Laura Muntz: Une Artiste sur la scène artistique au changement de siècle

Laura Muntz Lyall, A Daffodil, 1910. Oil on canvas

Laura Muntz Lyall, Narcisse des bois, 1910. Huile sur toile, 66 x 51 cm. Acheté en 1910. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. Photo : MBAC

Pour souligner la Journée internationale des femmes en 2021, nous mettons en lumière la contribution des femmes dans tous les aspects de la vie, comme professionnelles, qui sont nombreuses à combattre en première ligne une pandémie mondiale, et comme gardiennes et pourvoyeuses sur le front intérieur, contribuant au bien-être de leurs familles. Dans ce contexte, la célèbre impressionniste canadienne Laura Muntz (Lyall) incarne rébellion et réussite dans un domaine dominé par les hommes et promotion de la cause féminine aux confins d’une époque.

Une des peintres les plus accomplies de son temps, Muntz (1860–1930) a eu une carrière artistique brillante en Europe, où elle a choisi d’étudier en Angleterre, puis en France. Célibataire vivant à Paris pendant les années 1890, Muntz gagnait sa vie en enseignant, en faisant du travail administratif pendant ses études – elle a atteint le poste de massière à l’Académie Colarossi – et en vendant ses œuvres. Elle était le premier artiste à reçevoir la distinguée « mention honorable » au Salon de Paris en 1895.

À son retour en Amérique du Nord, en 1898, elle a fondé un atelier à Toronto, commencé à enseigner et participé à de nombreuses expositions. Elle a rapidement obtenu un succès critique au pays et aux États-Unis, et gagné des médailles lors de la Pan-American Exposition à Buffalo en 1901 et de la Louisiana Purchase Exposition en 1904. Membre de l’Ontario Society of Artists à partir de 1891, elle est devenue la première femme à siéger à son conseil exécutif. Elle a continué à connaître la célébrité en Europe, où ses tableaux étaient reproduits dans le prestigieux journal français L’Illustration et le magazine international Studio, publié en Angleterre.

Laura Muntz, photographié par M.O.Hammond

M.O. Hammond, Laura Muntz, sans date. Collection M.O. Hammond Collection, Bibliothèque et Archives, Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. Photo: Bibliothèque et Archives MBAC

Pendant la carrière artistique de Muntz, à partir de la fin de la période victorienne et du début du XXe siècle, le changement de rôle des femmes dans la société et le lien intime entre une mère et son enfant se sont imposés comme deux thèmes universellement reconnus en art. Cherchant à représenter un sujet intemporel, des femmes artistes à la réputation internationale, dont Berthe Morisot et Mary Cassatt, avaient fait de la féminité leur motif principal pendant le XIXe siècle. Des images de femmes au travail ou dans leur intérieur soulignaient la force et la maturité de celles-ci. Malgré les contraintes de l’époque et se concentrant sur des moments dans le temps, Muntz a cherché à créer l’étude psychologique d’une personnalité et à transmettre la vie émotionnelle intérieure de ses modèles dans des œuvres comme Narcisse de bois, acquise par le Musée des beaux-arts du Canada en 1910. Elle évitait le sentimentalisme, et dans ses compositions de mère et d’enfant elle aspirait à exprimer l’amour à travers une tendresse retenue, qu’elle voyait comme une expression de force morale.

L’exploration de nouvelles thématiques, comme la femme et ses loisirs, lui a permis de projeter ses propres convictions en tant qu’artiste professionnelle et féministe. Avec une délicate subtilité, elle présente, dans ces œuvres, les libertés nouvelles acquises au fil des changements de rôles que les femmes ont connus dans la société et des avancées d’un âge industrialisé. Si le désir d’égalité et de reconnaissance peut sembler naturel aujourd’hui, pour les contemporaines de Muntz, même la plus simple aspiration à l’épanouissement ou aux loisirs et au repos était régie par les mœurs sociales du temps et, souvent, soumise à l’approbation d’une figure d’autorité masculine. À travers ses portraits de femmes dans des moments de détente, l’artiste évoque volontairement le droit de ses modèles à bénéficier d’un espace personnel.

Les enfants, source majeure d’inspiration, ont été une thématique choisie et fréquente pour l’artiste tout au long de sa carrière. La pureté et l’innocence de ses portraits d’enfants sont uniques en art canadien. En 1915, à l’âge de 55 ans, elle a épousé son beau-frère, Charles Lyall, à la suite du décès soudain de sa sœur plus jeune. S’adaptant à son rôle de belle-mère de onze enfants (dont quelques-uns seulement vivaient encore au foyer), elle a installé son atelier à la maison et continué à peindre jusqu’à sa mort, quinze ans plus tard.

Quoiqu’elle ait été en butte aux strictes règles de genre de la société victorienne de classe moyenne et qu’elle ait précédé l’évolution vers une plus grande émancipation au XXe siècle, Laura Muntz a réussi à suivre ses aspirations artistiques et à obtenir la reconnaissance comme artiste de premier plan. Elle a créé sa propre interprétation du style impressionniste; grâce à sa combinaison de couleurs riches et d’éclairage sobre, elle a adopté un genre populaire pour communiquer son sens du modernisme et inspiré la génération suivante des femmes artistes qui allaient construire sur les avancées novatrices des artistes devancières comme Muntz.

 

Le tableau Narcisse des bois de Laura Muntz est à l'affiche dans la salle A104 au Musée des beaux-arts du Canada. Son œuvre sera aussi présenté dans l’exposition Le Canada et l’impressionnisme. Nouveaux horizons au Musée du janvier au juin 2022. Partagez cet article et abonnez-vous à nos infolettres pour demeurer au courant des derniers articles, expositions, nouvelles et événements du Musée, et en apprendre plus sur l’art au Canada.

Partager cet article: 

À propos de l'auteur