Artiste anonyme (canadien, 19e siècle), détail, Le salon peint de M. et Mme William Croscup, (détails) v. 1846–48. Huile, fusain et mine de plomb sur plâtre, 210 x 380 x 450 cm. Musée des beaux‑arts du Canada, Ottawa. Photo: MBAC

Beauté, puissance et grâce. Les chevaux dans l'art

Les chevaux sont intimement liés à l’histoire humaine et la collection du Musée des beaux-arts du Canada témoigne abondamment des nombreux rôles qui sont les leurs. De la préhistoire aux animaux de compagnie, les chevaux ont galopé, travaillé, combattu, concouru, joué ou paradé sous le regard admiratif des humains. On les a peints sur les murs de grottes en France aussi loin qu’il y a 30 000 ans et ils n’ont jamais cessé d’être une source importante d’inspiration artistique.

Leur puissance, leur endurance, leur polyvalence et leur beauté sont toutes immortalisées dans leur déclinaison la plus connue de la collection, les Chevaux au galop du Saskatchewanais Joe Fafard dont la course gracieuse s’étire à l’extérieur de l’entrée du Musée. À l’origine découpées au laser dans l’acier, ces silhouettes de chevaux des Prairies ont été créées dans une nouvelle version en 2017, réalisée en aluminium enduit de poudre pour pouvoir être installée en permanence à l’extérieur.

Tous les chevaux dans la collection ne sautent pas aux yeux si facilement. Au milieu du collage d’images de l’imposante Peinture pour le Noir américain, de James Rosenquist, on peut entrevoir une tête de cheval. L’œuvre a été peinte en 1962–1963 à l’époque du pop art, quand abstraction et expressionnisme dominaient et alors que les rôles traditionnels des chevaux comme bêtes de somme dans l’agriculture ou moyens de transport avaient largement disparu au profit de la technologie. Aux États-Unis, la lutte pour les droits civiques et contre l’injustice raciale était à son comble et dans son tableau, l’artiste traite des politiques du moment en matière de race et d’identité. La signification précise de la tête de cheval demeure floue même pour Rosenquist (comme l’artiste l’a expliqué dans une entrevue avec le conservateur Jan van der Marck, publiée dans American Art in 2006). Rosenquist, qui était blanc, a aussi confié au critique d’art Gene Swenson qu’au moment où il peignait l’œuvre, il était allé voir le chef-d’œuvre de Picasso Guernica au Museum of Modern Art et qu’il avait sans doute été influencé par la tête de cheval démonstrative y figurant.

James Rosenquist, Peinture pour le Noir américain, 1962–63, Huile sur toile, 203 x 533.4 cm overall; panels: 203 x 177.8 cm each. Musée des beaux‑arts du Canada, Ottawa. © Succession James Rosenquist / VAGA at Artists Rights Society (ARS) NY / SOCAN (2019) Photo: MBAC

L’historienne de l’art Melissa Mednicov a écrit dans l’Art Journal que la toile de Rosenquist était « extrêmement ambivalente, confuse, même » et qu’elle était l'œuvre d’« un artiste blanc dont les tentatives d’intervention dans la dynamique du racisme renforçaient » dans les faits […] « le désenchantement et la discrimination auxquels il s’opposait symboliquement ».

On doit l’une des plus anciennes représentations d’un cheval dans la collection à Sandro Botticelli, avec Le Triomphe de Mardochée (vers 1475). Un de deux panneaux illustrant des scènes de la vie d’Esther, il montre son oncle Mardochée montant un destrier noir mené par son ennemi vaincu Haman.

