Vive la peinture! Petite histoire d’une grande amitié

Henri Matisse, Nu au canapé jaune, 1926, huile sur toile, 55.1 x 80.8 cm. Musée des beaux arts du Canada, Ottawa. Photo : MBAC

 

Le 13 août 1925, Henri Matisse (1869–1954) envoie une carte postale à Pierre Bonnard (1867–1947) sur laquelle est écrit : « Vive la peinture! ». Simple, mais efficace, le geste est à l’image d’une longue amitié de plus de quarante ans.

Aujourd’hui, une nouvelle exposition au Städel Museum à Francfort, en Allemagne, raconte cette camaraderie à travers une collection de 120 peintures, dessins, sculptures et estampes. Mettant de l’avant l’intérêt commun des deux artistes pour les intérieurs, les natures mortes, les paysages et les nus féminins, Matisse – Bonnard „Es lebe die Malerei! (« Matisse – Bonnard Vive la peinture! », en allemand) souligne l’influence qu’ont Matisse et Bonnard l’un sur l’autre en tant que pionniers de l’art moderne du XXe siècle.

« Un lien très personnel unissait ces deux artistes », explique Daniel Zamani, adjoint à la conservation, art moderne, au Städel Museum lors d’une entrevue à Magazine MBAC. « „Es lebe die Malerei!“ donne une bonne idée de cette amitié et de leur sympathie mutuelle. »

Organisée par Felix Krämer et Zamani, l’exposition montre comment deux artistes en apparence aussi différents ont en fait des approches similaires de l’art. Les pièces impressionnistes de Bonnard, qui font la part belle aux pastels et aux contours légers, contrastent indubitablement avec les compositions abstraites et vives de Matisse. Cependant, les deux peintres vont trouver un territoire commun dans les sujets mêmes de leurs œuvres. S’ouvrant avec des portraits de Matisse et Bonnard réalisés par le photographe Henri-Cartier Bresson, „Es lebe die Malerei!“ explore les analogies existant entre les deux personnages dans des salles thématiques sur deux étages.

Outre les natures mortes et les paysages, Bonnard et Matisse aiment représenter des espaces intérieurs, se servant souvent de la fenêtre comme catalyseur d’une vue splendide sur l’extérieur. Cette similitude saute immédiatement aux yeux si l’on compare La fenêtre ouverte (1911) de Matisse et La fenêtre (1925) de Bonnard, où les deux artistes peignent des toits baignés de soleil entourés d’une abondante verdure.

L’un des sujets majeurs de l’exposition est l’étude du nu féminin (« une obsession », selon Zamani), fréquemment privilégiée par Matisse et Bonnard dans leurs œuvres. Parmi les nus exotiques de Matisse présentés, se trouve un portrait prêté par le Musée des beaux-arts du Canada.

« Nu au canapé jaune est l’un des tableaux les plus emblématiques de Matisse, et l’une des pièces maîtresses de l’exposition », précise Zamani, parlant de l’huile de 1926 où une femme nue est nonchalamment étendue sur un canapé jaune vif. « Matisse a observé très attentivement son modèle ici, et a construit la composition tout entière à partir de sa pose. »

Les nus de Bonnard dégagent la même impression d’intimité, quoique plus mélancoliques et graves. Sa femme a été son modèle pour plus de 400 toiles sur une cinquantaine d’années, immortalisée sous des traits de jeunesse, souvent au bain, dans un décor onirique.

Prise dans son ensemble, „Es lebe die Malerei!“ n’a pas pour propos la comparaison dans une perspective compétitive, mais offre plutôt les clés pour comprendre les diverses contributions apportées réciproquement par Matisse et Bonnard à leur succès respectif.

« Leur amitié était basée sur l’estime mutuelle, plutôt que sur la rivalité », conclut Zamani. Nous ne connaîtrions pas ces artistes comme c’est le cas aujourd’hui sans cette camaraderie et cette capacité à s’influencer l’un l’autre.

Matisse – Bonnard „Es lebe die Malerei!“ (Matisse – Bonnard “Vive la peinture!”) est à l’affiche du  Städel Museum à Francfort, en Allemagne, jusqu’au 14 janvier 2018. Pour  partager cet article, cliquez sur la flèche en haut à droite de la page.

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