BGL, Spectacle + Problèmes (détail), 2011–18, branches d’arbres, peinture en aérosol, acrylique, tissu, vinyle, plexiglas, papier, aluminium, pinces à anneaux, lampes, ventilateurs, plateaux électriques, Au Museum London c.457.2 x 320 x 304.8 cm. (approx.), Collection de BGL, Photo: Marc Dommage

La résolution de problèmes, selon BGL: Installations au Museum London

 

Pour l’événement artistique parisien Nuit Blanche 2011, le trio québécois BGL avait érigé un bûcher géant de quelque dix-huit mètres de long dans un gymnase. Les flammes étaient factices, bien sûr, taillées dans du tissu et mises en mouvement par des ventilateurs et des ampoules électriques fixées derrière, mais au premier abord, l’effet était convaincant. Le temps que les visiteurs comprennent la supercherie, la réalité était suspendue. Une telle expérience de déstabilisation, surtout de cette ampleur, a la capacité de marquer profondément les spectateurs. L’œuvre s’apparentait en gros à un spectacle, et pour en concevoir un de cette force et de cette portée, les artistes ont dû mobiliser toutes leurs capacités de débrouillardise et de résolution de problèmes. Pas surprenant qu’ils aient intitulé la pièce Spectacle + Problèmes.

Une version réduite de l’œuvre est actuellement installée au Museum London, au côté d’une sélection d’autres créations couvrant plus de vingt ans de carrière, dont des prêts majeurs du Musée des beaux-arts du Canada. L’exposition tire son nom du faux feu original. On peut voir ici une clé : « spectacle » et « problèmes » constituent un cadre cohérent à partir duquel comprendre la pratique artistique de Jasmin Bilodeau, Sébastien Giguère et Nicolas Laverdière (BGL, soit l’initiale du nom de famille de chacun). Ils produisent des « expériences artistiques captivantes » et la façon dont ils y parviennent est chaque fois un nouveau défi.

BGL, Highway Sign, 2017, rideaux de bambou peints, ventilateur oscillant blanc, 213.3 x 426.7 cm.; ventilateur : 45.7 x 35.5 x 25.4 cm. Collection de BGL, Photo: Lucas Link Stenning

 

Le mode opératoire du groupe le place dans une lignée artistique où se retrouvent dadaïstes farceurs et situationnistes : ils mettent en scène des interventions amusantes dans la routine et le quotidien. Le « cube blanc » de l’espace d’exposition est souvent lui-même la première cible de leurs interventions. « Quoi de plus ennuyeux que de présenter une pièce seule dans un vaste lieu », commente Bilodeau. Le Museum London est connu pour ses hautes voûtes en berceau, caractéristique que BGL a choisi d’annuler, comme le souligne la conservatrice Cassandra Getty, avec un faux-plafond fait d’environ 140 voûtes miniatures de même forme. Au détour d’un couloir, plus loin, ils ont installé une porte coulissante automatique fonctionnelle, du  genre que l’on trouve dans un supermarché ou un dépanneur. Ils voulaient donner à l’espace muséal une ambiance commerciale, explique Bilodeau. Il voit le dispositif comme une sorte de « parcours », de course à obstacles, où ce sont les visiteurs qui choisissent leur progression d’une expérience à l’autre. 

Les pièces sont subdivisées par des murs de brique et de faux cadres de porte, un artifice réalisé à partir de stores verticaux imprimés. Les visiteurs vont trouver, cachée derrière une de ces divisions, une moto de course Suzuki, cabossée, l’avant fixé sur les roues et le cadre d’un déambulateur. La sculpture apparaît dans une performance vidéo de 2005 intitulée Rapides et dangereux, dans laquelle la moto bonne pour la ferraille revient sur la route, assistée par une aide médicale à la mobilité, et propulsée par des membres de BGL en patins, qui poussent l’engin dans Québec telle une équipe de bobsleigh. Elle incarne tout à fait le type de jeu logique et associatif qui alimente la création artistique du groupe.

BGL, La guerre du feu, 2006, bois et carton, tissu noir, foyer électrique, 150 x 150 cm. Achat 2007. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. Photo: Lucas Link Stenning

 

Stationné à proximité, ce qui semble être un bolide est drapé dans une bâche de protection pour automobile. Rien n’est vrai, mais là n’est pas le gag, ce n’est qu’un subterfuge. À travers un hublot d’observation à l’arrière du véhicule, on peut voir loin à l’intérieur, jusqu’à l’avant, là où devrait se situer le moteur, et où brille en fait un foyer artificiel d’un orange incandescent. La guerre du feu est née d’une réflexion sur le moteur à combustion interne et la révolution qu’il a engendrée. Une flamme pour une autre, et un parechoc de voiture devient foyer.

Bien que tout cela semble amusant (et ça l’est, sans aucun doute), cette démarche n’est pas que du spectacle. BGL veut fasciner son public; il veut également que ce dernier se demande ce qui le fascine tant. Le réflexe que le collectif entend provoquer (« nous aurions grand intérêt à questionner en détail notre environnement ») pousse à s’interroger plus avant sur les diverses forces économiques et culturelles définissant et régissant l’espace et l’activité. Les trois membres abordent ces questions avec une approche qu’ils aiment qualifier de « poétique ».  

Chapelle mobile, 1998, chapelle en bois , 400 x 600 x 400 cm. Achat 2007. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa.  Photo: Ivan Binet; © BGL and Ivan Binet

 

Cette poésie est présente dès les premières œuvres de BGL, dont quelques-unes occupent une place en vue dans l’exposition Spectacle + Problems. Les artistes ont créé Chapelle mobile en 1998 à partir de bois récupéré de projets de rénovation et de construction un peu partout dans Québec. La chapelle est une ossature imitant l’architecture religieuse néogothique. « Il ne s’agit pas tant de croyance en dieu, dit Bilodeau, qu’en la beauté, énormément. » Durant la construction du projet, le groupe s’est concentré sur l’image d’une personne brandissant un marteau et une scie vers le ciel. Le motif final forme une ligne de faîte décorative couronnant la chapelle. « C’est un hommage au plaisir de bâtir, précise Bilodeau. C’est un hommage à nos dieux », ajoute-t-il, le bricolage et le fait main. Même si ça peut sembler un rien sacrilège, c’est avec beaucoup d’affection et de respect que BGL a construit son église à l’inventivité.

 

L’exposition BGL : Spectacle + Problems, qui comprend des œuvres prêtées par le Musée des beaux-arts du Canada, est à l’affiche au Museum London jusqu’au 26 août 2018. Si vous désirez communiquer cet article, cliquez sur la flèche en haut à droite de la page.​

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