L.L. FitzGerald, Une ferme, 1928. Linogravure sur papier japanais, 16.5 x 51 cm; block: 13.4 x 31.4 cm. Don de l'artiste, Winnipeg, 1928. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. Photo: MBAC

Joyeuses Fêtes. Les cartes de Noël de L.L. FitzGerald

Chaque Noël pendant vingt-cinq ans, l’artiste winnipégois L.L. FitzGerald (1890–1956) enverra des cartes de vœux faites main à ses voisins, collègues et amis. Plus qu’un geste festif, les cartes complexes et élégantes ont un rôle de modeste autopromotion, une façon de faire régulièrement circuler ses créations au sein de son réseau personnel, qui compte notamment les employés du Musée des beaux-arts du Canada. Couvrant la période de 1923 à 1947 (avec une seule année manquée pour raison de maladie), les cartes de Noël révèlent l’évolution des intérêts et de la technique artistiques de FitzGerald, durant ses années comme professeur à la Winnipeg School of Art ou encore au moment où il reçoit l’invitation prestigieuse à se joindre au célèbre Groupe des Sept en 1932. Elles font mesurer surtout son engagement envers la tradition et son désir de rester en contact, année après année, avec ceux qui l’entourent.


Si FitzGerald joue avec l’idée d’envoyer des cartes de Noël personnalisées dès 1911, sa première, Rivière, date de douze ans plus tard, en 1923. Ici, l’artiste ouvre la voie à ce qui viendra instinctivement : des paysages et des scènes urbaines sans lien direct avec le temps des fêtes ni imagerie religieuse. FitzGerald favorise plutôt des images de son environnement immédiat, qu’il s’agisse d’arbres, de cours d’eau, de terres agricoles et de vues depuis sa fenêtre en ville.


La conservatrice Helen Coy, dans le catalogue FitzGerald as Printmaker de 1982, aborde l’importance de la lumière : « Cette préoccupation à propos de la lumière, qui émane toujours d’une source mystérieuse, surgit là où les cartes s’approchent le plus d’une connotation spirituelle, et même dans ce cas elle est très retenue. L’impression qui s’en dégage va plutôt vers la nostalgie d’un monde feutré et silencieux, loin des problèmes de la vie quotidienne. ».

L.L. FitzGerald, Rivière, 1923. Linogravure en mauve sur papier vélin chamois, collé en plein sur page couverture pliée, 9.5 x 13 cm; block: 8.9 x 11.9 cm. Don de l'artiste, Winnipeg, 1923. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. Photo: MBAC


La carte la plus colorée, basée sur une couverture conçue pour le magazine Beaver, date de 1924 alors que FitzGerald peint un personnage habillé jusqu’au cou marchant vers un chalet dans la neige. Stylistiquement, la carte est différente de ses autres créations par ses couleurs vives et sa perspective profonde. Ses traits de pinceau traduisent l’expertise en peinture qui définit son plus vaste corpus d’œuvres.

 

L.L. FitzGerald, Projet de couverture pour « The Beaver », Noël 1924, 1924. Gouache sur carton, 19.8 x 17 cm; image: 11.3 x 8 cm. Don de Gertrude Ingall Matthewman, Picton, Ontario, 1958. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. Photo: MBAC


FitzGerald accorde un soin méticuleux à la production de ses cartes de Noël, en particulier par son choix d’encre. Son processus passe généralement par une esquisse sommaire, suivie d’un dessin par transfert et plusieurs séries d’ajouts et d’épreuves. Curieusement, pourtant, il n’applique pas la même minutie à la sélection du papier. Pages déchirées dans un livre ou chutes de carton, comme le montre ici un dessin préliminaire, FitzGerald réalise de belles illustrations sur tout matériau qui lui tombe sous la main.

L.L. FitzGerald, Étude pour une carte de Noël: arbre bleu et mauve, 1924. Gouache et aquarelle en noir sur carton, 25.3 x 17 cm; image: 13.2 x 11.2 cm. Don de Gertrude Ingall Matthewman, Picton, Ontario, 1958. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. Photo: MBAC


En 1926, l’artiste développe une admiration pour la ligne de contour et une inclinaison vers la technique de la pointe sèche. Pour cette méthode qui demande du temps mais qui produit un résultat visuel saisissant, employée pour la carte de 1926, il faut graver une image dans un matériau à l’aide d’encre, d’une aiguille fine et procéder à un essuyage soigné.

L.L. FitzGerald, Le coin sud-ouest de Garry et Graham, 1926. Pointe sèche sur papier vélin, 18 x 11 cm; plate: 7.3 x 6.9 cm. Don de l'artiste, Winnipeg, 1926. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. Photo: MBAC

 


L.L. FitzGerald, Vue Prise de la fenêtre avec deux cruches, 1942. Linogravure sur papier japon, 26.3 x 10.9 cm; image: 19.2 x 8.7 cm. Don de l'artiste, Winnipeg, 1942. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. Photo: MBAC; L.L. FitzGerald, La Ville, prise d'une fenêtre, 1946. Linogravure sur papier japon, 15.5 x 14.5 cm; block: 13.2 x 7.5 cm. Don de l'artiste, Winnipeg, 1946. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. Photo: MBAC

Du nombre total de cartes de Noël de FitzGerald, 22 sont des linogravures. Principalement en noir et blanc et souvent imprimées sur un délicat papier Japon, ces œuvres sont caractérisées par les mouchetures qui produisent un brillant effet de lueurs. En 1942, l’artiste illustre en linogravure deux jarres sur un appui de fenêtre surplombant une scène architecturale et, en 1946, il crée une vue similaire donnant sur un paysage urbain. Ce type de scène de ville, révélée à travers une fenêtre ouverte, revient particulièrement souvent dans le travail de FitzGerald. Ces illustrations, semblables à ses compositions antérieures, sont une représentation littérale de sa vue sur le monde, qu’il aime incontestablement partager avec ses amis au cours des années où il réalise ses cartes de vœux.

 

La collection des cartes de Noël de L.L. FitzGerald est abritée à Bibliothèque et Archives du Musée des beaux-arts du Canada. Partagez ce texte et abonnez-vous à nos infolettres pour demeurer au courant des derniers articles, expositions, nouvelles et événements du Musée, et en apprendre plus sur l’art au Canada.​

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