Le vieux chêne : Augusta Mostyn

Augusta Mostyn Oak Tree in Eridge Park Sussex before 1857 Albumen silver print

Augusta Mostyn, Un chêne, Eridge Park, Sussex, avant 1857. Épreuve à l'albumine argentique, 18.2 x 19.7 cm. Acheté en 1994. Musée des beaux‑arts du Canada, Ottawa. Photo : MBAC

Le chêne était un sujet populaire dans l’art du milieu du XIXe siècle, en partie à cause de son rôle symbolique dans la culture européenne comme représentant à la fois de la nature et de l’histoire. Corot, Rousseau et Courbet ont tous peint des chênes, et de nombreux photographes des débuts de la technique, dont William Henry Fox Talbot, Gustave Le Gray et le comte Olympe Aguado, ont braqué leurs appareils sur les troncs solides et les branches noueuses de cet arbre majestueux. Faire poser des gens au pied d’un arbre constituait aussi une convention picturale répandue à l’époque. En cadrant des personnes à côté de sujets aussi massifs, l’artiste pouvait non seulement suggérer des différences en matière d’échelle, mais également évoquer la fugacité de l’espérance de vie humaine comparée à celle d’un chêne.

La photographie Un chêne, Eridge Park, Sussex, d’Henrietta Augusta Nevill, connue sous le nom de lady Augusta Mostyn, nous propose une vue d’un arbre du domaine familial, connu sous le nom d'Eridge Place, dans le Sussex. Cinquième enfant de William Nevill, quatrième comte d’Abergavenny, lady Augusta Mostyn s’est mise à la photographie dans sa jeunesse. Il est possible que les deux sœurs, Caroline et Isabel, et elle-même – que l’entourage et la famille surnommaient « le trio » – aient appris cet art auprès de W.J. Thoms (1803–1885), antiquaire, photographe amateur et rédacteur de la revue savante Notes and Queries. Mostyn connaissait sans doute la technique avant 1852, puisque sa jeune sœur Isabel a fait exposer leurs tirages photographiques à l’exposition de la London Society of Arts en décembre de cette année-là. Henrietta, Caroline et Isabel ont présenté des portraits lors de la Photographic Society Exhibition à Londres en janvier 1854, et Mostyn et Caroline ont fait paraître des photographies de paysage et d’architecture dans un album produit par le Photographic Exchange Club en 1855. Mostyn était représentée par deux vues d’Eridge Park (dont Un chêne, Eridge Park) et Caroline par une photo d’Allington Castle, dans le Kent. En juin et juillet 1861, les trois sœurs Nevill et leur mère se sont rendues au studio de Camille Silvy, à Londres, et ont fait faire leur portrait, comme de nombreux autres aristocrates.

Trois épreuves à l'albumine argentique, Camille Silvy, Lady (Henrietta) Augusta Lloyd-Mostyn (née Nevill) 5 July 1861, Camille Silvy, Lady Caroline Emily Nevill, 5 July 1861 and Camille Silvy, Lady Isabel Mary Frances Bligh (née Nevill), 22 June 1861

Camille Silvy, Lady (Henrietta) Augusta Lloyd-Mostyn (née Nevill), 5 July 1861. Épreuve à l'albumine argentique; Camille Silvy, Lady Caroline Emily Nevill, 5 July 1861.Épreuve à l'albumine argentique et Camille Silvy, Lady Isabel Mary Frances Bligh (née Nevill), 22 June 1861. Épreuve à l'albumine argentique. National Portrait Gallery, London. Photos : NPG  54788/ 54789/ 54538

Mostyn s’est intéressée aux arbres, et particulièrement aux plus vieux, dépourvus de feuilles, et elle a réalisé plusieurs études sur ce sujet. Alors que peintres et photographes français travaillaient dans la forêt de Fontainebleau, des Anglais, tel William John Newton, s’affairaient à immortaliser la réserve naturelle de hêtres de Burnham. Comme dans les hêtres photographiés par Newton, on voit ici la suggestion d’une qualité anthropomorphique dans l’arbre illustré ici. Le corps humain et l’arbre possédant tous deux un tronc et des appendices (membres pour l’un, branches pour l’autre), ils sont depuis longtemps comparés l’un à l’autre dans la culture occidentale. On ne sait si Mostyn ou Newton étaient conscients des ressemblances humaines des arbres dont ils faisaient des clichés, mais les artistes jugeaient ces curiosités naturelles dignes d’intérêt depuis le XVIIIe siècle au moins.

Mostyn a photographié le château qui faisait partie du domaine Nevill à Eridge Park, le bureau de poste du village et un manoir qui était sans doute situé dans la localité de Birling, dans le Kent, où elle a passé son enfance et où elle est retournée vivre pour un temps avec ses propres enfants. Ses sœurs et elle ont aussi fait des portraits de membres de la famille et d’amis, bien qu’on ne sache pas si l’une ou l’autre de ces images ont survécu.

Par ses choix de sujets (forêts pittoresques ou scènes de village), Mostyn a des liens étroits avec les œuvres produites par d’autres membres du Photographic Exchange Club, un groupe de passionnés britanniques de cette discipline, qui ont représenté des arbres, cours d’eau, ponts, ruines et intérieurs domestiques. Ces images ont été publiées dans des albums (au moins deux et peut-être quatre ont ainsi été créés) diffusés en 1855 et 1857.

Henrietta Augusta Mostyn, Tree and Rock, c. 1850, salt print

Augusta Mostyn, Arbre et rocher, v. 1850. Épreuve sur papier salé, 17.5 x 22.8 cm. Collection Marjorie et Leonard Vernon, don de The Annenberg Foundation, acquis de Carol Vernon and Robert Turbin (M.2008.40.1485). Los Angeles County Museum of Art. Photo : www.lacma.org

Veuve en 1861 après seulement six courtes années de mariage, Mostyn s’est retrouvée seule à s’occuper des deux jeunes garçons du couple. Malheureusement, au moment de la mort de son mari, la famille était presque en faillite. Déterminée à récupérer et à préserver ses biens, la photographe a entrepris de transformer une parcelle de terre considérée par certains comme « un terrain vague » à Llandudno, dans le nord du Pays de Galles, en un lieu touristique rentable. Elle a administré sa portion du domaine familial avec beaucoup d’aplomb, contribué à l’érection d’églises paroissiales dans les deux villages voisins et, qui plus est, a veillé à ce que les occupants des terres domaniales soient convenablement nourris et formés à l’exercice d’un métier, comme la couture.

Il semblerait que Mostyn ait abandonné la photographie au début des années 1860, probablement en raison de ses responsabilités accrues après le décès de son mari. Bien que sa propre production se soit arrêtée, Mostyn a conservé une passion pour l’art et est devenue la fondatrice de la Mostyn Art Gallery de Llandudno, afin qu’il existe un lieu pour exposer le travail de la Gwynedd Ladies Art Society, dont elle était la présidente et la mécène.

 

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