Réflexions : Palomar, de Michael Morris

Michael Morris, Palomar (Vert), Palomar (Gris) and Palomar (Jaune) à l'affiche à la Marion Scott Gallery en 2012–13, 1968/2012. Acrylique, 151.8 x 26 x 30.5 cm. chaque. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. © Michael Morris. Copyright Visual Arts- CARCC, 2019. Photo: Courtoisie de la Marion Scott Gallery

Émergeant à la fin des années 1960 comme un personnage clé de la peinture et de l’art conceptuel de la côte ouest, Michael Morris est un artiste canadien établi dont l’influence sur les générations subséquentes, particulièrement à Vancouver, témoigne de la pertinence et de l’importance du travail.

Né en 1942 en Angleterre et élevé en Colombie-Britannique, Morris étudie à la University of Victoria puis à la Vancouver School of Art (aujourd’hui l’Emily Carr University of Art and Design) avant de retourner en Angleterre pour des études de deuxième cycle à la Slade School of Art. En 1969, Morris fonde Image Bank avec l’artiste Vincent Trasov. Réseau de correspondance décentralisé basé sur les échanges par la poste, Image Bank fera beaucoup pour enrichir la scène des arts visuels à Vancouver. À la base, comme Morris le décrit, « Image Bank est un réseau de personnes échangeant des images », mais ce que Morris, Trasov et leur co-collaborateur Gary Lee-Nova réussissent est de loin plus significatif. AA Bronson, membre fondateur du groupe d’artistes General Idea, comprend leur initiative comme un moyen « de contourner l’impasse de l’impossibilité de rien – pas d’expositions en galeries, pas de comptes rendus, pas de scène artistique – et de mettre en place une scène artistique décentralisée fondée sur un échange sur de longues distances d’images entre artistes ».

Michael Morris, Lettre de Rome, 1968. Acrylique sur toile, avec miroir et plexiglas, 148.3 x 326.9 cm. Musée des beaux‑arts du Canada, Ottawa. © Michael Morris. Copyright Visual Arts- CARCC, 2019. Photo: MBAC

Avant ces contributions à l’art postal et conceptuel, toutefois, Morris est bien connu pour sa pratique comme peintre et graveur. « Si la peinture de Toronto et de Montréal ressemble souvent à un New York usé et à un Paris encore plus fatigué », écrit en 1966 Arnold Rockman, commissaire et professeur de sociologie dans son billet sur l’exposition annuelle d’œuvres par des artistes de la C.-B. (lors de laquelle Morris remporte le prix en peinture), « celle de Vancouver ressemble à un Londres-Los Angeles lucide et fraîchement infusé avec une touche occasionnelle de distorsion temporelle ». C’est cette relation étroite avec des œuvres réalisées à Los Angeles qui est reproduite dans la plupart des peintures de Morris entre les années 1966 et 1968.

À partir de ses premières expositions personnelles à Vancouver, Morris montre des tableaux qui incorporent des matériaux industriels. Dans ses premières toiles Lettre, il applique une stratégie de répétition sérielle de rayures peintes qui intègrent des éléments de miroirs et de Plexiglas (dans le cas de Lettre de New York, Morris remplace les rayures peintes par des photographies de bandes dessinées au fusain). Créée à cette époque, Palomar (dont l’acquisition récente par le Musée des beaux-arts du Canada est une refabrication) apparaît pour la première fois dans l’exposition Younger Vancouver Sculptors à la UBC Fine Arts. Elle est conçue comme une maquette pour une grande sculpture extérieure, une allusion à l’observatoire de San Diego auquel elle doit son titre. À la suite de sa visite de l’atelier de l’artiste, la critique d’art Joan Lowndes décrit ainsi Palomar dans un article pour le journal vancouvérois The Province : « Morris s’adonne également à la sculpture. Sa première pièce, qui fait partie d’une exposition collective de jeunes sculpteurs de Vancouver dont le vernissage aura lieu autour du 15 octobre à la UBC Gallery, est maintenant terminée dans son atelier. Elle consiste en des feuilles de Plexiglas vert aux bords festonnés déposées sur trois socles séparés en Plexiglas noir. Les socles peuvent être placés dans sept positions différentes, chacune produisant des variantes dans le jeu des reflets. L’influence des Los Angeles Six, de Glenn Lewis et de son propre environnement Prisma réalisé avec Gary Lee-Nova est évidente, mais par son élégance et son autorité, la sculpture est estampillée “Morris” ». L’artiste lui-même, réfléchissant sur l’œuvre dans Letters: Michael Morris and Concrete Poetry (2015), commente : « À l’époque, je passais du temps à Los Angeles avec le critique d’art Kurt von Meier et les artistes de la scène de Venice, ainsi qu’avec ceux qui travaillaient avec le Gemini Studio de Ken Tyler, notamment Robert Rauschenberg... Palomar partage un sentiment nostalgique des façades fanées de l’architecture Hollywood Deco populaire auprès de beaucoup de mes contemporains de la scène de L.A. »

