Carl Beam. Boucler la boucle à Thunder Bay

 Faire défiler pour la galerie de photos


Carl Beam, L'iceberg nord-américain (1985), acrylique, sérigraphie photomécanique et mine de plomb sur pexiglas, 213,6 x 374,1 cm. MBAC

Pour Sharon Godwin, directrice de la Thunder Bay Art Gallery, la rétrospective Carl Beam récemment inaugurée par son musée s’apparente à un retour aux sources. « En 1984, nous avons monté la première grande exposition de Carl Beam à Thunder Bay, Altered Egos, qui a été une exposition charnière. Pour nous, c’était donc important d’avoir cette rétrospective, pour boucler la boucle. »

L’exposition a circulé pendant plus de deux ans. Elle a quitté l’affiche du Musée des beaux-arts du Canada en 2010 avant d’être accueillie par l’Université de la Colombie-Britannique, à Vancouver, par le Musée des beaux-arts de Winnipeg, par le National Museum of the American Indian/Smithsonian Institution de New York et par la MacKenzie Art Gallery de Regina. Thunder Bay est sa dernière étape, puis les œuvres réintègreront le Musée des beaux arts du Canada.

« Quand on pense aux musées qui l’ont reçue avant notre petit musée d’art de Thunder Bay, il est clair que nous apprécions la confiance que nous témoigne le Musée des beaux-arts du Canada, poursuit Sharon Godwin. Le travail investi dans cette rétrospective est gigantesque, l’exposition est compliquée à installer et certaines œuvres sont vraiment délicates. Nous avons dû embaucher une restauratrice en plus de la personne envoyée par le Musée. Et nous devons lui demander de revenir au milieu et à la fin de l’exposition parce que certaines œuvres exigent une extrême surveillance. »

En 1984, Sharon Godwin était assistante au musée de Thunder Bay. Elle se souvient parfaitement de l’excitation suscitée par la première exposition Carl Beam. Aujourd’hui directrice du musée, elle affirme que le retour de certaines œuvres, 29 ans plus tard, est tout aussi passionnant. « L’une d’elles s’intitule Exorcisme. Nous l’avons commandée à Carl en 1984 pour notre exposition, et elle fait aujourd’hui partie de l’exposition itinérante. C’est une composition monumentale, percée de flèches. Nous sommes fiers que le Musée des beaux-arts l’ait choisie. C’est une œuvre importante, mais qui voyage difficilement. Il a fallu construire une caisse sur mesure. »

En 1986, Carl Beam – un Ojibwa – est devenu le premier artiste autochtone à qui le MBAC a acheté des œuvres pour sa collection d’art contemporain. Beam est mort en 2005 mais son travail qui fait appel à toutes sortes de techniques continue à inspirer et à influencer aussi bien les artistes que les amateurs de musées.

Lindsay Stamm Shapiro, responsable des expositions, note que sa décision de présenter la rétrospective au Museum of the North American Indian de New York se fonde sur la stature internationale de Beam – à la fois un Ojibwa célèbre et un artiste canadien de premier plan. « Je m’intéresse aux parallèles entre ses œuvres et d’autres œuvres américaines et la variété de sa production céramique, de ses créations sur papier et de ses peintures mixtes. Son travail est très puissant, très énergique et intellectuellement stimulant. Les gens sont très impressionnés par l’échelle, par l’ambition et par l’intellectualisme de sa démarche, ainsi que par la qualité picturale de ses réalisations. »

La rétrospective compte 49 œuvres réalisées au fil d’une carrière de trente années. Elle présente les incursions de Beam dans les domaines de la céramique, de la peinture à grande échelle combinant différents procédés, de l’assemblage, de la sculpture et de la vidéo.

« Beaucoup de gens diraient qu’il était l’artiste de l’artiste, explique celle qui a été sa femme pendant 26 ans, l’artiste Ann Beam. Il faisait des choses que bien d’autres artistes auraient aimé savoir créer, synthétiser, évoquer. Il a innové dans toutes les techniques qu’il a utilisées, de l’estampe à l’émulsion photographique sur toile. Il donnait de la profondeur aux choses. »

L’une des œuvres clé de la rétrospective, Une brèche dans le temps, mesure près de 12 mètres (40 pieds) de long et la Thunder Bay Art Gallery a dû ajuster la hauteur d’une cimaise pour l’installer. « Mais elle est tellement importante que nous nous l’avons fait, et le résultat est stupéfiant, précise Sharon Godwin. Pour moi, Beam n’est pas seulement un artiste autochtone de premier ordre, il est l’un de nos artistes les plus remarquables, surtout à cause des enjeux qu’il a abordés et des techniques qu’il a exploitées. C’est vraiment l’un des artistes canadiens déterminants de son époque. »

Certaines œuvres de l’exposition ont déjà été présentées en 1984, mais Sharon Godwin affirme qu’il est particulièrement intéressant de voir l’évolution artistique de Beam. « En voyant cette exposition, nous ne pouvons que nous demander ce qu’il ferait s’il était toujours parmi nous. Bien qu’il ait utilisé toutes sortes de techniques différentes, chacune de ses œuvres porte sa marque. On sait qu’il s’agit d’un Carl Beam. »

La rétrospective Carl Beam (1943–2005) est à l’affiche de la Thunder Bay Art Gallery du 12 janvier au 24 février 2013.

Un documentaire sur l’artiste, Aakideh: The Art & Legacy of Carl Beam, sera projeté le vendredi 15 février à 19 h 30 au cinéma Paramount Theatre, 24 South Court Street, Thunder Bay. Entrée en échange de dons. Dates de l’exposition : 12 janvier–24 février.

Partager cet article: 

À propos de l'auteur