Sandro Botticelli, Le triomphe de Mardochée, de « L'histoire d'Esther », v. 1475. Tempéra à l'oeuf, glaçis à l'huile et dorure à l'huile sur peuplier, 48.3 x 43.2 x 3.5 cm. Musée des beaux‑arts du Canada, Ottawa. Photo: MBAC

L’histoire d’Esther, reine juive du roi perse Xerxès 1er, qu’elle convainquit de ne pas massacrer les Juifs de son royaume, mais plutôt de les laisser tuer leurs ennemis, était un sujet populaire dans la peinture de la Renaissance florentine. Le Triomphe de Mardochée est l’un des six panneaux ornant deux coffres de mariage. Il apparaissait sur l’extrémité droite du coffre du marié, le cheval de Mardochée étant mené par son ennemi condamné, le premier dignitaire du palais du roi. Le cheval élève, au propre comme au figuré, son maître humain au-dessus de son adversaire vaincu.

Par sa date de création, le cheval de Botticelli est le plus vieux exposé au Musée, mais d’un point de vue stylistique, le plus « ancien » présenté jusqu'à récemment n’a été réalisé qu’en 1926. War Scenes [Scènes de guerre], prêté par le Glenbow Museum, a été peint sur mousseline de coton par l’artiste connu sous le nom de White Wolf, plus ancien guerrier vivant des Gens-du-Sang, une tribu de l’Alberta de la Confédération des Pieds-Noirs.

Artiste connu sous le nom White Wolf [Le Loup blanc], Kainai, Sans titre [peinture pictogramme], v. 1926. Peinture sur toile. Collection du Glenbow, Calgary, AF 5699. Photo: Glenbow

Les personnages et chevaux de White Wolf sont représentés sur un arrière-plan aplani, et pourtant « l’artiste talentueux a su créer un sentiment de mouvement et d’action même si les figures elles-mêmes sont simples et statiques », mentionne Beth Carter, ancienne conservatrice des études autochtones au Glenbow Museum. Le tableau avait été commandé pour l’hôtel Prince-de-Galles du parc national des Lacs-Waterton, et White Wolf a saisi l’occasion pour témoigner du combat mené par les Pieds-Noirs pour protéger leur territoire, leur culture et leur liberté.

Benjamin West, La mort du général Wolfe, 1770. Huile sur toile, 152.6 x 214.5 cm. Don du 2e duc de Westminster au Mémorial canadien de la guerre, 1918; Transfert du Mémorial canadien de la guerre, 1921. Musée des beaux‑arts du Canada, Ottawa. Photo: MBAC; Benjamin West, Étude pour « La mort du général Wolfe », v.  1769. Plume et encre noire et peinture à l'huile sur papier vergé, 43 x 61.4 cm Irrégulier. Acheté en 1984 grâce à une subvention du Gouvernement du Canada en vertu de la Loi sur l'exportation et l'importation de biens culturels. Musée des beaux‑arts du Canada, Ottawa. Photo: MBAC

Les chevaux de guerre sont des sujets fréquents, au combat ou à la parade, notamment dans ce qui est sans doute le plus célèbre tableau de champ de bataille du Musée, La mort du général Wolfe, de Benjamin West, de 1770. Alors que le général anglais est étendu, mourant, entouré par ses officiers et alliés, la lutte entre deux empires étrangers fait rage à l’arrière-plan. Près du coin supérieur gauche de la toile, parmi la fumée des canons et la poussière qui vole, on remarque un unique cheval blanc dont le cavalier semble basculer, blessé ou atteint mortellement. Le cheval et son cavalier en fâcheuse posture n’apparaissaient pas dans l’esquisse préliminaire de West (également dans la collection du Musée) et ont été ajoutés dans le tableau final. Bien qu’ils soient minuscules et occultés par le chaos des combats, ils constituent une représentation narrative d'un drame de grande ampleur.

