Un prêt de deux tableaux de Klimt offre une chance unique aux visiteurs du Musée des beaux-arts du Canada

L’œuvre protéiforme du célèbre peintre autrichien Gustav Klimt (1862–1918) va de l’énigmatique à l’érotique, du bucolique au provocateur, du contemplatif au controversé. Les visiteurs du Musée des beaux-arts du Canada (MBAC) auront désormais la chance de découvrir toute l’ampleur de ce registre artistique puisque le Musée, dont la collection abrite déjà Espoir I (1903) de Klimt, bénéficie d’un prêt à long terme de deux toiles importantes de cet artiste.

« C’est un prêt d’œuvres fascinantes peintes par un artiste fascinant », s’enthousiasme le directeur du Morgan Library & Museum de New York, Colin Bailey, spécialiste reconnu de l’art et ancien sous-directeur et conservateur en chef du MBAC. « La collection nationale du MBAC abrite déjà l’une des toiles les plus célèbres de Klimt, Espoir I (1903), une œuvre qui a toujours été mythique. La possibilité de l’entourer d’autres toiles de Klimt est absolument fantastique. »

Espoir I (1903), qui est le seul tableau de Klimt à appartenir à une collection publique canadienne, sera rejoint par deux autres toiles du peintre : Portrait d’Elisabeth Lederer (1914–1916) et Forêt à flanc de montagne à Unterach sur l’Attersee (1916).

Gustav Klimt, Espoir I, 1903, huile sur toile, 189.2 x 67 cm. Musée des beaux arts du Canada, Ottawa. Photo : MBAC

 

« Réunir trois Klimt dans une seule salle, c’est une prouesse n’importe où dans le monde, a fortiori au Canada », explique Kirsten Appleyard, ajointe à la conservation et chercheuse en provenance, art européen et américain, au MBAC « Ces trois tableaux —un portrait, une allégorie et un paysage —offrent un vue d’ensemble du travail de Klimt sur vingt années de carrière et illustrent à merveille son évolution artistique. »

En 2001, le MBAC a organisé sous le commissariat Colin Bailey la première rétrospective complète de l’œuvre de Klimt en Amérique du Nord. Considéré comme le plus célèbre artiste de l’Art nouveau, un mouvement de la fin du XIXe siècle connu sous le nom de Sécession de Vienne, Klimt est aussi vu comme l’un des plus grands peintres du XXsiècle.

Klimt est peut-être plus célèbre pour ses imposants portraits de femmes, y compris ce Portrait d’Elisabeth Lederer. Commandé en 1914 et achevé près de trois ans plus tard, le portrait est celui de la jeune fille élégante et sûre d’elle d’un des mécènes les plus importants de l’artiste. Toutefois, Colin Bailey affirme que le talent exceptionnel de Klimt tient à son génie de toujours révéler quelque chose de la personne qui se cache derrière les apparences de la richesse. « Elles sont célèbres, elles sont issues de milieux aisés, elles sont extrêmement cultivées, mais elles dégagent une sorte de vulnérabilité qu’il parvient à saisir en même temps que leur raffinement, leur statut. La façon dont il plonge au plus profond de leur âme a quelque chose de choquant. »

Gustav Klimt, Autriche, 1862–1918, Portrait d’Elisabeth Lederer 1914–1916, huile sur toile. Collection particulière

 

Klimt était aussi notoirement connu pour sa pratique méticuleuse et pour la somme de travail qu’il investissait dans ses portraits, poursuit Kirsten Appleyard : « Elizabeth Lederer raconte un Klimt dessinant pendant des mois des croquis dans toutes sortes de positions, un Klimt frustré jetant régulièrement son crayon par terre. Klimt n’a cessé de modifier et de remodifier son concept pendant ces trois années. Et il aurait continué ainsi si la mère du modèle n’avait pas pris sur elle d’emballer la toile et de l’emporter. C’est une histoire qui circule dans d’autres cas de portraits. Les modèles devaient assumer les contraintes physiques de la pose parce que Klimt refusait systématiquement de penser que ses images étaient achevées. »

Gustav Klimt, Autriche, 1862–1918, Forêt à flanc de montagne à Unterach sur l’Attersee 1916, huile sur toile. Collection particulière

 

Kirsten Appleyard ajoute que les paysages de Klimt expriment une facette différente de l’artiste et de son œuvre. « La vie de Klimt se distinguait par une certaine bipolarité », dit-elle. « D’un côté, son rôle public à Vienne où il fréquentait la haute société et les riches mécènes; de l’autre, son besoin croissant de solitude et d’intimité, ses retraites estivales annuelles à la campagne consacrées à la détente et à la peinture. Même s’ils sont moins connus que ses portraits, ses paysages poétiques et luxuriants n’en constituent pas moins près de la moitié des créations de ses vingt dernières années. »

Admiré pour ses couleurs, pour ses mosaïques et pour ses décorations et ornementations, Klimt était aussi critiqué pour la sexualité (latente ou manifeste) qui imprégnait la plupart de ses images. 

« C’est un sentiment très aigu d’état de rêve », conclut Colin Bailey. « Klimt est un artiste symboliste actif au début du XXe siècle, il n’est pas encore un artiste abstrait, mais il donne corps à des fantasmes, à des désirs ardents et à des sentiments qui sont d’ordre sexuel, érotique, philosophique. »

Espoir I (1903), Portrait d’Elisabeth Lederer (1914–1916) et Forêt à flanc de montagne à Unterach sur l’Attersee  (1917) sont exposés au Musée des beaux-arts du Canada, salle C215. Pour partager cet article, veuillez cliquer sur la flèche en haut à droite de la page.

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