Art vidéo et jardins de papillons : le fonds Mike MacDonald

Mike MacDonald, Seven Sisters, 1989, 7 vidéos numériques

Mike MacDonald, Seven Sisters, 1989, 7 vidéos numériques, 55 min. Acheté en 2011. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. © Succession Mike MacDonald Photo : MBAC


Artiste, vidéaste et jardinier autodidacte, Mike MacDonald, d’ascendance mi’kmaw, béothuk, écossaise, irlandaise et portugaise, est connu comme l’un des premiers artistes autochtones à avoir mené des expérimentations en art vidéo. Sa réputation tient aussi à ses jardins de papillons, qu’il a plantés dans des milieux urbains à travers le Canada entre 1995 et 2003. Cet été, Bibliothèque et Archives du Musée des beaux-arts du Canada a entrepris la description des contenus de plus de 400 vidéos qui constituent une partie du fonds Mike MacDonald, lequel comprend également des correspondances et des notes, des contrats d’artiste, des documents éphémères, du matériel de recherche sur les questions environnementales et les traditions autochtones, ainsi que quelques objets divers, en particulier un chapeau fait au crochet à partir d’une bande vidéo.

Né en 1941 à Sydney, en Nouvelle-Écosse, MacDonald s’installe en 1963 à Toronto, où il œuvre comme travailleur social, chauffeur de taxi et, un temps, dans un studio de télévision. En 1977, il déménage à Vancouver et commence à s’intéresser à la vidéographie. Influencé par The Technique of the Television Cameraman, de Peter Jones, animateur à la BBC, il réalise avec sa première production documentaire vidéo une chronique du militantisme antinucléaire dans la région. Ses archives vidéo commencent à partir de cette période et comportent des reportages d’actualités sur le sujet enregistrés à la télévision, de même que ses propres images de manifestations antinucléaires et pacifistes.

Une part importante de cette collection d’archives met également en relief le travail mené par MacDonald pour recenser les histoires de différentes communautés autochtones, notamment les Tahltan, les Gitxsan et les Nisga'a. Si elle inclut des prises de vue effectuées par l’artiste lui-même, la collection englobe par ailleurs de nombreuses heures de séquences journalistiques télévisuelles consacrées au thème de la souveraineté des Premières Nations. Au début des années 1980, MacDonald a tourné son attention vers le combat continu pour l’autodétermination autochtone, en particulier parmi les peuples de Colombie-Britannique. Il séjourne surtout sur le territoire des Gitxsan et des Wet’suwet’en, et enregistre les témoignages des Aînés lors de la revendication territoriale maintenant appelée cause Delgamuukw (1984–1997).

Mike MacDonald et Electronic Totem, date inconnu, photographie; Mike MacDonald, Electronic Totem,1987, installation vidéo, 5:20 minutes

Mike MacDonald et Electronic Totem, date inconnu; Mike MacDonald, Electronic Totem, 1987, installation vidéo, 5:20 min. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. © Succession Mike MacDonald Photos : MABC Bibliothèque et Archives

À partir du milieu des années 1980, MacDonald s’engage dans des expérimentations en art vidéo et avec des installations multi-écrans. Sa pièce remarquée Electronic Totem (1987), dans la collection du Musée, consiste en cinq tubes cathodiques à image empilés l’un sur l’autre pour évoquer un mât totémique. Chaque écran de télévision diffuse simultanément des séquences montrant différents aspects de la culture des Gitxsan et Wet'suwet’en.

Créée deux ans plus tard, sa Seven Sisters est composée de sept téléviseurs de différentes dimensions disposés horizontalement, chacun représentant un sommet de la chaîne de montagnes éponyme en Colombie-Britannique. Chacun des écrans présente en même temps différents enregistrements, passant de panoramas enneigés à des images de forêts coupées à blanc et d’animaux naturalisés. La voix de l’Aînée Mary Johnson, une cheffe à Kispiox, interprétant une chanson de guérison, accompagne les images. L’œuvre était une critique des méthodes en place d’extraction des ressources, qui ont amené MacDonald à déclarer en 1989 que si elles se poursuivaient, « le seul endroit où nos petits-enfants pourront voir la faune est dans des musées, empaillée ». Ses réflexions perspicaces à propos de l’impact préjudiciable de l’industrie sur l’environnement et la vie sauvage étaient à bien des égards en avance sur son temps. Comme il le confiait à Tom Sherman dans une entrevue de 1991, il préférait qu’on le considère comme un naturaliste ou un conservationniste plutôt que comme un environnementaliste, et que ces préoccupations continueraient d’être le moteur de son œuvre.

