Art contemporain : une sélection d'acquisitions par Marc Mayer

L'exposition présentée actuellement dans la salle B204 du Musée des beaux-arts du Canada réunit une sélection d’œuvres contemporaines acquises par le directeur Marc Mayer. Ces pièces vont de ses premières acquisitions jusqu’aux exemples les plus récents, comme L’Olive Garden de l’Éden de Chloe Wise. Directeur du Musée depuis 2008, Marc Mayer a mis en place une succession d’initiatives visant à promouvoir l’art contemporain au Canada, avec notamment la réalisation de la Biennale canadienne, pour donner au public des occasions de découvrir les plus récentes tendances en matière de création artistique au Canada et ailleurs. Comme il le souligne, les musées d’art « devraient être des lieux où le présent s’inscrit dans le temps et où le futur prend conseil ». Retour sur quelques-unes des œuvres présentées.

 

Wolfgang Tillmans, Guillaume d'Orange, 2007/2009

Wolfgang Tillmans, Guillaume d'Orange, 2007, tiré en 2009. Épreuve à développement chromogène, 200.9 x 134.8 cm Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. © Wolfgang Tillmans. Photo: MBAC

L’artiste allemand Wolfgang Tillmans est reconnu internationalement pour son travail en photographie et installation, qui a évolué des collections d’images à plusieurs éléments sur la culture de la jeunesse et des clubs des années 1990 aux abstractions, réflexions photographiques et installations multimédias. Une des premières œuvres achetées par Marc Mayer, cette épreuve photographique de Tillmans déconstruit le portrait du régent hollandais du XVIe siècle Guillaume 1er d’Orange-Nassau par l'artiste Anthonis Mor dans la collection des Staatliche Museen à Kassel. Tillmans a détouré l’original et choisi de ne montrer qu’une partie du tableau et de son cadre, changeant ainsi la destination de cette œuvre historique et remettant en cause à la fois son format et son formalisme. L'artiste veut entraîner le public au-delà du sujet pour qu’il perçoive l’œuvre photographique comme un objet. Il combat le besoin inné du spectateur de relier la photographie à une réalité particulière – un portrait historique avec des attributs du pouvoir. Dans un article récent du New Yorker, l’artiste expliquait : « Tout ce que je fais tourne autour du choix d’exemples, car il est impossible de montrer le monde entier. Il faut toujours trouver la globalité dans le plus infime détail.»

 

Alex Janvier, Les grands espoirs d’un libéral​, 1974

Alex Janvier, Les grands espoirs d’un libéral, 1974 Acrylique sur toile, 88.9 x 121.9 cm. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. © Alex Janvier. Photo: MBAC

Alex Janvier est un pionnier et une figure majeure de l’art contemporain. D’origine déné suline et saulteaux, l’artiste allie iconographie dénée et abstraction moderniste pour exprimer une esthétique éminemment personnelle. « Je vis dans un milieu naturel encore préservé, dit-il. Quand je m’y promène, c’est mon univers et je tire mon information de ce territoire. » Cette toile, qui faisait partie de la rétrospective consacrée à Janvier en 2016–17 par le Musée des beaux-arts du Canada, a depuis été achetée pour la collection nationale. Elle a pour sujet l’échec du Livre blanc de 1969 du gouvernement libéral, qui proposait l’abolition des droits territoriaux et légaux relatifs aux peuples autochtones du Canada. L’artiste a signé l’œuvre de son nom et de son numéro de traité, comme une critique de la répression exercée par le ministère des Affaires du Nord. Œuvre importante dans l’histoire du Canada, la peinture a été utilisée plus tard dans le cadre d’une campagne de marketing gouvernementale comme image de l’identité nationale.

 

Stanley Whitney, Parmi les arbres, 2017

Stanley Whitney, Parmi les arbres, 2017. Huile sur lin, 244 x 244 x 3.9 cm. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa © Stanley Whitney. Photo: MBAC

Né en 1946, Stanley Whitney a choisi de travailler à l’écart et ce n’est que récemment qu’il a été reconnu comme l’un des meilleurs coloristes de sa génération. Ses toiles abstraites sont des explorations de combinaisons de couleurs à l’intérieur de grilles et de lignes. Ces constructions bigarrées créées par le peintre afro-américain expriment des influences du structuralisme de Piet Mondrian et de l’abstraction chromatique de Barnett Newman. Les œuvres sont chargées de rythmes flottants qui induisent différents états d’esprit et produisent des réactions émotionnelles chez le spectateur. L’artiste n’associe pas de signification particulière à la couleur, il y voit plutôt comme un processus d'appel et de réponse : « J’étale une couleur et elle en appelle une autre. » Le titre de cette œuvre fait allusion à La vie secrète des arbres: ce qu'ils ressentent, comment ils communiquent, un ouvrage de l'auteur allemand Peter Wohlleben. « Nous les peintres, l'artiste a confié, devons avoir des racines profondes. Je m'identifie aux arbres. »

 

Chloe Wise, Olive Garden of Eden, 2016

Chloe Wise, L’Olive Garden de l’Éden, 2016. Marbre, plastique polyuréthane, peinture à l'huile, poivre, 67 x 178 x 91.5 cm Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. © Chloe Wise / SOCAN (2019). Photo: MBAC

Cette artiste canadienne montréalaise multidisciplinaire s’est fait connaître par ses sculptures d’aliments et leur symbolisme dans la société de consommation d’aujourd’hui. Millénariale, elle explore le pop art et la pop culture à l’époque des médias sociaux et des frictions au sein de la société. Pour L'Olive Garden de l'Éden, elle a construit tous les éléments de la sculpture d’une façon hyperréaliste qui contraste avec l’apparence artificielle du vrai marbre. Elle joue sur les notions d'artifice et d'authenticité. Ici, un podium en marbre sert de support à une salade César renversée, un soi-disant plat italien inventé en réalité au Mexique par l'émigré Caesar Cardini dans les années 1920. Les œuvres de Wise sont des prises de position sur les choix des consommateurs, les habitudes de consommation et les valeurs morales liées aux biens de consommation inanimés.

Partager cet article: 

À propos de l'auteur