Le Paysage mystique. Voyage en terre de spiritualité


Emily Carr, Ciel, 1935–1936, huile sur papier vélin, 58,7 x 90,7 cm. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa

Inspirés par la lumière, l’imaginaire ou une divinité, des artistes comme Vincent van Gogh, Paul Gauguin, Lawren S. Harris, Edvard Munch et Emily Carr s’immergeaient dans des univers spirituels, voire mystiques. Outre leurs œuvres extraordinaires, certains d’entre eux ont laissé des lettres et journaux intimes, des livres et des entrevues, laissant deviner certains aspects de leur voyage transcendantal, s’attardant à l’essence des choses plutôt que sur des aspects plus matériels. 

Ces maîtres de la fin du XIXe siècle et du début du XXe ont créé une production artistique émouvante, qui continue à toucher le public d’aujourd’hui. Étant donné l’importance de ces figures, personne ne sera surpris que de très nombreuses recherches aient été effectuées sur leur vie, leurs démons et leurs muses comme porte d’entrée à une meilleure compréhension de l’évolution de l’art moderne. Pourtant, pour ce qui est de l’exploration des dimensions plus ésotériques et spirituelles de leur travail, on n’est pas loin du vide absolu.


Eugène Jansson, Aube sur Riddarfjärden, 1899, huile sur toile, 150 x 201 cm. Collection du Prins Eugene Waldemarsudde

Face à ce paradoxe apparent, Katharine Lochnan, conservatrice principale, expositions internationales au Musée des beaux-arts de l’Ontario (AGO) a vu l’occasion de monter une exposition unique en son genre. « On constate un manque de vision globale en matière de spiritualité comme composante essentielle de la vision de l’artiste », explique Lochnan dans une entrevue accordée à Magazine MBAC. « Les œuvres d’art que nous avons choisies possèdent une charge spirituelle qui saura atteindre le public. »

Conçue avec Roald Nasgaard, ancien conservateur à l’AGO, et l’historienne de l’art Bogomila Welsh-Ovcharov, Mystical Landscapes: Masterpieces from Monet, van Gogh and more [Le paysage mystique. Chefs-d’œuvre de Monet, van Gogh et autres] est une coproduction de l’AGO et du musée d’Orsay à Paris, qui accueillera l’exposition ce printemps. Présentant plusieurs tableaux qui quittent rarement les musées qui les hébergent, Mystical Landscapes, ainsi que son catalogue éponyme, propose des chefs-d’œuvre comme Vision après le sermon (1888), de Paul Gauguin, Les nénuphars (les nymphéas) (1907), de Claude Monet, et Le soleil (1910–1913) d’Edvard Munch. Au total, on peut voir quelque 90 toiles et 20 œuvres sur papier par 36 artistes de 15 pays d’Europe et d’Amérique du Nord. Mystical Landscapes, dont l’organisation a nécessité cinq ans, bénéficie du travail non seulement de conservateurs et d’historiens de l’art, mais aussi de théologiens, de psychologues et de scientifiques.


Edvard Munch, Le soleil, 1910-1913, huile sur toile, 162 x 205 cm. Collection du Munch Museet, Oslo. Image avec l’autorisation du Munch Museet

Le Musée des beaux-arts du Canada (MBAC) est le plus important contributeur à l’exposition après le musée d’Orsay. « La générosité du MBAC, avec le prêt de six œuvres, est formidable, apprécie Lochnan, et elle est très importante d’un point de vue symbolique, également, parce qu’il s’agit d’un projet né au Canada. La découverte d’Emily Carr sera une révélation pour le public français, et européen en général. » Le prêt comprend à la fois des joyaux célèbres ou peu connus de la collection nationale : Homme au capuchon dans un paysage (1903), de Maurice Denis, Arenig (1911), de James Dickson Innes, Paysage décoratif (1917), de Lawren S. Harris, Ciel (1935–1936), d’Emily Carr, ainsi que deux œuvres de Paul Nash : Néant (1918) et Les eaux bordées de châtaigniers (1923).


