Stan Douglas, Tunis, 23 janvier 2011, de la série 2011 ≠ 1848, 2021, épreuve à développement chromogène sur Dibond

Stan Douglas, Tunis, 23 janvier 2011, de la série 2011 ≠ 1848, 2021, épreuve à développement chromogène sur Dibond, 150 × 300 cm. © Stan Douglas. Avec l’autorisation de l’artiste, de Victoria Miro, Londres et Venise, et de David Zwirner, New York, Londres, Paris et Hong Kong

Stan Douglas à la Biennale de Venise

Stan Douglas, un des artistes contemporains les plus célèbres au pays, représente cette année le Canada à la Biennale de Venise, l’exposition d’arts visuels la plus prestigieuse, qui réunit des créateurs du monde entier. Basé à Vancouver et Los Angeles, Douglas est connu internationalement pour son travail multidisciplinaire, qui se décline en photographies, films multicanaux, installations vidéo et, plus récemment, productions théâtrales multimédias. L’installation Stan Douglas. 2011 ≠ 1848, organisée par Reid Shier pour Venise, propose une série d’œuvres dans deux lieux. Celles-ci sont inspirées par des événements marquants de turbulences sociales et politiques, comme s’en sont produits en Europe en 1848 et, dans un contexte mondial, en 2011. Dans son style caractéristique, Douglas fait appel à des points de rupture au sein d’un cadre global, rendant en détails minutieux et avec créativité technique ces moments de protestation, d’émeute et de révolution historiques.

Stan Douglas, New York, 10 October 2011, de la série 2011 ≠ 1848, 2021, épreuve à développement chromogène sur Dibond

Stan Douglas, New York, 10 October 2011, de la série 2011 ≠ 1848, 2021, épreuve à développement chromogène sur Dibond, 150 × 300 cm. © Stan Douglas. Avec l’autorisation de l’artiste, de Victoria Miro, Londres et Venise, et de David Zwirner, New York, Londres, Paris et Hong Kong

Au pavillon du Canada, on trouvera quatre grandes photographies panoramiques dans lesquelles l’artiste a combiné clichés de planches haute résolution et reconstitutions complexes d’événements majeurs d’insurrection sociale dans des villes du monde en 2011 : Tunis, Vancouver, Londres, New York. La photographie de Tunis représente le rassemblement de janvier qui défiait le couvre-feu nocturne pour protester contre le gouvernement corrompu et qui a ultimement mené au Printemps arabe. En juin, le chaos s’est répandu à Vancouver quand les amateurs de hockey sont descendus dans la rue après la défaite des Canucks face aux Bruins de Boston, en finale de la Coupe Stanley. À Londres, les émeutes qui ont éclaté en août à Pembury Estate, dans le quartier est de Hackney, à la suite du meurtre de Mark Duggan par la police, ont déclenché la propagation d’événements similaires dans tout le Royaume-Uni. À New York, en octobre, la marche des manifestants d’Occupy Wall Street a donné lieu à quelque 700 arrestations sur le pont de Brooklyn.

Les œuvres de Douglas explorent les confrontations entre les citoyens et la police découlant des pressions politiques ou sociales qui animent certains segments de la société. « Au cours des deux dernières années, pendant que Stan Douglas mettait en place un projet qui étudie et réimagine les événements de 2011, dit Reid Shier, commissaire de l’exposition, les événements percutants de cette année-là continuaient d’avoir un écho. Les pièces produites – qui rendent compte des chemins ayant mené à ce moment – sont emblématiques de la faculté de l’artiste à témoigner de situations qui se déroulent rapidement, et de l’imagination critique et créative avec laquelle son art décrit des histoires pixelisées à travers des perspectives qui restent en constante évolution. »

Stan Douglas, ISDN, 2022, quatre images fixes de l’installation vidéo à deux canaux. Londres : Lady Sanity et TrueMendous, Le Caire : Joker et Raptor.

Stan Douglas, ISDN, 2022, quatre images fixes de l’installation vidéo à deux canaux. Londres : Lady Sanity et TrueMendous, Le Caire : Joker et Raptor. © Stan Douglas. Avec l’autorisation de l’artiste, de Victoria Miro, Londres et Venise, et de David Zwirner, New York, Londres, Paris et Hong Kong 

Dans les Magazzini del Sale no 5, Douglas expose l’installation vidéo à deux canaux ISDN, une collaboration fictive entre des musiciens à Londres et au Caire mêlant le grime, qui a émergé dans la ville anglaise au milieu des années 2000, et le mahraganat, de la musique de festival devenue simultanément populaire dans le monde arabe. Ces genres – tous deux nés du mécontentement populaire – comme le souligne Douglas, « allaient littéralement devenir la bande-son de la révolte des jeunes ». Comme dans ses œuvres précédentes telles Hors-champs et Luanda-Kinshasa, le film le plus récent de Douglas entremêle la musique et l’imagerie visuelle, créant des couches de son et de rythme qui résonnent dans les deux sens. Le titre, ISDN, signifie « réseau numérique à intégration de services », une norme de communication maintenant obsolète qui transmet données, voix et vidéo sur des lignes téléphoniques.

Depuis leurs studios improvisés, les rappeuses londoniennes Lady Sanity et TrueMendous échangent des vers avec les artistes cairotes Raptor et Youssef Joker sur fond de leurs styles musicaux respectifs. Produits par la combinaison modulaire de plusieurs pistes de musique et d’effets, les rythmes pulsés d’ISDN se déploient dans un jeu d’appel et de réponse qui déjoue, de manière étonnante et inédite, les paramètres entre ce qui est vu et ce qui est entendu.

Dans 2011 ≠ 1848, l’artiste explore des connexions dans le temps et dans l’espace qui peuvent – ou non – exister. Les thèmes du bouleversement et de l’insurrection, ainsi que le jeu entre réalité et fiction, créent dans les réalisations de Douglas un dialogue qui offre au public des entrées innombrables et intemporelles vers ces moments particuliers.

 

Stan Douglas. 2011 ≠ 1848, commandée par le Musée des beaux-arts du Canada et organisée par Reid Shier, est à l’affiche dans le pavillon du Canada et les Magazzini del Sale no 5 à l’occasion de la 59e Biennale di Venezia jusqu’au 27 novembre 2022. L’œuvre est présentée en partenariat avec le Conseil des arts du Canada et la Fondation du Musée des beaux-arts du Canada. Le Musée remercie David Zwirner et Victoria Miro de leur collaboration et leur appui. Les installations sont accompagnées par un catalogue illustré, avec des textes de Reid Shier, Erika Balsom, Ma'an Abu Taleb, George E. Lewis et Samir Gandesha, disponible à la Boutique du MBAC. Partagez cet article et abonnez-vous à nos infolettres pour demeurer au courant des derniers articles, expositions, nouvelles et événements du Musée, et en apprendre plus sur l’art au Canada.

Partager cet article: