu un changement important au cours des vingt dernières années quant à la volonté de choisir des concepts qui sont à la fois authentiques, rationnels et concrets dans leur environnement, dit-il. C’est ce qu’on constate ici, à Vancouver, mais aussi à Shanghai, ou encore en Italie : le besoin qu’ont les institutions d’être en phase avec leur milieu. »

 

Appliquer de tels principes à l’intérieur n’est pas sans défis. « Il y a une raison à ce que la plupart des paysages intérieurs ressemblent à la Floride, s’amuse Gauthier. Les plantes dans l’hémisphère Nord passent par un cycle saisonnier. Une ambiance contrôlée, comme dans les salles, à 21 °C et 44-50 pour cent d’humidité, est un environnement difficile pour les plantes indigènes. » Oberlander et lui ont visité les pépinières d’Ottawa pour trouver des plantes adaptées qui pourraient rappeler la flore locale. « Nous avons considéré une centaine de variétés pour trouver celles qui évoqueraient le plus l’esthétique de la pointe Nepean. Nous avons écarté les arbres au profit des petites fougères, des herbes et des plantes à fleurs. »

 

À la différence de son apparence, la fonction d’origine du Jardin demeure inchangée. Aucune modification à apporter. « L’espace a été pensé comme un lieu de calme, propice à la réflexion, précise Gauthier. Nous n’essayons pas de recréer une quelconque métaphore artistique. Nous ne sommes pas sur le même terrain que l’art. » Oberlander, qui s’est rendue à Ottawa pendant certains des travaux d’aménagement, est très satisfaite du résultat. « Nous avons réalisé un espace contemplatif pour le XXIe siècle, dit-elle. C’est très vert, c’est beau, invitant, et ça répond au besoin des citadins d’avoir un contact avec la nature. »

 

La Cour Fred & Elizabeth Fountain rouvrira le 29 mars 2018.  Pour de plus amples renseignements, veuillez consulter la page des heures d’ouverture et des droits d’entrée du site web du Musée. Pour partager cet article, veuillez cliquer sur la flèche en haut à droite de la page.

 


 

Vidéo en vedette

 

Le Bouclier canadien dans le MBAC - Accéléré

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