Fête du Canada 1984: Barbara Spohr

Barbara Spohr, Sans titre, 1 juillet 1984.
 Épreuve à développement chromogène (Ektacolor), 40.5 x 50.7 cm. Acheté en 1988.
 Collection MCPC, Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa
 © Succession Barbara Spohr
 Photo: MBAC

Tout le monde aime les défilés, avec ces couleurs, ce bruit, cette énergie et ce mouvement. Un défilé est une fête en déplacement, à l’image d’une rivière ou d’un ruisseau s’écoulant joyeusement entre les rangées de spectateurs exubérants massés sur ses rives.

Lors de la fête du Canada en 1984, Barbara Spohr a photographié une fanfare en pleine démonstration à Nelson, en C.-B., où l’artiste vancouvéroise d’origine, décédée à l’âge de 32 ans en 1987, vivait depuis plusieurs années. On peut presque entendre l’orchestre, comme tout droit sorti des souvenirs de l’enfance, dans cette symphonie de rue où tambours et cuivres approchent graduellement, retentissent soudain pour s’effacer rapidement dans le lointain. Les membres de la fanfare sont splendides dans leur uniforme rouge et blanc alors qu’ils paradent devant MacLeods Hardware, l’un de ces magasins locaux indépendants alors indispensables dans les petites villes, mais pour la plupart disparus aujourd’hui. L’image est encadrée par une bordure à la couleur assortie sur laquelle, c’était l’habitude de l’artiste à l’époque, figure un texte, extrait comme souvent de son journal.

« Les sujets préférés de Barbara Spohr tournaient autour de son environnement immédiat et de la ville de Nelson », explique Andrea Kunard, conservatrice associée de la photographie au Musée des beaux-arts du Canada. « Elle avait une vision festive du monde, entourant souvent ses photographies de couleurs et motifs enjoués. Elle était tout à sa démarche portant témoignage de la vie quotidienne et appelait son projet un "portrait ouvert d’esprit de la qualité de vie dans la ville de Nelson". »

La photo prise par Spohr de la fête du Canada célèbre de toute évidence la couleur et la fête, mais la façon dont on regarde et interprète une image évolue avec le temps, tout comme change le monde où s’inscrit l’œuvre. De ce point de vue, peut-être y trouve-t-on une métaphore subtile qui résonne avec plus d’urgence qu’elle n’en avait en 1984. Arrêtons-nous un instant sur le texte qu’elle a écrit autour de l’image; pas sur le défilé lui-même, mais sur l’observation d’un avion de voltige (qui n’apparaît pas dans la photographie) « montant droit comme une fusée jusqu’au décrochage » et, l’espace d’un instant enivrant, « suspendu là », dans le beau ciel chaud de juillet. C’est un moment de liberté et de jubilation absolues, possiblement une métaphore pour une nation qui pourrait une fois de plus en être actuellement à un point décisif.

Les défilés se déploient avec faste, apportant divertissement et répit dans la réalité quotidienne. Aujourd’hui, la population canadienne est bien plus consciente du fait que l’intolérance, l’iniquité et le racisme, systémiques ou autres sont, au Canada, le lot quotidien des personnes racisées, qu’elles soient noires, autochtones ou appartiennent à d’autres minorités. Peut-être le Canada est-il cet avion de voltige, suspendu là, dans un moment précaire, avec la liberté et l’occasion de relever le défi d’une tolérance et d’une chance égale devenues le quotidien de toutes et tous. C’est ici que se trouve le sens de la fête.

 

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Pour voir la liste des œuvres de Barbara Spohr dans la collection du Musée des beaux-arts du Canada, consultez la collection enligne. Partagez cet article et abonnez-vous à nos infolettres pour demeurer au courant des derniers articles, expositions, nouvelles et événements du Musée, et en apprendre plus sur l’art au Canada.

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