Voyons de près les petits formats de Salvador Dalí

Salvador Dalí, Gala et l'Angélus de Millet précédant l'arrivée imminente des anamorphoses coniques​, 1933. Huile sur bois, 24.2 x 19.2 cm. Acheté 1975. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. © Salvador Dali, Fundació Gala-Salvador Dalí/ SOCAN (2018). Photo: MBAC

 

Peint par Salvador Dalí en 1933, Gala et l’Angélus de Millet précédant l’arrivée imminente des anamorphoses coniques est « l’une des perles » d’une rare exposition à présenter une face moins connue de l’œuvre de l’artiste. Le directeur et conservateur du Meadows Museum de Dallas, Mark Roglán, précise : « De 1929 à 1936, devenu membre du mouvement surréaliste,  Dalí (1904–89) a vraiment adopté les toiles de petit format. Environ la moitié des tableaux de cette époque font au maximum 33 centimètres. Certains ne dépassent même pas les 7 x 5 cm, ce qui nous a vraiment intrigués. »

Le Musée des beaux-arts du Canada a prêté Gala au Meadows Museum pour son actuelle exposition Dalí: Poetics of the Small, 1929–1936 [Dalí. La poésie du petit]. Cette toile de 24,2 x 19,2 cm fait partie d’une série d’environ 200 tableaux exécutés à l'époque considérée comme le point culminant de la carrière de l’artiste. Dans cette œuvre Dalí conjugue deux de ses obsessions : le célèbre Angélus de Millet et l’image de sa femme, Gala. Fidèle à lui-même, il nous offre de nombreuses associations aussi invraisemblables que remarquables.  La figure à l’avant-plan ressemble au révolutionnaire communiste russe Vladimir Lénine et un des bustes disposés sur la saillie du mur pourrait être celui d’André Breton, poète et chef de file du Surréalisme. Posté derrière la porte, le personnage coiffé d’un homard, un des accessoires de prédilection de Dalí, est l’écrivain russe Maxime Gorki.

Mark Roglán explique : « C’est un tableau extraordinaire qui montre comment le petit format a permis à Dalí de saisir ce qui, pour lui, était la réalité – des instantanés de son propre subconscient, de l’imagination sans fin qui était la sienne, qu’il reproduisait ensuite presque comme des polaroïds avant l’invention du Polaroïd. » La toile illustre aussi la passion de Dalí pour la peinture hollandaise, plus particulièrement pour Johannes Vermeer (1632–75) qui affectionnait aussi les petits formats. Dalí, qui considérait le peintre de Delft comme « le maître des maîtres », admirait autant chez lui sa technique méticuleuse que son utilisation de la lumière.

Salvador Dalí, L’homme poisson, 1930. Huile sur toile, 26.7 x 19.1 cm. Meadows Museum, SMU, Dallas. © Salvador Dali, Fundació Gala-Salvador Dalí/ SOCAN (2018)

 

La genèse de cette exposition qui revisite et exalte les petits formats de Dalí remonte à l’achat de L’Homme Poisson par le Meadows Museum, il y a trois ans. L’analyse de ce tableau peint Dalí en 1930 a révélé l’existence de plusieurs dessins sous-jacents jusque-là inconnus. « On pourrait croire que le choix d’un si petit format signifiait que Dalí avait une très bonne idée de la direction future de sa composition, mais il a fait des changements, note Roglán. Il a supprimé des ombres dans l’œuvre achevée.  Il a aussi laissé de côté deux ou trois figures. Autrement dit, on en apprend beaucoup sur son processus de création. »

Roglán remarque que l’exposition est aussi l’occasion d’en apprendre davantage sur cet artiste légendaire, sur sa poésie et sur ses autres écrits consacrés aux petites choses. « Nous connaissons énormément d’images de Dalí, mais ce sont la plupart du temps des reproductions dans des livres, ce qui fait que nous n’avons peut-être pas toujours une juste idée de la taille du tableau. » Il ajoute : « Il faut s’approcher et, peut-être, reculer pour trouver de nouvelles choses » dans ces œuvres qui ressemblent à des petits bijoux.

Le Meadows Museum propose en complément à cette présentation Aliyah: A Moment in Jewish History [Un moment dans l’histoire du peuple juif]. Dans cette rare série complète de lithographies consacrée à l’aliyah [la migration vers la terre d’Israël] exécutée en 1968, Dalí commémore les vingt ans de la proclamation de l’État d’Israël. Contrastant avec les petits formats picturaux, ces œuvres graphiques sont de taille appréciable et se démarquent par l’amplitude du trait expressionniste.

Roglán rappelle que la réputation mondiale de cet artiste n’empêche pas qu’il reste beaucoup à découvrir sur son évolution et sa production artistique : « Les visiteurs verront qu’il n’est pas impossible d’être moderne tout en s’inscrivant dans une tradition. Ils découvriront le monde imaginaire infini que Dalí nous fait partager. »

 

Dalí: Poetics of the Small, 1929–1936 et Dalí's Aliyah: A Moment in Jewish History sont à l'affiche au Meadows Museum, Dallas, jusqu' au 13 janvier 2019. Partagez cet article et n’oubliez pas de vous abonner à nos infolettres pour connaître les dernières informations et  en savoir davantage sur l’art au Canada.

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