Michael Morris, Palomar, 1968, publié dans le catalogue Younger Vancouver Sculptors, UBC Fine Arts Gallery, 1968, p.24. Collection of Morris and Helen Belkin Art Gallery Archives. © Michael Morris. Copyright Visual Arts- CARCC, 2019.

L'exposition Los Angeles 6, à l'affiche à la Vancouver Art Gallery, a réuni des œuvres d'Ed Kienholz et John McCracken, mais c’était le travail de Larry Bell qui est peut-être le plus pertinent pour Palomar. Bell présente deux sculptures en verre. Morris est familier de sa pratique artistique et, dans une entrevue avec l’auteur du présent texte en 2012, se souviendra en général qu’avec Los Angeles, « vous connaissiez la scène complètement, et c’était encore le cas dans les années 1970 ».

Glenn Lewis, l'ami avec qui il cofondera plus tard The Western Front, travaille aussi le Plexiglas à l’époque. En fait, pour l’exposition à la UBC Gallery, il présente A Traveller’s Companion Series No. 1 – Fairy Ring (1968), une de ses boîtes sculpturales en Plexiglas qui contiennent des objets en céramique. Lewis a étudié à St. Ives et l’œuvre est un amalgame des techniques de l’important atelier anglais de poterie, intégrée à des contenants en acrylique qui rappellent le travail de Bell. À propos d’une exposition de Lewis à la Douglas Gallery dans The Spirit of the Sixties: A Witness, Lowndes écrit : « il habille ses murs de miroirs... des salières et purificateurs d’air ludiquement phalliques en porcelaine blanche sont élevés sur des socles en plexiglas transparent surmontés par des boîtes colorées de Larry Bell. Ainsi, à travers un feu croisé de reflets, ses petites sculptures délicates prennent en toute confiance possession de l’espace architectural ».

Michael Morris, Palomar (Vert), Paolmar (Gris) et Palomar (Jaune) à l'affiche à la Marion Scott Gallery en 2012–13, 1968/2012. Acrylique, 151.8 x 26 x 30.5 cm. chaque. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. © Michael Morris. Copyright Visual Arts- CARCC, 2019. Photo: Courtoisie de la Marion Scott Gallery

Si la qualité phallique est explicite dans l’œuvre de Lewis, celle de Morris, Palomar, se lit aussi comme un phallus quand les trois unités sont configurées d’une certaine façon. Si elles sont disposées en rangée, la référence est moins évidente. Cette variabilité prête à l’œuvre une nature ambiguë : celle-ci peut dissimuler ou révéler ses connotations sexuelles en fonction de l’installation.

À la suite de l’exposition, Morris reconvertit créativement Palomar en boîte aux lettres au Western Front, le centre d’artistes en art contemporain fondé en 1973, où son état se détériore lentement au fil des années. En 2012 Morris, encouragé par le commissaire Reid Shier, décide de refaire la sculpture dans le cadre de Palomar: Michael Morris à la Presentation House Gallery (maintenant Polygon), l’exposition satellite de son exposition à la Morris and Helen Belkin Gallery de Vancouver. Il utilisera les éléments de l’œuvre endommagée pour fabriquer de nouvelles composantes (avec l’entreprise de Vancouver, Peregrine Plastics), espérant au départ les produire en diverses couleurs, notamment le bleu et le rose. La gamme limitée de couleurs d’acrylique sur le marché déterminera cependant les trois variations actuelles.

 

Lettre de Rome de Michael Morris est à l'affiche dans la salle A113 au Musée des beaux-arts du Canada. Pour des œuvres de Morris, consultez la collection en ligne. Abonnez-vous à nos infolettres pour demeurer au courant des derniers articles, expositions, nouvelles et événements du Musée, et en apprendre plus sur l’art au Canada.​​

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