Tremplin vers l’univers de M.C. Escher

M.C. Escher, Autoportrait à la chaise, 1920. Gravure sur bois sur papier vélin chamois, 23.8 x 19.9 cm; image: 19.8 x 16.9 cm. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. Don de George A. Escher, Ottawa, 2016. © The M.C. Escher Company – Baarn – The Netherlands. All rights reserved. www.mcescher.com Photo: MBAC


Giorgio (George) Escher (1926–2018), fils aîné de l’artiste graveur M.C. Escher (1898–1972) apprécié universellement pour ses estampes, a décrit son père comme « l’homme le plus terre à terre » qu’il ait connu. Or, l’art d’Escher suppose un esprit labyrinthique, un talent inouï et une compréhension complexe du monde qui nous entoure. Avec ses quelque 230 œuvres de M.C. Escher, le Musée des beaux-arts du Canada détient l’une des trois plus importantes collections publiques d’estampes de cet artiste néerlandais, grâce aux multiples dons faits par son fils George, un ingénieur en aéronautique installé au Canada depuis 1958. Sa dernière donation inclut des œuvres rares de M.C. Escher.

La gravure sur bois Autoportrait à la chaise de 1920, la plus ancienne œuvre d’Escher dans la collection du Musée, est créée lorsque l’artiste, alors âgé de 22 ans, étudie à l’École d’architecture et d’arts décoratifs de Haarlem, qu’il fréquente de 1919 à 1922. Là, sous le parrainage de l’artiste graphique néerlandais, Samuel Jessurun de Mesquita (1868–1944), Escher apprend l’art de la gravure sur bois de fil, lui qui s’adonnait jusqu’alors surtout à la linogravure. Autoportrait à la chaise diffère de ses autres autoportraits des années 1917 à 1919, car il y montre, pour la première, tout son corps au lieu de sa tête seulement. La contre-plongée nous indique que l’artiste a incliné le miroir qu’il a placé sur le plancher pour se voir et se dessiner assis dans un fauteuil dans un décor de salon. Le zigzag des jambes, le drapé des manches et les lignes dans le mobilier et les tableaux sur les murs annoncent les contours nets et les puissantes compositions graphiques de ses paysages italiens datant de 1923 à 1935.

M.C. Escher, Sclafani, Sicile, avril 1933. Gravure sur bois sur papier japon vergé crème, 31.3 x 40.9 cm; image: 24.1 x 32 cm. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. Don de George A. Escher, Ottawa, 2016. © The M.C. Escher Company – Baarn – The Netherlands. All rights reserved. www.mcescher.com Photo: MBAC


La gravure sur bois Sclafani démontre ces mêmes caractéristiques. Situé à quelque cinquante kilomètres au sud-est de Palerme, en Sicile, le vieux château pittoresque de Sclafani, perché sur un éperon rocheux, aura plu à l’aventurier Escher. Installé à Rome en 1923, ce dernier passe ses étés à dessiner sur le vif les paysages italiens méridionaux les plus remarquables et les plus reculés, et ses hivers dans son atelier de Rome à produire des gravures sur bois de fil et de bout, et des lithographies basées sur ses dessins estivaux. Il visite la Sicile à l'été de 1932 et produit l’estampe Sclafani en avril suivant. Comme plusieurs de ses estampes de paysages italiens, elle révèle son intérêt pour les points de vue inhabituels et les formations géologiques étonnantes qui lui inspireront les compositions fantastiques et mathématiques de la seconde partie de sa carrière.

M.C. Escher, Vue de Piana, en Corse, 13 mai 1933. Mine de plomb avec crayon conté noir et blanc sur papier vélin gris, 32 x 23.8 cm Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. Don de George A. Escher, Ottawa, 2016. © The M.C. Escher Company – Baarn – The Netherlands. All rights reserved. www.mcescher.com Photo: MBAC


Le mois suivant, Escher se rend en Corse pour la seconde fois, ayant d’abord exploré l’île en 1928. Le 13 mai 1933, il dessine aux crayons conté cette vue frappante des Calanques de Piana, situées à mi-chemin entre Ajaccio et Calvi dans le golfe de Porto. Aujourd’hui site patrimonial mondial de l’UNESCO, les Calanques de Piana sont une formation géologique méditerranéenne singulière, du type qui fascine Escher durant son long séjour en Italie. S’il ne semble pas avoir produit d’estampe à partir de cette esquisse de paysage, il dédie plusieurs gravures à la commune de Calvi.

Quand Escher déménage sa famille en Suisse en 1935 pour fuir le fascisme, les paysages suisses le laissent étonnamment froid, et il se retire plutôt dans son monde de fiction intérieur, parfaitement illustré par la célèbre lithographie de 1953, Relativité. Cette structure d’escaliers qui met à mal la gravité exercera une influence durable sur l’imaginaire visuel des XXe et XXIe siècles, particulièrement au cinéma, comme dans Labyrinthe (1986), Une nuit au musée : Le secret du tombeau (2014) et les films de la série de Harry Potter (2001–11).

M.C. Escher, Relativité, juillet 1953. Lithographie sur papier japon vergé crème, 39.3 x 40.3 cm; image: 27.9 x 28.9 cm. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. Don de George A. Escher, Mahone Bay (Nouvelle-Écosse), 1990. © The M.C. Escher Company – Baarn – The Netherlands. All rights reserved. www.mcescher.com Photo: MBAC


Relativité trouve son précurseur dans la lithographie La maison aux escaliers, imprimée pour la première fois en novembre 1951. Cette structure verticale où s’entrelacent des escaliers et des entrées se prête bien aux créatures roulantes et déroulantes qu’Escher a conçues au début du mois et qu’il a baptisées Wentelteefje (« pain doré » en néerlandais, wentel signifiant « retourner »). Quarante-six de ces créatures se promènent dans La maison aux escaliers. Grâce à une réflexion constante sur ses propres inventions et à son économie de moyens, Escher conçoit une façon de tripler la longueur de l’estampe sans devoir la redessiner sur une pierre lithographique plus grande ou réimprimer la pierre existante trois fois sur une feuille de papier plus longue. Il prend tout simplement trois des estampes de l’édition originale de quarante, les découpe et les assemble pour produire la singulière Maison aux escaliers II qui transporte ses spectateurs dans un espace tourbillonnant à la fois amusant et vertigineux.  « L’homme le plus terre à terre » savait comment catapulter ses admirateurs vers d’autres mondes.

M.C. Escher, La maison aux escaliers II, novembre 1951. Lithographie sur trois feuilles de papier vélin crème, 139.5 x 36 cm Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. Don de George A. Escher, Ottawa, 2016. © The M.C. Escher Company – Baarn – The Netherlands. All rights reserved. www.mcescher.com Photo: MBAC


Jumelées au reste de l’impressionnante collection d’œuvres de M.C. Escher, ces rares feuilles, aussi données par le fils de l’artiste, mettent en valeur ses fins talents de dessinateur et de graveur, en plus de renforcer son lien au Canada, pays qu’il visita plus d’une fois. À travers ses multiples expositions, deux publications et des fonds d’archives, le Musée est honoré de contribuer à l’appréciation de ce maître bien-aimé du XXe siècle.

 

Pour voir des œuvres de M.C. Escher conservées au Musée des beaux-arts du Canada, consultez la collection en ligne. N’oubliez pas de vous abonner à nos infolettres pour connaître les dernières articles, les expositions et les activités du musée et en savoir davantage sur l’art au Canada.

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