Molly Lamb Bobak : la première femme peintre de guerre officielle au Canada

Molly Lamb. Photographie, sans date

Molly Lamb, Photographie, sans date. Bibliothèque et Archives, Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. Photo : MBAC Bibliothèque et Archives


Dans sa série sur l’art de guerre canadien, Bibliothèque et Archives du Musée des beaux-arts du Canada possède une petite collection de lettres échangées entre Molly Lamb (qui deviendra Lamb Bobak) et le directeur du Musée de l’époque, Harry Orr (« H.O. ») McCurry. En juin 1945, Lamb devient la première femme à être envoyée en poste à l’étranger en tant que peintre de guerre officielle canadienne. Diplômée de la Vancouver School of Art, elle joint les rangs du Service féminin de l’Armée canadienne (SFAC) trois ans auparavant et consacre la plupart de ses temps libres à dessiner son environnement et les activités des forces armées. Soldate, elle accomplit des tâches variées – par exemple, dessiner des schémas de découpe de viande pour l’école de cuisine affiliée et concevoir des décors pour le populaire Army Show de la CBC – avant d’être promue au grade de lieutenante et d’être affectée en Europe pour couvrir l’effort de guerre.

Molly Lamb Bobak, W110278: Personal War Records of Private Lamb, M, [Les dossier personnels de la guerre de Soldat Lamb, M], 22 novembre 1942, crayon et acqurelle avec encre noir sur papier

Molly Lamb Bobak, W110278: Personal War Records of Private Lamb, M, [W110278: Les dossiers personnels de la guerre de Soldate Lamb, M], 22 novembre 1942, crayon et acqurelle avec encre noir sur papier, 30.4 x 45.5 cm. Bibliothèque et Archives Canada, Acc. No. 1990-255-3V, Gift of Molly Lamb Bobak. Photo: LAC e006078933_s1-v8

En tant que peintre de guerre officielle, Lamb rejoint un cercle où figurent des artistes bien connus du Canada. La création d’un programme d’art militaire est l’initiative de Sir Max Aitken (Lord Beaverbrook) en 1916, deux ans après le début du premier conflit planétaire. Aitken met sur pied le Fonds de souvenirs de guerre canadiens dans le but de passer commande à des artistes de représentations sur le vif de scènes sur l’effort de guerre canadien. Le groupe de peintres de guerre pour la Première Guerre mondiale comprend Maurice Cullen, David Milne et les futurs membres du Groupe des Sept A.Y. Jackson, Arthur Lismer, Frederick Varley et Franz Johnston.

Alors que la Deuxième Guerre mondiale sévit depuis trois ans, la Collection d’œuvres commémoratives de la guerre est lancée en janvier 1943. Le Comité des artistes de guerre canadiens, dirigé par McCurry et Vincent Massey, est créé et un groupe d’artistes, servant dans les forces armées, est recommandé pour être déployé hors du pays. A.Y. Jackson conseille le comité et participe à la sélection des candidatures. Il agit par ailleurs comme mentor pour Molly Lamb, l’encourageant dans sa démarche artistique et la mettant en relation avec McCurry lorsqu’elle est mutée à Toronto après avoir complété sa formation de base au Camp Vermilion, en Alberta.

Lettre de Molly Lamb adressée à H.O. McCurry, Toronto, 14 avril 1943

Lettre de Molly Lamb adressée à H.O. McCurry, Toronto, 14 avril 1943. Bibliothèque et Archives, Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. Photo : MBAC Bibliothèque et Archives

La correspondance entre Lamb et McCurry dans la collection de Bibliothèque et Archives du Musée couvre la période allant de 1943 et 1945. Les lettres témoignent d’une expérience formatrice dans la vie d’une artiste de guerre en pleine émergence. Elles donnent aussi une idée des aspirations de Lamb et du soutien de McCurry à son travail. La première missive, datée d’avril 1943, commence ainsi : « Voici deux semaines, A.Y. Jackson vous a très aimablement écrit à mon sujet et vous a entretenu de mes dessins ». À ce moment, Lamb a 23 ans et suit un cours de dessin technique avec le SFAC à Toronto. La lettre se termine avec son projet de venir en auto-stop jusqu’à Ottawa pour montrer ses dessins à McCurry (ce ne sera pas la dernière fois que Lamb apportera personnellement ses croquis à Ottawa; McCurry se sentira obligé de lui suggérer, plus d’un an après : « [p]eut-être serait-il aussi bien que vous envoyiez votre travail maintenant et, plus tard, sans doute pourrons-nous prendre des dispositions pour votre venue à Ottawa autrement que par auto-stop! »).

