Sculptures exceptionnelles de Carpeaux au Musée des beaux-arts du Canada

  

Jean-Baptiste Carpeaux, Jeune fille à la coquille / Pêcheur napolitain à la coquille (v. 1863 –1867 / v. 1857–1862), marbre blanc sur socle en bois. Collection particulière. Photo © MBAC. Peinture : Jean‑Léon Gérôme, Chameaux à l'abreuvoir (1857), huile sur papier, collé sur toile, 75 x 120 cm. MBAC. Don de Joey et Toby Tanenbaum, Toronto, 1978. Photo © MBAC

Le Musée des beaux-arts du Canada (MBAC) reçoit deux visiteurs très particuliers pour un prêt à long terme : Pêcheur napolitain à la coquille (v. 1857–1862) et Jeune fille à la coquille (v. 1863–1867), sculptures de Jean-Baptiste Carpeaux.

L’artiste a réalisé au cours de sa vie trois versions de cette paire de sculptures en marbre grandeur nature. L’une se trouve à la National Gallery of Art à Washington, tandis que la seconde est partagée entre des musées à Copenhague et à Moscou. La troisième a maintenant élu domicile dans la collection d’art européen du MBAC. La paire de Washington a fait partie d’une rétrospective majeure consacrée à Carpeaux plus tôt cette année par le Metropolitan Museum of Art à New York, et est actuellement présentée dans le cadre de la même exposition au musée d’Orsay à Paris.           

Les œuvres, qui jettent un pont entre néoclassicisme et modernité en incarnant des idées classiques dans un style sculptural naturaliste, ont pour origine, très simplement, un exercice académique. Peu de temps après son arrivée à l’Académie de France à Rome pour un programme d’étude de cinq ans en 1856, on demande à l’artiste français d’expédier un exemple de son travail à Paris pour montrer à ses professeurs l’ampleur de ses progrès techniques et artistiques. À l’époque, il est déjà reconnu après avoir remporté le grand prix de Rome en 1854, et il y a donc peu de doutes sur ses capacités; sa sculpture pleine grandeur d’un jeune garçon nu de 11 ans portant une coquille à son oreille va s’avérer en fait un chef-d’œuvre de jeunesse.


 

Jean-Baptiste Carpeaux, Pêcheur napolitain à la coquille (v. 1857–1862), marbre blanc sur socle en bois. Collection particulière. Photo © MBAC

Avant d’être envoyée à Paris, la version en plâtre de Pêcheur napolitain à la coquille est exposée à Rome, où elle remporte un vif succès. Dans une lettre à son ami Charles Laurent-Daragon, Carpeaux exprime sa joie d’avoir gagné l’estime de ses collègues et déclare que l’œuvre est « le premier succès qui annonce un brillant avenir pour moi ». À son arrivée à Paris, la pièce connaît un égal succès, et est exposée à la fois au salon de 1863 et à l’exposition universelle de 1867.

La femme de Napoléon III, l’impératrice Eugénie, fait l’acquisition de la première édition du marbre pour sa collection personnelle en 1863. Lorsque Carpeaux crée son pendant, Jeune fille à la coquille, quelques années plus tard, tentative fructueuse pour prolonger le succès de son Pêcheur, l’impératrice saisit également l’occasion.


 

Jean-Baptiste Carpeaux, Jeune fille à la coquille (v. 1863 –1867), marbre blanc sur socle en bois. Collection particulière. Photo © MBAC

L’excellent accueil reçu par la sculpture pousse Carpeaux à commercialiser largement le personnage avec une série de bronzes plus petits, et on vend des bustes du Pêcheur napolitain à la coquille dans les grands magasins français. La troisième paire a été datée de 1873, et est produite pour être vendue sur le marché de l’art après la chute du Second Empire. C’est la seule à être exposée sur les socles d’origine en bois.           

« Ces sculptures sont parfaitement à leur place entre La danseuse, de Canova, une pièce néoclassique, et L’âge d’airain, de Rodin, œuvre moderne qui semble d’un tel réalisme que Rodin fut accusé d’avoir moulé le corps d’un modèle vivant », raconte Paul Lang, directeur adjoint et conservateur en chef du MBAC. « Nous avons beaucoup de chance d’avoir ces œuvres en prêt à long terme grâce à un très bon ami du MBAC. »

Pêcheur napolitain à la coquille et Jeune fille à la coquille de Jean-Baptiste Carpeaux sont présentement exposées dans les salles d’art européen du Musée des beaux-arts du Canada.

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