Le Jour de la Terre : Jutai Toonoo

Jutai Toonoo, Sans titre (Paysage), 2008, crayon à l'huile sur papier vélin

Jutai Toonoo, Sans titre (Paysage), 2008, crayon à l'huile sur papier vélin, 118 x 118 cm. Acheté en 2009. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. © Succession Jutai Toonoo, Dorset Fine Arts Photo : MBAC


Jutai Toonoo a vécu à Kinngait, au Nunavut, membre d’une famille où l’art occupait une place centrale avec notamment son père, le sculpteur Toonoo, sa mère, la sculptrice et dessinatrice Sheojuke Toonoo, et sa sœur, la sculptrice réputée Oviloo Tunnillie. Il a commencé à réaliser ses propres sculptures à l’âge de sept ans, copiant alors celles de son père. Toonoo a toujours été déterminé à suivre sa propre voie, créant des œuvres qui, par leur style et leur sujet, étaient à contre-courant des pratiques artistiques usuelles à Kinngait en ce temps. Il s’écartait, par exemple, des références explicites à la culture et aux thèmes et imageries traditionnels inuits. « J’essaie d’exprimer ce que j’ai en tête. C’est ma perception de mon environnement, de ce qui se passe autour de moi », mentionnait l’artiste, comme l’évoque la commissaire Christine Lalonde dans Sculpture inuite d’aujourd’hui.

Ayant amorcé sa carrière par la sculpture, Toonoo n’est venu aux œuvres sur papier qu’en 2006, après avoir participé à des ateliers de peinture à l’huile en bâtonnet avec les graveurs Paul Machnik et Bill Ritchie; il s’est rapidement affirmé par sa maîtrise quasi instantanée de la technique. Sans titre (paysage) témoigne de son assurance dans le maniement du matériau et de sa compréhension rapide de tout le potentiel de celui-ci. Plutôt que d’appliquer avec appui des surfaces de couleur unies, Toonoo a exploré et inventé une palette d’interventions pour différents effets, que l’on perçoit dans le hachurage texturé du ciel ou les traits parallèles ondoyants qui définissent l’eau.

Avec cette vue depuis Kinngait des îles et collines de l’autre côté des flots, Toonoo traduit non seulement les détails physiques d’un lieu, mais aussi sa connaissance intime du passage des saisons. Une journée dégagée, baignée de lumière, semblable à celle qui se manifeste à la fin du printemps lorsque le soleil revient, jusqu’à briller 24 heures par jour, et que la glace et la neige se mettent à fondre rapidement. Les reliefs, tracés dans des tons de terre saturés, se détachent sur fond d’eau gelée bleu clair. Toonoo a rendu l’impression de mouvement dans le ciel et les courants marins autour des affleurements rocheux. Il y a là une représentation à la fois pure et magnifique du paysage nordique, qui frappe tant par son éclat que par sa dimension profondément expressive et dramatique.

Parlant de l’inspiration pour cette œuvre dans une entrevue de 2009 pour Inuit Art Quarterly, l’artiste expliquait : « L’atelier dans lequel nous travaillons n’est muni que de trois modestes fenêtres. J’ai réalisé une petite esquisse, en regardant par l’une de ces ouvertures les rochers et la neige. Quand je me suis attaqué au tableau lui-même, tout cela s’est mué en impression de ce que j’avais vu par la fenêtre. C’est devenu une sorte de fantaisie… la peinture d’un croquis. Reproduit… transformé. »  Les œuvres de Toonoo sont autant de réflexions sur l’environnement et les paysages où évoluait l’artiste, visions saisissantes et impressionnistes de sa propre expérience du Nord.

 

L'œuvre de Jutai Toonoo est à l'affiche dans Nous sommes la Terre; La Terre c'est nous, Salle B104, au Musée des beaux-arts du Canada. Partagez cet article et abonnez-vous à nos infolettres pour demeurer au courant des derniers articles, expositions, nouvelles et événements du Musée, et en apprendre plus sur l’art au Canada.

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