Acteurs essentiels de la vie quotidienne, les chevaux étaient omniprésents dans les peintures des débuts du Canada. L’auberge du Cheval blanc au clair de lune, de Cornelius Krieghoff, peinte en 1851, est une scène à la fois distante et animée. À travers les fenêtres de l’auberge couverte de neige nichée dans la forêt, on voit des visages et une lumière chaleureuse, tandis que des hommes emmitouflés s’occupent des chevaux et d’un traîneau. Deux chevaux sont menés dans la neige et d’autres sortent des stalles qui jouxtent l’auberge. Les chevaux sont essentiels au travail et au transport, ils conditionnent la capacité des humains à survivre dans la nature sauvage; tout ceci transparaît ici grâce au formidable souci du détail de l’artiste.

Cornelius Krieghoff, L'auberge du Cheval blanc au clair de lune, 1851. Huile sur toile, 101.1 x 124.7 cm. Don de 1971, offert par Gabrielle Coste, Marie Louise Savon et Eugene Francis Coste, petits‑enfants de Thomas Dillon Tims, à qui cette peinture fut donnée par l'artiste. Musée des beaux‑arts du Canada, Ottawa. Photo: MBAC

Les quelque 1800 tableaux et dessins de Krieghoff comprennent des centaines ou peut-être même des milliers de chevaux, qui n’ont pas simplement valeur d’outils ou de décoration. Ses chevaux, et d’autres créatures vivant auprès des humains, avaient de la personnalité et du caractère et pouvaient se montrer déterminés, joueurs ou même malicieux. Ici, cette palette de traits est évoquée par le stoïcisme des chevaux dans des conditions difficiles et avec le petit chien noir et blanc qui gambade et semble aboyer après les chevaux, lesquels demeurent résolument indifférents.

Kathleen Moir Morris, L'attente, inconnu. Huile sur panneau, 26.7 x 34.2 cm. Musée des beaux‑arts du Canada, Ottawa. © Succession Kathleen Moir Morris Photo: MBAC

Contrastant avec la scène foisonnante de Krieghoff, L’attente, de Kathleen Moir Morris (non datée), est calme, presque engourdie. À l’arrière-plan, un homme attelle un cheval à un traîneau, alors qu’au premier plan un autre cheval, déjà attelé, attend patiemment de reprendre son rôle d’épine dorsale de la vie humaine. Morris était Montréalaise et membre du Groupe de Beaver Hall; elle avait un profond attachement aux scènes de la vie québécoise, en particulier en hiver et souvent avec des chevaux. Le panneau mural explique que cette toile « oscill[e] entre un esprit festif et joyeux et une atmosphère mélancolique et glaciale », ce qui décrit amplement ce qu’est l’hiver pour tout Canadien, qu’il soit cheval ou humain.

Artiste anonyme (canadien, 19e siècle), détail, Le salon peint de M. et Mme William Croscup, (détails) v. 1846–48. Huile, fusain et mine de plomb sur plâtre, 210 x 380 x 450 cm. Musée des beaux‑arts du Canada, Ottawa. Photo: MBAC

À l’opposé, sur les murs peints du salon Croscup, nous sommes au cœur de l’été et de l’action, avec des chevaux en pleine course le long d’un port. D’autres chevaux remplissent d’autres rôles sur les différents murs, tous peints dans le salon de la maison Croscup, jadis sise dans la vallée de l’Annapolis en Nouvelle-Écosse. L’artiste reste à ce jour inconnu, mais les scènes pittoresques sont inspirées des provinces maritimes et de l’Europe, quand les chevaux étaient encore un élément fondamental dans le travail et le divertissement humain des deux côtés de l’Atlantique.

Peintes autour de 1846, les murales Croscup ont été acquises par le Musée 130 ans plus tard. Quelque 30 000 ans après que des artistes préhistoriques ont dessiné dans une grotte, nous représentons toujours des chevaux sur nos murs.

 

Nombre des œuvres sont actuellement exposées dans les salles du Musée des beaux-arts du Canada; pour de plus amples détails sur chaque peinture, visitez la collection en ligne du Musée. Partagez cet article et abonnez-vous à nos infolettres pour connaître les dernières informations et en savoir davantage sur l’art au Canada.

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