Walter Allward, le désespoir en esquisses face à la guerre

Walter S. Allward, Futilité, inconnu. Mine de plomb et crayon de couleur sur papier vélin

Walter S. Allward, Futilité, inconnu. Mine de plomb et crayon de couleur sur papier vélin, 25.3 x 20.5 cm. Don du Allward Trust, Uxbridge (Ontario), 1986. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. Photo : MBAC


La grande œuvre de Walter Allward en tant que sculpteur est le Mémorial de Vimy de 1936 dans le nord-est de la France, qui rend hommage aux plus de 65 000 Canadiens ayant perdu la vie pendant la Première Guerre mondiale entre 1914 et 1918. Décrit par l’artiste comme « une protestation silencieuse contre la futilité de la guerre », le mémorial n’est pas qu’une profonde reconnaissance du sacrifice (« une urne gigantesque … conçue pour recueillir la douleur », comme l’a écrit la romancière Jane Urquhart), mais aussi un appel poignant à l’humanité afin de défendre les valeurs symbolisées par les sculptures sur les sections supérieures des deux pylônes – dont la Justice, la Vérité et la Paix.

The Vimy Memorial, designed by Walter Allward, 1936. Stone

Le Mémorial de Vimy de Walter Allward, 1936. Photo : Alain Chamsi

Comme de nombreuses personnes de sa génération, Allward (1874–1955) croyait que la Première Guerre mondiale était « la guerre pour mettre fin à la guerre » et il a ressenti un profond désespoir lors du déclenchement d’un nouveau conflit après l’invasion de la Pologne par l’Allemagne le 1er septembre 1939, trois ans à peine après le dévoilement de son édifice. L’angoisse d’Allward a crû vers la fin de mai 1940, quand le gouvernement britannique a fait paraître dans la presse canadienne un faux article racontant la destruction du Mémorial de Vimy par l’armée de l’air allemande. La célèbre visite d’Hitler au monument quelques jours plus tard était une tentative de nier le fait, mais les alliés ont supprimé les photographies du déplacement afin de maximiser leurs efforts de propagande. L’histoire de l’anéantissement du mémorial a persisté pendant plusieurs mois avant que la réalité ne commence à émerger, forçant le premier ministre Mackenzie King à faire une déclaration au parlement au début d’août pour corriger les affirmations précédentes.

De nature introspective, Allward a réagi aux hostilités en Europe en s’immergeant dans l’art et a produit au cours de ces années plus de 100 croquis allégoriques qu’il qualifiait d’« illustrations de guerre ». En tant que série, les dessins reflètent sa grande désillusion devant une guerre qui allait finalement coûter la vie à plus de 75 millions de personnes en un peu plus de cinq ans.

Walter S. Allward, L'échec, v. 1940. Mine de plomb et crayon de couleur sur papier vélin

Walter S. Allward, L'échec, v. 1940. Mine de plomb et crayon de couleur sur papier vélin, 20.5 x 25.3 cm. Don du Allward Trust, Uxbridge (Ontario), 1986. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. Photo : MBAC

Réalisés à la mine de plomb et aux crayons de couleur, les dessins de guerre explorent un grand éventail de thèmes. Dans une œuvre de la collection du Musée des beaux-arts du Canada intitulée Futilité, trois figures luttent pour tirer des sacs d’or et d’autres butins sur une falaise abrupte, une référence à l’obsession futile envers les richesses matérielles. Dans L’échec, un seul personnage à la tête penchée et aux mains jointes est juxtaposé à un globe traversé par une épée.

Walter S. Allward, Les morts entendent , 1941. Mine de plomb et crayon de couleur sur papier crème

Walter S. Allward, Les morts entendent , 1941. Mine de plomb et crayon de couleur sur papier crème, 21.2 x 33.3 cm. Don de Ursula et Stanley Mezydlo, Aurora (Ontario) 2014. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. Photo: MBAC 

Les morts entendent présente un trompettiste qui ressuscite les victimes afin d’obtenir leur soutien dans l’effort de guerre. Visible dans le cadre de porte à la droite, dans ce dessin, une silhouette de la cathédrale Saint-Paul de Londres constitue un symbole de la résilience britannique pendant la Deuxième Guerre mondiale. Le fameux bâtiment a survécu à un féroce raid aérien allemand le matin du 30 décembre 1940 et il a été immortalisé dans l’une des photographies les mieux connues de la guerre, St. Paul survit, de Herbert Mason.

Walter S. Allward, Dessin de guerre,  1940. Mine de plomb et crayon de couleur sur papier vélin

Walter S. Allward, Dessin de guerre,  1940. Mine de plomb et crayon de couleur sur papier vélin, 26.2 x 19.8 cm. Don du Allward Trust, Uxbridge (Ontario), 1986. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. Photo : MBAC

Le don de soi et la rédemption y sont des thèmes récurrents. Dans Dessin de guerre, l’une de plusieurs esquisses comportant un message religieux explicite, Allward montre le Christ sauvant des eaux tourbillonnantes des personnages en train de se noyer.

Bien qu’Allward ait produit des dessins tout au long de sa carrière, les illustrations de guerre sont singulières par leur immédiateté et leur impact émotif, obtenu en partie à travers le mouvement, en plaçant les personnages à proximité de l’avant-plan et en minimisant la profondeur. Dans l’esprit, les dessins s’inspirent des 82 estampes composant Les désastres de la guerre, série gravée par Goya entre 1810 et 1820, et offrent des similitudes avec le travail du poète et peintre britannique William Blake. 

La plupart des pièces dans la collection du Musée des beaux-arts du Canada ont été données par le petit-fils d’Allward, Peter Allward, qui a également fait don de dessins de la série au Musée des beaux-arts de l’Ontario et aux Archives de l’Université Queen’s. Aux yeux de l'artiste, les illustrations de guerre étaient des œuvres privées et elles n’ont jamais été montrées au public pendant sa vie. Aujourd’hui, elles sont largement reconnues comme étant parmi ses dessins les plus accomplis, ainsi que comme une réaction personnelle évocatrice à la tragédie de la guerre.

 

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