Antoine Plamondon, détail de Le dernier Huron (Zacharie Vincent), 1838. Huile sur toile, 114,7 x 97 cm. Don de la famille Schaeffer, Thornhill (Ontario), Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. 2018 Photo: MBAC

« Le dernier Huron » d’Antoine Plamondon

L’envergure de la contribution d’Antoine Plamondon au développement de la peinture au Canada n’est plus à démontrer. Né en 1804, Plamondon a séjourné à Paris de 1826 à 1830 auprès de l'artiste Jean-Baptiste Guérin, dit Paulin-Guérin (1783–1855), peintre de Charles X. De retour, il s’établit à Québec, alors la capitale du Bas-Canada, où il fut le premier portraitiste pendant deux décennies. Sa contribution, vitale au renouvellement de l’art du portrait, toute à l’enseigne du néoclassicisme, a concouru à asseoir la renommée de l’artiste dans l’histoire de l’art canadien. La mise en valeur de ce brillant apport a peut-être occulté son activité de peintre de genre, accomplie en contrepoint. Si les œuvres en ce domaine sont moins nombreuses, la prestation de Plamondon n’en est pas moins essentielle.

Antoine Plamondon, Adèle Fortier, 1834. Huile sur toile, 75,5 x 65 cm. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. Photo: MBAC

En 1838, stimulé par un concours initié à Québec par la Literary and Historical Society, une société savante dynamique et visionnaire, Antoine Plamondon a présenté une composition emblématique, qui fascine et séduit encore 180 ans plus tard. Fondée en 1824 par Lord Dalhousie, cette société était entre autre vouée à recueillir et conserver tous les documents portant sur l’histoire ancienne du pays et les Autochtones qui l’habitaient, dont la disparition possible était alarmante. Elle a très tôt organisé des conférences abordant des thèmes autochtones et collectionné divers objets pour son musée. C'est dans ce contexte qu'à l'hiver 1838 la société a lancé une compétition destinée à récompenser une « peinture originale à l’huile, sur un sujet historique ou autre ». Plamondon a soumis le tableau intitulé Le dernier Huron (Zacharie Vincent).

Antoine Plamondon, détail de Le dernier Huron (Zacharie Vincent), 1838. Huile sur toile, 114.7 x 97 cm. Don de la famille Schaeffer, Thornhill (Ontario), Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. 2018 Photo: MBAC

Pour sa composition, Plamondon a adopté une approche qui repose formellement sur l’expérience du portraitiste chevronné. Il a placé le sujet en légère contreplongée, pour exalter la grandeur de la scène. Le dernier Huron, au-delà du portrait, présente un personnage en communion avec la nature, qui doit se lire de manière symbolique. Il s’agit moins du portrait d’un individu – même si celui-ci est identifié – que celui d’une nation et de son destin. Le titre originel est sans équivoque.

La composition de caractère exceptionnel mérite à Antoine Plamondon le premier prix. La presse commente la nouvelle en affirmant : « Le dernier des Hurons ! C’est là un sujet bien intéressant, bien artistique et bien canadien. (…) Ce morceau de peinture est le seul de ceux qui ont été offerts à la société, qu’on ait jugé digne d’un prix, et c’est aussi le premier d’un peintre canadien qui a été couronné », rapportait L'Ami du Peuple à Montréal en mai 1838. L’œuvre marque les esprits de manière inédite et durable. En effet, deux ans plus tard, son souvenir inspira à l'historien François-Xavier Garneau Le dernier Huron, poème qui deviendra célèbre et constitue la source de surinterprétations du tableau de Plamondon.

Joseph Légaré, Josephte Ourné, c. 1840. Huile sur toile, 131,5 x 95,5 cm. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. Photo: MBAC

L'œuvre a certainement inspiré d'autres peintres. Il est possible qu’elle ait conduit Joseph Légaré à peindre Josephte Ourné, aussi dans la collection du Musée. Surtout, le tableau a peut-être fait naitre chez Zacharie Vincent, lui-même, une vocation de peintre : il a exécuté une dizaine d’autoportraits, dont le plus fascinant est celui qui le représente, accompagné de son fils Cyprien (dans la collection du Musée national des beaux-arts du Québec).

Véritable triomphe, Le dernier Huron (Zacharie Vincent) a été acquis par le gouverneur général de l’Amérique du Nord britannique qui l'emporte en Europe plus tard la même année. Il est demeuré dans la famille Durham avant de passer dans une collection particulière en 1932. La suite tient presque de la légende. Durant près d’un demi-siècle, même s’ils ne connaissaient l’œuvre que par des sources littéraires, maints historiens de l’art y ont fait allusion. Sa redécouverte en 1982, exposée et commentée à de multiples reprises, a déclenché un véritable tsunami, et l’œuvre a vite été promue au rang d’incontournable de l’art canadien. Au terme de trente années d'échanges cordiaux avec les propriétaires, celle-ci est entrée dans la collection du Musée des beaux-arts du Canada en décembre dernier.

Le dernier Huron ne constitue surtout pas un aparté, ou une curiosité dans sa fructueuse carrière. La scène de genre est sans nul doute pleinement maîtrisée par Antoine Plamondon.

 

Le dernier Huron (Zacharie Vincent) d'Antoine Plamondon est présenté dans la salle A102 dans les salles d'art canadien et autochtone au Musée des beaux-arts du Canada; pour le détail de ses œuvres, faites une recherche dans la collectionPartagez cet article et abonnez-vous à nos infolettres pour connaître les dernières informations et en savoir davantage sur l’art au Canada.

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