Vue d’installation de l'exposition Lumière fluorescente, etc. par Dan Flavin, 13 septembre–19 octobre 1969. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. Photo : Bibliothèque et Archives du MBAC

Dan Flavin : tout en lumière

Les œuvres de l’Américain Dan Flavin (1933-1996) se distinguent dans les musées, galeries et espaces publics en raison de leur utilisation novatrice de la lumière fluorescente. Dans un vocabulaire simple la plupart du temps (quatre longueurs de tube et dix couleurs), Flavin propose des sculptures lumineuses qui dialoguent avec l’espace architectural, le transforment, diffusant la lumière et proposant de nouvelles expériences esthétiques. Même si l’artiste refusait pour son œuvre des étiquettes comme celle du minimalisme, on le considère aujourd’hui comme une figure majeure de ce mouvement radical et toujours influent caractérisé par ses formes géométriques, ses matériaux industriels et la création en série.

Dan Flavin, sans titre (en l'honneur de Leo à l'occasion du 30e anniversaire de sa galerie), 1987. Lumière fluorescente rouge, rose, jaune, bleu et vert, 122 x 122 x 20.3 cm. Don de l'artiste, Wainscott (New York), 1994. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa © Succession Dan Flavin / SOCAN (2020) Photo: MBAC

En 1969, le Musée des beaux-arts du Canada accueille une exposition innovante du travail de Flavin. L’artiste s’engage activement et collabore avec le conservateur Brydon Smith pour reconfigurer les espaces du musée et élaborer le catalogue. Flavin installe 114 de ses œuvres sur deux des étages du Musée, qui se trouve alors sur la rue Elgin. Il y ajoute sept installations nouvelles. L’exposition est un succès auprès de la critique et du public canadiens, soulevant également l’intérêt d’observateurs américains influents. Pour bien des visiteurs, il s’agit le plus souvent d’une première – et sublime – expérience d’art immersif. Un demi-siècle après cet événement, l’intérêt muséologique et académique pour Flavin confirme à la fois la place de celui-ci parmi les grands de son temps et l’apport du Musée à sa carrière.

Dan Flavin, le trois nominal (à Guillaume d'Ockham), 1963. Lumière fluorescente blanc froid, 243.8 cm. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa © Succession Dan Flavin / SOCAN (2020) Photo: MBAC

À l’époque de l’exposition , le Musée acquiert Le trois nominal (à Guillaume d’Ockham), qui va devenir l’une des œuvres les plus connues de Flavin, déclinée en trois volets et reposant sur la lumière blanche et froide de tubes fluorescents de 244 cm. La dédicace fait référence à un moine franciscain anglais du XIVe siècle qui a défié l’autorité pontificale. Ce moine est connu aujourd’hui en raison du « rasoir d’Ockham », un principe philosophique appelant à privilégier l’idée de parcimonie. Les trois groupes de tubes proposent la séquence de base minimale pour illustrer une suite mathématique infinie. Pour Michael Goven, expert de Flavin, il faut voir dans cette œuvre si souvent exposée une sorte de pierre de Rosette du minimalisme. Quand Le trois nominal a été installé dans le nouvel édifice de la promenade Sussex, l’artiste et le conservateur ont établi ensemble l’espacement entre les trois groupes pour produire un effet optimal.

Également acquise en 1969, Icône IV (la terre pure) (à David John Flavin 1933-1962) est une œuvre de Flavin reconstruite d’une pièce de 1962. Il s’agit de la plus imposante d’une série de huit sculptures qualifiées d’« icônes » par Flavin et créées entre 1961 et 1964. Flavin l’a dédiée à son frère jumeau, décédé pendant la création. Au contraire de bien des artistes de sa génération, Flavin n’hésite pas à donner des titres à ses œuvres qui font référence à l’histoire de l’art, à la philosophie ou à des proches. La couleur « lumière du jour » de l’éclairage a été choisie pour contraster légèrement avec le formica qui couvre la boîte. Le catalogue de 1969 rapporte que l’artiste associe cette construction entièrement blanche aux rites funéraires chinois. La correspondance de l’époque révèle que l’artiste s’est opposé à ce que le catalogue de l’exposition établisse un lien entre La terre pure et Amitābha, un bouddha dont le nom signifie « lumière infinie ». Les chercheurs ont cependant fait remarquer que Flavin reprend une phrase de la cosmologie bouddhiste. Fait à noter, la famille de Flavin a fait inscrire ces mots sur la tombe de l’artiste. 

Dan Flavin, icône IV (la terre pure) (à David John Flavin 1933–62), 1962, reconstruit en 1969. Formica blanc avec lumière fluorescente lumière du jour, 113 x 113 x 28.3 cm. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa © Succession Dan Flavin / SOCAN (2020) Photo: MBAC

Dans le catalogue de 1969, la mention autobiographique d’un Flavin inscrit dans les « détournements catholiques romains de l'art » a réanimé le débat sur la place de la religion dans son œuvre. Américain de souche irlandaise et ancien séminariste, Flavin a une relation complexe avec le catholicisme. Lumière et spiritualité ayant été associées depuis des temps immémoriaux, il s’avère difficile de considérer son œuvre sous le seul angle profane. De fait, sa dernière commande était destinée à l’intérieur de l’église Santa Maria Annunciata in Chiesa Rossa de Milan. Il l’a terminée deux jours avant sa mort en 1996 et l’installation en a été faite un an plus tard.

Flavin et Brydon Smith vont continuer à entretenir une correspondance après leur collaboration intensive de 1969. À l’occasion du décès prématuré de Flavin, la directrice du Musée Shirley Thomson écrit ce mot personnel à Smith : « Votre amitié pour lui était si forte et pure. Il vous a payé de retour et, à travers vous, le Musée des beaux-arts du Canada. Encore aujourd’hui, sa présence dans nos murs est absolument lumineuse ». En 2004-2005, reconnu expert de l’œuvre de Flavin, Smith contribuera au catalogue d’une exposition rétrospective posthume consacrée à l’artiste par la National Galley of Art à Washington, D.C. Le Musée des beaux-arts du Canada possède cinq des sculptures de Flavin, dont une donnée par l’artiste lui-même en 1994.

 

Le trois nominal (à Guillaume d’Ockham) et Icône IV (la terre pure) (à David John Flavin 1933–62) du Dan Flavin sont présentés sans les salles du Musée des beaux-arts du Canada. Partagez cet article, et abonnez-vous à nos infolettres pour demeurer au courant des derniers articles, expositions, nouvelles et événements du Musée, et en apprendre plus sur l’art au Canada.

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