Philips Wouwerman : une nouvelle acquisition

Philips Wouwerman, La halte, v. 1648/1650. Huile sur chêne, 32,5 × 36,3 cm. Don d’Alex et Wanda Fallis, Ottawa, 2019. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. Photo : LRC, MBAC

La fin de la journée venue, des voyageurs fatigués font halte dans une auberge de fortune, le hasard réunissant un groupe bigarré d’hommes et de femmes. Les gens étanchent leur soif, se saluent mutuellement, se délassent, fument et dorment. Le spectateur peut admirer la richesse des détails de leurs habits, de leur gestuelle et de leur personnalité. La scène est campée dans l’idée que se fait l’artiste d’une Espagne lointaine, la modeste hutte de paille sur la gauche, où certains se sont installés pour la nuit, ajoutant une touche locale. Tant chez les peintres que chez les mécènes néerlandais, les images de la vie quotidienne sont un thème de prédilection depuis le XVIe siècle, où les œuvres produites par les artistes vont de l’ethnographique au grivois en passant par le comique un peu grossier. Vers le milieu du XVIIe siècle, le propos s’est raffiné – comme dans cette toile de Philips Wouwerman – et le regard allie humour et une certaine distance.

Philips Wouwerman (1619–1668) est réputé pour ses scènes de chasse, de batailles, de campements et de voyageurs sur la route, tous des sujets qui intègrent des chevaux. Ces animaux sont essentiels pour l’économie, les déplacements et la guerre; l’artiste les peint avec sensibilité, faisant d’eux des personnages importants de ses créations. Un cheval blanc, tel celui que l’on voit dans ce tableau, est un élément caractéristique dans son œuvre. Wouwerman est également un peintre de paysage talentueux. Ici, il installe habilement l’ambiance en plaçant ses voyageurs sous un grand arc de nuages qui s’assombrissent, même si les évolutions du pigment smalt ont altéré l’effet du ciel au crépuscule (voir l’article de Tasia Bulger).

Verso du tableau. Photo: LRC, MBAC

Au verso du tableau se succèdent étiquettes, inscriptions et sceaux de cire qui témoignent des changements de propriétaires pour cette œuvre, racontant l’histoire du marché international de l’art à travers les siècles. Les débuts du parcours de l’œuvre demeurent inconnus, mais vers 1700, elle faisait sans doute partie de la collection de la duchesse de Portsmouth, maîtresse du roi britannique Charles II, laquelle va rentrer en France, dont elle est originaire, après la mort du roi. Autour de 1750, le tableau se trouve certainement à Paris, où le jeune artiste Jacques Aliamet fera une estampe qui s’en inspire, signe de l’intérêt suscité alors par Wouwerman en France. Peintres et collectionneurs apprécient sa dextérité et son intelligence visuelle, voyant dans son travail une alternative à l’art « officiel » et aux grands thèmes de la mythologie et de la religion. Si l’on en juge d’après le nombre impressionnant d’estampes réalisées d’après les œuvres de Wouwerman, sa popularité en France dépasse celle d’un Rubens ou d’un Rembrandt.

Au XVIIIe siècle, la France donne le ton au goût européen et, vers 1800, la peinture prend le chemin de Moscou et de la célèbre collection du prince Mikhail Petrovitch Galitzine. Au cours du XIXe siècle, on la retrouve sur les marchés de l’art à Paris et à Londres, cette dernière ville étant alors le centre de l’essentiel du commerce des œuvres; la toile est alors achetée par la famille Bostock, du Surrey, en Angleterre. Hewitt Bostock immigre en Colombie-Britannique en 1893, apportant la peinture. Il est homme d’affaires, propriétaire de journal, député, président du Sénat et diplomate. L’œuvre va demeurer dans sa famille jusqu’à ce qu’elle soit généreusement donnée à la nation l’an dernier. Il s’agit de la première œuvre de Wouwerman à entrer dans la collection du Musée des beaux-arts du Canada.

 

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