Elizabeth Wyn Wood, sculptrice canadienne dans les collections

Elizabeth Wyn Wood, L'ondée, 1928, taillé en 1929, marbre d'Orsera

Elizabeth Wyn Wood, L'ondée, 1928, taillé en 1929, marbre d'Orsera, 81.3 x 107.3 x 20.1 cm. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. © Succession Elizabeth Wyn Wood   Photo : MBAC


L’une des premières sculptrices modernistes au pays, Elizabeth Wyn Wood s’est fait un nom par ses œuvres représentant le paysage canadien. Née à Orillia, en Ontario, en 1903, elle fréquente de 1921 à 1926 l’Ontario College of Art, où elle étudie auprès du sculpteur Emanuel Hahn (qu’elle épouse en 1926) et les membres du Groupe des Sept J.E.H. MacDonald et Arthur Lismer. Le Musée des beaux-arts du Canada possède près de soixante pièces de l’artiste, ainsi que divers documents éphémères et lettres dans les collections de Bibliothèque et Archives du MBAC.

En 1930, son esthétique remarquable incite le critique d’art Blodwen Davies à décrire Woods comme « peut-être la sculptrice la plus inventive et audacieuse à œuvrer au Canada ». Sa sculpture en relief de 1928, L’ondée, a été une des premières créations de Wood à être acquise par le Musée. Au départ en plâtre, elle a, à l’époque, fait l’objet d’une commande en marbre, alors que sa créatrice n’a que 26 ans. La sculpture constitue un exemple précoce de l’application du style moderniste de Wood au paysage. L’ondée est immédiatement reconnue et vaut à son autrice la première place – qu’elle partage avec l’artiste montréalaise Sylvia Daoust – à la Willingdon Arts Competition de 1929.

Elizabeth Wyn Wood, Mouvement, 1927, taillé en 1967, marbre de Saravezza

Elizabeth Wyn Wood, Mouvement, 1927, taillé en 1967, marbre de Saravezza, 99.5 x 45.5 x 44 cm. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. © Succession Elizabeth Wyn Wood Photo: MBAC

Wood commence à la même époque à expérimenter la figure humaine. Mouvement (1927), appartenant également à la collection du Musée, fait appel à de fortes lignes diagonales et une simple silhouette pour illustrer la forme humaine, en cela représentative de la démarche moderniste de l’artiste. Elle a également produit des bas-reliefs, des portraits en buste traditionnels et des édifices publics d’envergure, dont le monument commémoratif de guerre Welland-Crowland en 1939.

Emanuel Hahn et Elizabeth Wyn Wood. Photographie

Emanuel Hahn et Elizabeth Wyn Wood. © Succession Elizabeth Wyn Wood Photo : Bibliothèque et Archives, MBAC

L’achat de ces deux œuvres de jeunesse a marqué le début d’une correspondance entre Wood et le Musée, qui s’étendra tout au long de sa carrière professionnelle. Les Archives du MBAC accueillent par conséquent une collection de lettres qui s’étend de 1933 à 1958. Le dossier de correspondance, en majorité composé d’échanges entre Wood et Harry Orr (« H.O. ») McCurry, alors directeur du Musée, révèle sa présence active dans l’univers de la sculpture et sa ferveur à promouvoir le travail de sculpteurs canadiens, tant localement qu’à l’étranger. Ce qui ressort de ses lettres est l’aperçu qu’elles offrent de sa vie personnelle , et de la mesure dans laquelle celle-ci est liée à son œuvre artistique, lorsqu'elle réfléchit ou demande conseil à McCurry concernant diverses initiatives.

Dans une série d’allers et retours au printemps de 1937, elle écrit au sujet de la commande d’un canot d’écorce de bouleau comme cadeau d’anniversaire pour son mari Emanuel (qu’elle appelle « Mani »). Dans l'une de ses missives, elle dessine un exemple de ce qu’elle envisage, qu’elle obtient par le truchement de McCurry.

Letter from Elizabeth Wyn Wood to Harry Orr McCurry, dated 3 March 193[?].

Lettre d'Elizabeth Wyn Wood à Harry Orr McCurry, 3 mars 1937. © Succession Elizabeth Wyn Wood Photo : Bibliothèque et Archives, MBAC

Sydney Browne, petite-fille de Wood, se rappelle qu’en 1937, sa grand-mère « avait déjà passé plus d’une décennie à pagayer sur les rivières et les lacs du Bouclier canadien, dessinant les formations de rochers et d’arbres qui ont inspiré son travail de sculpture paysagère. Ces études sur la forme, la précision et la simplicité sont devenues des leitmotivs dans son travail; un grand nombre de ces esquisses figurent maintenant dans la collection du Musée. Wood retournait tous les étés vers ces cours d'eau du Nord en compagnie de Hahn, invitant souvent des collègues, dont Carl Schaefer, Paraskeva Clark, Will Ogilvie et Charles Comfort ».

