En paix dans les montagnes : « Montagne au loin », de J.E.H. MacDonald

J.E.H. MacDonald, Montagne au loin, 1928. Huile sur toile, 54 x 67 cm. Don d'Erika v. C. Bruce, Ottawa, 2018, à la mémoire de Geoffrey F. Bruce. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa Photo: MBAC

« S’il est possible de faire des réservations au paradis, alors je vais avoir une couchette supérieure quelque part dans les monts du lac O’Hara céleste. » Écrits le 4 septembre 1928, alors que MacDonald savoure son quatrième voyage annuel dans les Rocheuses, ces mots de l’artiste traduisent les sentiments de paix et de plénitude qui sont les siens parmi les montagnes du parc national Yoho dans l’est de la Colombie-Britannique.

À peine un peu plus d’un mois après, Montagne au loin, tableau récemment terminé, fait partie d’une exposition prêtée présentée à l’Edmonton Art Museum (aujourd’hui le Musée des beaux-arts de l’Alberta), la dernière des trois dans lesquelles cette œuvre fait son apparition du vivant de l’artiste. Maintenant dans la collection du Musée des beaux-arts du Canada grâce à un don généreux, cette peinture magnifique est à nouveau accessible au public.

La fascination de MacDonald pour les montagnes commence, comme c’est le cas pour nombre de ses collègues du Groupe des Sept, avec un voyage vers l’Ouest jusqu’aux Rocheuses en août 1924. Il y retourne chaque année jusqu’en 1930, randonnant et réalisant des croquis dans la région à l’ouest de Banff, autour des lacs O’Hara et Oesa.

J.E.H. MacDonald, Le mont Cathedral, vu du lac O'Hara, 1924. Huile sur carton, 21.3 x 26.5 cm. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa Photo: MBAC

La topographie particulière et le cadre monumental des Rocheuses sont pour MacDonald un défi artistique auquel il s’attaque, avec toutes les difficultés à rendre l’immensité des chaînes montagneuses et à traduire adéquatement l’envergure des monts dans l’espace restreint de sa toile. L’approche de l’artiste s’inspire de ses expériences antérieures comme dessinateur publicitaire chez Grip Printing & Publishing Company à Toronto, où il a travaillé pendant presque dix ans, de 1894 à 1903. L’artiste structure ses compositions avec des formes simplifiées, des surfaces planes et une palette réduite pour minimiser l’encombrement visuel et ramener ses images à l’essentiel, privilégiant ainsi l’effet émotionnel du paysage.

J.E.H. MacDonald, Le mont Lefroy, 1932. Huile sur toile, 53.7 x 67.1 cm. Legs de Vincent Massey, 1968. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. Photo: MBAC

MacDonald a parfois des difficultés, cependant, à rendre toute la richesse de ses petits panneaux de bois, peints in situ, sur ses toiles plus grandes réalisées par la suite dans son atelier de Toronto. E.R. Hunter, premier biographe du peintre, écrira que les peintures avaient tendance à « manquer de véritable lumière ou d’atmosphère », avec comme résultat « un motif parfaitement plat ». En 1928, toutefois, MacDonald semble avoir trouvé l’équilibre entre la création de compositions simplifiées, directes, et le maintien d’une « chaleur de la réalité », toujours selon Hunter. Les leçons des quatre années précédentes dans les Rocheuses se cristallisent finalement dans Montagne au loin, qui réussit à traduire l’ambiance austère du sommet de la montagne grâce au dessin audacieux du vaste ciel et de la forme nette et tranchante du pic éponyme.

La répétition et la stylisation des formes que l’on voit dans Montagne au loin sont essentielles pour permettre à MacDonald d’exprimer les formes monumentales de la nature et l’esprit du paysage sans se perdre dans les rythmes complexes des sommets et des vallées qui caractérisent la région de l’ouest. Faire passer une expérience ou une réaction émotionnelle dans sa création est fondamental et passe avant une représentation fidèle de la scène. Son collègue peintre et membre du Groupe des Sept A.Y. Jackson, qui passe également énormément de temps à randonner et à peindre dans les montagnes Rocheuses, fait écho à ce sentiment en 1925. Il écrit : « L’artiste a capitulé trop complètement face à la nature. Une montagne imposante peinte avec une précision photographique peut être d’une parfaite insignifiance en tant qu’œuvre d’art. La représentation pure de la nature n’est jamais aussi inefficace que dans la peinture des sommets ». En fait, Montagne au loin, réalisée dans l’atelier de MacDonald à l’hiver 1928, s’avère une composition originale qui propose une synthèse de perspectives différentes qu’il a sans doute dessinées l’automne précédent. L’emplacement géographique exact devient alors sans importance, l’artiste communiquant plutôt une impression ou une idée abstraite de la montagne.

J.E.H. MacDonald, West by east and other poems, illustré par Thoreau MacDonald. Toronto 1933. Musée des beaux-arts du Canada, Bibliothèque et Archives  Photo: MBAC

MacDonald va toujours être habité par les Rocheuses, une fascination évidente non seulement dans ses tableaux, mais aussi dans ses poésies, son enseignement, ses essais et ses conférences. Créée quatre ans seulement avant le décès de l’artiste, Montagne au loin nous montre le peintre au faîte de sa maîtrise, capable d'immortaliser les formes complexes et les conditions atmosphériques en perpétuel changement des montagnes dans un rendu chargé d’émotion tout en demeurant simple.

 

Le tableau Montage au loin de J.E.H MacDonald est à l'affiche dans la salle A108 des galleries d'art canadien et autochtone au Musée des beaux-arts du Canada; pour le détail de ses autres créations, faites une recherche dans la collectionPartagez cet article et abonnez-vous à nos infolettres pour connaître les dernières informations et en savoir davantage sur l’art au Canada.

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