James Dickson Innes, Arenig, 1911, huile sur toile, 36 x 51 cm. MBAC. Don de la collection Massey de peinture anglaise, 1946

Le terme mystique vient du grec mustikos et du latin mysticus, qui signifient « initié ». Un ou une mystique croit dans le discernement spirituel de vérités impossibles à comprendre. Malgré de fascinantes découvertes scientifiques et l’exploration de monde hors de notre portée, nous ne sommes toujours pas plus avancés dans la compréhension de mystères fondamentaux de la nature, comme de savoir où la vie a commencé.

Mystical Landscapes: Masterpieces from Monet, van Gogh and more a été conçue autour de la métaphore du voyage de la vie. La première partie de l’exposition amène les visiteurs sur un sentier en forêt. Dans des tableaux de Gauguin, Denis et Georges Lacombe, les arbres eux-mêmes deviennent un passage entre l’art et les cieux.


Georgia O'Keeffe,  Series I — from the Plains [Série I — Depuis les plaines], 1919, huile sur toile, 60,6 x 58,4 cm. Georgia O'Keeffe Museum. Don de la Burnett Foundation. Georgia O'Keeffe Museum, tous droits réservés

Les visiteurs pénètrent ensuite dans un espace contemplatif, qui commence avec Monet. « On a vraiment l’impression de littéralement transcender la terre, dit Lochnan. Il y a une sensation extraordinaire d’élévation dans la rencontre avec ces images. » Une autre partie traite des ténèbres, un voyage mystique qui transporte le visiteur dans des périodes lumineuses et sombres, et d’autres qui hésitent entre ombre et lumière. « Voici la nuit en personne », avance Lochnan, parlant du Néant nihiliste de Paul Nash. « Et il y a également Les eaux bordées de châtaigniers, une peinture empreinte de sérénité, un memento mori créé en souvenir d’un ami disparu. »

La partie suivante aborde le thème de la nature sauvage. « Nous sommes tous susceptibles de vivre des expériences mystiques, poursuit Lochnan. La plupart d’entre elles sont déclenchées par la nature, les ciels nocturnes, les levers et couchers du soleil. » De son point de vue, les gens fréquentent la nature depuis les temps anciens pour prier et réfléchir à leur vie. Les œuvres d’Emily Carr et de Tom Thomson présentées ici représentent des montagnes, des forêts et des régions sauvages.


Vincent Van Gogh, Nuit étoilée sur le Rhône, 1888, huile sur toile, 73 x 92 cm. Collection du Musée d’Orsay. Image avec l’autorisation du Musée d’Orsay, Paris, France/Bridgeman Images

La dernière partie de l’exposition porte sur le cosmos, en commençant par l’espace et se terminant au sommet d’une montagne. On y trouve Nuit étoilée sur le Rhône (1888), qui suggère une nature aux aspects surnaturels à travers un ciel de nuit tourbillonnant. 

Depuis des temps immémoriaux, les humains cherchent la part du mystique dans leur quotidien. Dans cette exposition, des artistes comme Edvard Munch ou Emily Carr se font les talentueux intermédiaires entre le monde que nous voyons autour de nous et une dimension plus transcendante. Selon Katharine Lochnan, tout a été conçu ici pour stimuler la contemplation. « Nous invitons le public à entrer dans ce paysage mystique, conclut-elle, et, en fin de compte, à partager l’expérience de l’artiste. »

Mystical Landscapes: Masterpieces from Monet, van Gogh and more est à l’affiche au Musée des beaux-arts de l’Ontario jusqu'au 12 février 2017, seul arrêt de l’exposition en Amérique du Nord. Elle sera ensuite présentée au musée d’Orsay à Paris au printemps 2017. Cliquez ici pour de plus amples renseignements.

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