Les esquisses énergiques de Lamb sur les activités quotidiennes des femmes militaires vont convaincre McCurry de l’aider dans sa carrière, et lui et A.Y. Jackson interviennent en sa faveur pour qu’elle soit affectée aux Archives de guerre dès février 1944. Dans une lettre à McCurry, Jackson écrit à propos de Lamb : « Je suis absolument favorable à ce qu’elle puisse faire des rendus militaires. Je ne connais personne dans ce pays qui ait autant de talent en cette matière. »

Les autres membres du Comité des artistes de guerre canadiens, toutefois, sont peu disposés à envoyer une femme artiste à l’étranger. Ce n’est qu’au moment de la cessation des hostilités en mai 1945 qu’ils acceptent officiellement sa nomination et, le mois suivant, Lamb prend finalement le chemin de l’Angleterre. Elle est en poste à Londres, avec ses collègues artistes Lawren P. Harris (fils du membre du Groupe des Sept), Jack Shadbolt, Campbell Tinning, George Pepper, Will Ogilvie et Bruno Bobak, son futur mari. Après trois ans à immortaliser les cantines, parades, bureaux et casernements du SFAC à travers le Canada, la voici maintenant chargée d’illustrer la vie des femmes militaires en Europe.

Lettre de Molly Lamb adressée à H.O. McCurry, London, 5 novembre 1945

Lettre de Molly Lamb adressée à H.O. McCurry, London, 5 novembre 1945. Bibliothèque et Archives, Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. Photo : MBAC Bibliothèque et Archives

Lamb dessine en Angleterre, aux Pays-Bas, en Belgique, en Allemagne et en France, et écrit dans une lettre à McCurry qu’elle bénéficie d’un véhicule, d’un chauffeur et d’une liberté complète d’aller où elle veut pour y faire ce qu’elle veut. Elle représente la grande diversité des fonctions assumées par les Canadiennes servant dans l’armée durant la guerre. Du tri dans les salles de courrier au travail de mécanicienne, chacune des activités du SFAC dont Lamb rend compte est croquée avec des traits vifs et un sens aigu du détail. Elle représente également les soldates dans des moments de loisir, avec notamment plusieurs esquisses de parties de baseball.

Bien que cela n’entre pas dans le cadre de son affectation officielle, Lamb entreprend également de rapporter des scènes de guerre extérieures au SFAC. Elle y présente des villes, des immeubles endommagés et des scènes de rue avec des civils. Ce sont d’ailleurs ses tableaux de foule qui vaudront à Lamb sa notoriété, grâce notamment à son étonnante habileté à traduire l’énergie débordante qui se dégage des gens ainsi assemblés.

Dans la même lettre, la dernière dans la collection de Bibliothèque et Archives, Lamb annonce à McCurry son retour au Canada : « Bobak, Tinning et moi rentrons au pays. Je crois que Bruno et moi serons à bord du Queen Elizabeth, et je devrais venir directement à Ottawa. » Elle poursuit en disant de son séjour à l’étranger qu’il constitue « les semaines les plus riches et exaltantes » de sa vie. Après la guerre, elle et Bobak partent pour la côte Ouest, avant de s’installer à Fredericton, au Nouveau-Brunswick, où ils vont vivre jusqu’à la mort de ce dernier en 2012. Lamb décède en 2014, à l’âge de 94 ans.

 

Le matériel mentionné dans cet article se trouve dans la collection de Bibliothèque et Archives du Musée des beaux-arts du Canada et peut être consulté en salle de lecture durant les heures d'ouverture. Partagez cet article et abonnez-vous à nos infolettres pour demeurer au courant des derniers articles, expositions, nouvelles et événements du Musée, et en apprendre plus sur l’art au Canada.

Partager cet article: 

À propos de l'auteur