Mike MacDonald, Digital Garden (detail), série placemat, 1997, photograph

Mike MacDonald, Digital Garden (detail), série placemat series, 1997. Mount Saint Vincent University, Halifax. Photo : Avec l'autorisation de MSVU Art Gallery

C’est à l’époque où il photographie les terres des Gitxsan (MacDonald est également photographe) qu’il entame une réflexion sur les papillons et, plus particulièrement, sur leur lien avec les plantes médicinales. Y repensant, il déclare dans une entrevue en 2001 au Star Phoenix de Saskatoon : « J’avais tout le temps des papillons dans mes images. Quand j’y ai prêté plus d’attention, j’ai réalisé que les plantes prisées en médecine autochtone étaient aussi celles qui attiraient les papillons. » Ses recherches approfondies sur les lépidoptères régionaux, sur la flore complémentaire et son rôle dans la thérapeutique autochtone vont le mener à la conception et à la plantation de jardins de papillons partout au Canada.

Mike MacDonald in one of his Butterfly gardens, date unknown, photograph

Mike MacDonald dans un de ses jardins de papillons, date unconnu. Photo : Bibliothèque et Archives MBAC

De 1995 à 2003, MacDonald crée plus de 20 jardins adaptés au site sur les terrains de musées et galeries, parcourant le pays une fois par an pour les entretenir. S’ils sont un lieu de répit et de méditation, les jardins de papillons de MacDonald contribuent également à conscientiser quant au stress subi par les insectes, les animaux et le territoire du fait de la dégradation de l’environnement et des épandages de pesticides. Interrogé par le Daily News d’Halifax en 1997, il observe : « Les papillons vivent une période compliquée. Les plantes dont ils dépendent sont menacées, donc eux aussi. » Trois ans plus tard, il remporte le premier Prix d’excellence aux Autochtones des réalisations en nouveaux médias pour son site Web Butterfly Garden, lequel propose des descriptions de différents papillons locaux et leurs plantes de prédilection, toutes rédigées par l’artiste lui-même.

De retour sur la côte Est en 2000, MacDonald va y planter son dernier jardin en 2003. L’artiste s’éteint en 2006 et, bien qu’un seul de ses jardins ait survécu, son œuvre a récemment inspiré Finding Flowers, un projet de recherche consacré à l’étude des jardins de MacDonald dans le but d’analyser « les relations entre la préservation des plantes endémiques et les pollinisateurs, en parallèle avec le respect des pratiques artistiques, cultures et langues autochtones ». En 2021, Lisa Myers, commissaire et codirectrice de Finding Flowers, a présenté une visite audio avec le McMaster Museum of Art en hommage au jardin aménagé à l’origine par McDonald dans le parc Gage à Hamilton. Depuis 2019, Finding Flowers a replanté le jardin au Woodland Cultural Centre à Brantford et a également lancé un plan de restauration du jardin créé par MacDonald en 1997 à la MSVU Art Gallery à Halifax.

 

L'installation Seven Sisters de Mike MacDonald est présenté dans la salle A104 au Musée des beaux-arts du Canada et le fonds Mike MacDonald est conservé dans la collection de Bibliothèque et Archives du Musée. Pour connaître les heures d’ouverture de Bibliothèque et Archives, veuillez consulter​ la page Accès. Partagez cet article et inscrivez-vous à nos infolettres pour recevoir les derniers articles, pour rester au courant des expositions, des nouvelles et des activités du MBAC et pour tout savoir de l’art au Canada.

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