Les travaux et les jours d’Alex Colville

Alex Colville, Les douze mois d'Un livre des heures. Les travaux et les jours, 1979. Photolithographies sur papier vélin, 43 x 38.5 x 7 cm. Don de Mira Godard, Toronto, 2000. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. © A.C. Fine Arts Photo : MBAC

En 1974, Alex Colville réalise douze petites peintures illustrant des travaux typiques de chaque mois de l’année. Cinq ans plus tard, en 1979, il fait paraître une série d’estampes de ces peintures, un portfolio comprenant également une réflexion de l’artiste et une sérigraphie de Femme de chambre, de 1978. L’album est publié par Fischer Fine Arts (Londres) et la Mira Godard Gallery (Toronto), et on y trouve en préface l’essai « The Making of Labours of the Months and Hotel Maid » [Petite histoire de la réalisation des Travaux et des jours et de Femme de chambre], de la main de l’artiste.

Colville veut, comme il l’écrit dans l’essai, « poursuivre la tradition médiévale des Livres d’heures et des Travaux et des jours ». Un « livre d’heures » est un ouvrage de prières et de méditations à l’intention des laïcs, organisé selon différents principes : par heure, par jour, par semaine, par mois et par saison. Dans le Canada du XXe siècle, toutefois, la technologie et l’urbanisation ont depuis longtemps supplanté les rythmes prévisibles de la vie agraire. « Dans notre culture, certaines distinctions temporelles (et même entre le jour et la nuit) se sont estompées, constate Colville, et donc les choix pour les différents mois deviennent arbitraires. »

Arbitraires, peut-être, mais jamais accidentels. Dans ces douze images, comme dans toute son œuvre, Colville cherche à évoquer des moments qui ont pour lui une signification particulière. Il comprend que ces choix puissent être contestés, mais affirme : « Je dois tenir pour acquis que si mes images sont suffisamment bonnes, elles seront acceptées comme étant pertinentes et potentiellement porteuses de sens. »

Wolfville se situe dans la vallée de l’Annapolis, une des régions agricoles les plus fertiles de Nouvelle-Écosse. La petite ville, où résident Alex et Rhoda Colville à compter de 1973, est entourée de nombreux vergers de pommiers. Comme il se doit, pour ouvrir son Livre des heures. Les travaux et les jours, Colville choisit un sujet agricole : la taille d’un pommier, une opération qui s’effectue tard dans l’hiver. L’agriculture, après tout, est l’un des rares domaines de la vie moderne à avoir conservé une constance saisonnière. Peu importe la technologie employée, il y a toujours un temps pour semer et un pour récolter.

Colville compose chacune de ses douze peintures des « travaux » avec la même base géométrique, qu’il appelle système du « cercle dans le carré ». « Un tel système construit les intervalles, les orientations et les relations dans l’espace, écrit-il, et se prête à d’infinies variations. »

Alex Colville, Janvier, 1979. Photolithographie sur papier vélin, 33 x 28 cm. Don de Mira Godard, Toronto, 2000. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. © A.C. Fine Arts Photo : MBAC

Dans Janvier, image créée par l’artiste pour faire entrer le lecteur dans la nouvelle année, on voit un personnage en haut d’un pommier, encadré par les branches dénudées. D’une main, il manie une scie à bûches, coupant le bois mort ou malade. La scène est presque divisée de façon égale entre terre et ciel, l’homme flottant entre les deux. Sa tête coiffée d’une tuque est au centre exact du tableau. La perspective est horizontale, on ne regarde pas du bas vers le haut. Le point de vue se situe plutôt au même niveau que le personnage, comme si l’on était perché dans un arbre voisin. En train d’effectuer une tâche semblable, possiblement.

Dans la peinture de Colville, rien n’est jamais fortuit, et il n’y a pas de détails superflus; tout a un sens. Le travail d’émondage, d’élimination de parties mortes pour favoriser la naissance de nouvelles, tout cela cadre parfaitement pour une suite d’images épousant une forme pensée pour un livre de prières. Janvier nous parle du bon ordre des choses et de l’entretien qui tiennent le chaos à l’écart. Pour Colville, c’est un effort rituel, si ce n’est exactement religieux. L’ordre, pour lui, est affaire de tous, individuellement et collectivement. Vétéran de la Deuxième Guerre mondiale, il sait que le chaos n’est jamais bien loin et, avec Janvier, il nous donne à voir l’image probante d’une stratégie permettant de nous prémunir d’un tel danger.

 

Pour l'information sur les œuvres de Alex Colville dans la collection du Musée des beaux-arts du Canada, consultez la collection enligne. Partagez cet article et abonnez-vous à nos infolettres pour demeurer au courant des derniers articles, expositions, nouvelles et événements du Musée, et en apprendre plus sur l’art au Canada.

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