Elizabeth Wyn Wood et sa fille Qennefer à Georgian Bay, v. 1940, photographie

Elizabeth Wyn Wood et sa fille Qennefer à Georgian Bay, v. 1940. © Succession Elizabeth Wyn Wood Photo: Emmanuel Hahn

Les Archives possèdent également du matériel relatif à la Société des sculpteurs du Canada, cofondée par Wood en 1928 avec Frances Loring, Florence Wyle, Alfred Laliberté, Henri Hébert et Hahn. La Société est instituée pour encourager les jeunes talents et faire la promotion de la sculpture canadienne localement et à l’international, ce qui passe par l’organisation et la mise en tournée d’expositions, certaines réalisées en collaboration avec le Musée. Le dossier comprend par conséquent du matériel lié à quelques-unes des premières expositions de la Société, générant des photographies d’installation, de la correspondance avec des artistes, des registres d’expédition, des listes d’œuvres et des catalogues d’exposition. L’artiste sera présidente de la Société pendant plusieurs années et contribuera au soutien, au développement et à l’essor de la réputation de la sculpture canadienne. Comme Browne le souligne, « ce plaidoyer au niveau national a conduit Wood à participer en tant que déléguée canadienne à la première conférence générale de l’UNESCO sur les arts en 1946, et a alimenté ses efforts pour établir une association nationale pour les arts – finalement réalisée par la création du Conseil des Arts du Canada ».

Elizabeth Wyn Wood information form, 1927

Formulaire d'information sur l'artiste Elizabeth Wyn Wood, 1927. © Succession Elizabeth Wyn Wood Photo : Bibliothèque et Archives, MBAC

Parmi les autres fonds du Musée se trouve également un dossier d’artiste sur Wood, comprenant diverses coupures de presse et des documents éphémères sur sa carrière. La controverse entourant le concours du cénotaphe de Winnipeg en 1927, pour lequel l’esquisse de Wood a suscité l’admiration du comité d’évaluation, qui l’a annoncée comme le projet gagnant, y est bien représentée. La déclaration, cependant, fera un mois plus tard l’objet d’une rétractation par le Winnipeg War Memorial Committee. Bien que les membres de celui-ci aient avancé des raisons peu convaincantes pour expliquer le rejet final de Wood, beaucoup pensent que ce revirement soudain a été provoqué par le fait que le comité s’est rendu compte qu’elle était mariée à Hahn, né en Allemagne (qui avait lui-même vécu semblable litige deux ans plus tôt, après avoir remporté la première édition du même concours, avant qu’il ne soit décidé que l’artiste lauréat devait être britannique ou originaire d’un pays allié à la Grande-Bretagne). Conséquence de cette élimination, plusieurs personnalités artistiques, dont Loring, Wyle, William Somerville et Wood elle-même, ont écrit des articles à sa défense, qui tous figurent dans le dossier.

Les diverses collections sur Wood conservées à Bibliothèque et Archives illustrent sa défense durable de la technique à laquelle elle a consacré une grande partie de sa vie, ainsi que son impressionnante carrière de sculptrice, d’enseignante et de conférencière. L’artiste Charles Comfort, directeur du Musée de 1959 à 1965, a écrit dans son éloge funèbre à Wood : « La mort d’Elizabeth Wyn Wood, le 27 janvier 1966, a retiré de notre milieu une sculptrice canadienne distinguée et une personnalité vitale et imaginative […] Chacune de ses œuvres, peu importe sa taille, présente une simplicité monumentale. La simplicité n’est certes pas une fin en soi, mais les simplifications d’Elizabeth Wyn Wood sont de magnifiques tentatives pour mettre de l’ordre et du contrôle dans un environnement de distraction. Sa quête de l’image dans le matériau, sa purification de la forme et du contour, révèlent un esprit de grande noblesse et contenance […] Le monde de l’art canadien pleure une grande artiste et moi, personnellement la perte d’une amie précieuse et de longue date ».

 

Les œuvres d’Elizabeth Wyn Wood seront présentées dans le cadre de Sans invitation. Les artistes canadiennes de la modernité, à l’affiche au Musée des beaux-arts du Canada du 3 mars au 20 août 2023. Pour plus de détails sur les heures d’ouverture de Bibliothèque et Archives du Musée, voir la page Visiter. Partagez cet article et inscrivez-vous à nos infolettres pour recevoir les derniers articles, pour rester au courant des expositions, des nouvelles et des activités du MBAC et pour tout savoir de l’art au Canada.

Partager cet article: 

À propos de l'auteur