Voyage photographique dans l’ère atomique

David McMillan, View of Forest from Dental Hospital, Pripyat [Vue de la forêt de l’hôpital dentaire, Pripiat] (2012), épreuve à développement chromogène © David McMillan

Du champignon atomique d’Hiroshima à la fumée radioactive de l’explosion de la centrale nucléaire japonaise de Fukushima Daiichi en passant par la ville fantôme de Tchernobyl, les photographes savent depuis longtemps saisir les moments qui façonnent notre conception et notre compréhension de l’ère nucléaire.

L’exposition du Musée des beaux-arts de l’Ontario, Camera Atomica, réunit plus de 200 photos qui documentent l’ère nucléaire depuis ses débuts jusqu’à nos jours. « L’image du nuage en forme de champignon est la plus célèbre de toutes depuis 1945, déclare John O’Brian, commissaire de l’exposition et professeur d’histoire de l’art à l’Université de la Colombie-Britannique. Elle est le symbole même de l’ère atomique. Tout ce que nous savons de ce spectacle nous vient presque uniquement de photos. »

 

Photo d’actualité fédérale, Lieutenant-Colonel W. Arthur Croteau with a model of an atom blast on a map of Ottawa [Le lieutenant-colonel W. Arthur Croteau avec un modèle d’explosion atomique sur un plan d’Ottawa] (26 avril 1952), épreuve à la gélatine argentique, 21 x 16,2 cm. Bibliothèques de l’Université York, Archives et collections spéciales Clara Thomas, Toronto. Telegram fonds, ASC08139

Outre des images photographiques, Camera Atomica rassemble toutes sortes de documents éphémères allant de coupures de presse, de publicités et de conseils de survie en cas d’hiver nucléaire à d’anciennes photos d’essais nucléaires et à des images emblématiques de la guerre froide accompagnées de reportages d’époque, sans oublier des photos d’art axées sur les enjeux de l’ère atomique.

Ainsi, Radioactive Cats [Chats radioactifs] (1980) de l’artiste Sandy Skoglund met en scène une meute de félins vert acide qui semblent avoir investi la cuisine lugubre d’un couple âgé. Rennes Becquerel, Harads Same-produktor, Harads, Laponie, Suède de Robert Del Tredici (1986), une des huit épreuves prêtées par le Musée des beaux-arts du Canada (MBAC), est tout aussi troublante. « On voit ici des carcasses empilées de rennes massacrés, contaminés, note Ann Thomas, conservatrice de la photographie au MBAC. Comme dans ses autres représentations de retombées nucléaires, Robert Del Tredici nourrit l’imaginaire avec une image puissante et concrète qui évoque une force destructrice autrement invisible. »


Robert Del Tredici, Rennes Becquerel, Harads Same-produktor, Harads, Laponie, Suède (3 décembre 1986), épreuve à la gélatine argentique, 30,5 x 45,1 cm. Musée des beaux-arts du Canada. © Robert Del Tredici/ CARCC 2015

Si l’exposition explore les conséquences néfastes de la science nucléaire telles que l’élimination des déchets nucléaires, la fusion du cœur ou les changements climatiques, elle explore également ses avantages. Comme le rappelle John O’Brian : « Côté positif, pensons à la médecine, qui joue un rôle important dans notre société. Côté négatif, il y a les effets dommageables des déchets radioactifs. » Par exemple, l’exposition présente une photo d’Edward Burtynsky qui illustre des résidus d’uranium à Elliot Lake, en Ontario, « six fois plus radioactifs que l’uranium lui-même. Mais l’exposition comprend aussi toutes sortes d’images liées à la médecine. »   

Camera Atomica propose des moments à la fois cocasses et effrayants, comme en témoigne par exemple Atomic Explosion [Explosion atomique] (1951). Sur cette photo de presse de l’armée de l’air des États-Unis, du personnel militaire en tenue décontractée, portant des lunettes de protection, regarde le déroulement d’essais nucléaires dans le désert assis dans des sièges alignés sur le toit d’un club d’officiers. John O’Brian explique : « C’est une photo brillante parce qu’elle ne montre pas le nuage en champignon. Elle montre simplement des hommes réunis pour voir exploser des bombes à distance sécuritaire. »

 

Inconnu, U.S. Airforce, Atomic Explosion [Explosion atomique] (1951), épreuve à la gélatine argentique, 20,32 x 25,4 cm. The Black Star Collection, avec la permission du Ryerson Image Centre

Dans le même esprit, une photo prise pendant l’opération Crossroads rend hommage à la réussite des essais de deux bombes atomiques qui ont eu lieu près de l’atoll de Bikini en 1946. Le but de ces essais était d’évaluer les dégâts que pouvaient causer des armes nucléaires sur des navires de guerre. Selon John O’Brian, l’exercice « a permis de réaliser certaines des images les plus symboliques des explosions nucléaires ». Sur cette image prise une fois les essais terminés, nous voyons le commandant debout à côté de son épouse en train de découper un gâteau en forme de nuage en champignon, coiffée d’un chapeau également en forme de nuage en champignon.

« Je maintiens qu’il faut toute une variété d’images pour offrir un récit plus complexe de ce qui se passait à l’époque, déclare John O’Brian. L’exposition offre une perspective tangible et unique sur l’ère atomique car elle aborde cette période de façon thématique, en faisant valoir des arguments sur la relation entre la photographie et les événements nucléaires pendant près de 70 ans. »

Camera Atomica est à l’affiche au Musée des beaux-arts de l’Ontario jusqu’au 15 novembre 2015. 

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