Portrait d’un artiste explorateur : George Back

Louis Haghe (d'après George Robert Lewis), Portrait de George Back dessinant, 1837–45. Lithographie sur chine collé, 55.3 x 37.7 cm. Acheté en 2019 grâce à une contribution des guides bénévoles du Musée des beaux-arts du Canada, à la mémoire de leur consœur Martina Todd, bénévole de 1989 à 2019.  Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. Photo: MBAC

Sir George Back (1796–1878) est un officier de la Marine royale britannique célèbre pour son rôle dans l’exploration de la côte nord-américaine de l’Arctique. Il est aussi considéré comme l’un des artistes topographes les plus originaux et intéressants du Royaume-Uni à avoir travaillé au Canada. Il accompagne à deux reprises l’explorateur anglais John Franklin jusqu’aux Territoires du Nord-Ouest canadiens en 1819–1822 et 1825–1827, et dirige plus tard lui-même deux expéditions dans la même région en 1833–1835 et 1836–1837.

George Back, Lac du Diable, 1825. Aquarelle sur papier vélin, 13.5 x 18.9 cm. Transfert du Mémorial canadien de la guerre, 1921. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. Photo: MBAC

Back s’engage dans la Marine comme volontaire de première classe en 1808, à l’âge de treize ans. Fait prisonnier par les Français en Espagne l’année suivante, il est incarcéré pendant cinq ans à Verdun. C’est pendant cette période comme prisonnier de guerre que Back se consacre à l’étude du français, des mathématiques et, surtout, du dessin. Il se distingue rapidement par ses talents d’artiste, ce qui lui vaut  d’être engagé pour la première expédition terrestre de Franklin. Back y tient une chronique minutieuse du voyage, saisissant chaque occasion de réaliser des esquisses au crayon des vues et événements marquants. Il se servira plus tard de ces dessins rapides, dont de nombreux portent des annotations de couleur détaillées, pour produire des aquarelles que Franklin reproduira dans les récits qu’il publie.

George Back, Launching Boats across a Bay opposite Mount Conybeare. And distant view of the British Chain of Mountains [Lancement de bateaux à travers une baie en face du mont Conybeare. Et vue de British Chain of Mountains], 19 juillet 1826, planche15 d'une série sur des expéditions dans l'Arctique publié en 1828. Gravure. ©The Trustees of the British Museum.

Franklin parle souvent dans ses écrits des illustrations de Back : « Le lieutenant Back assurait la supervision des hommes; et les dessins précis qu’il a achevés pendant l’hiver, à partir de croquis réalisés pendant le voyage, témoignent amplement de sa diligence et de sa compétence ». Les esquisses et aquarelles de Back sont alors considérées comme cruciales à titre de compte-rendu visuel des expéditions dans l’Arctique et également pour susciter l’intérêt et le soutien public intérieur pour des explorations futures.

Louis Haghe (d'après George Robert Lewis), Portrait de George Back dessinant, 1837–45. Lithographie sur chine collé, 55.3 x 37.7 cm. Acheté en 2019 grâce à une contribution des guides bénévoles du Musée des beaux-arts du Canada, à la mémoire de leur consœur Martina Todd, bénévole de 1989 à 2019.  Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. Photo: MBAC; William Drummond, Portrait de Sir George Back, imprimé par Day & Co, publié par Thomas McLean, c.1826–37. Lithographie, 22.2 × 19.6 cm. The British Museum, London (1865,0610.1230). © The Trustees of the British Museum

Dans un portrait lithographique jusqu’aux hanches sur fond blanc récemment acquis par le Musée des beaux-arts du Canada, on voit Back en artiste, occurrence rare, si ce n’est unique. D’autres portraits de l’explorateur occultent manifestement cet aspect important de sa vocation. Vêtu de son uniforme de la Marine avec épaulettes, les cheveux parfaitement coiffés et portant beau et raffiné, Back pose légèrement en biais par rapport au plan pictural et sonde le spectateur alors qu’il est représenté en pleine séance de dessin. Dans ses mains, il tient l’un des carnets de croquis dont il se sert pour documenter ses expéditions – plusieurs se trouvent aujourd’hui dans la collection de Bibliothèque et Archives Canada – et un porte-fusain, instrument communément employé au XIXe siècle pour loger les mines.

Portrait de George Back dessinant évoque la jeunesse, la confiance, et peut-être aussi un soupçon de vanité, un trait de caractère souvent attribué à Back. Selon l’historien Leslie H. Neatby, « Back n’avait ni les dispositions de rigueur ni l’intensité de la détermination qui font un grand capitaine. Ses qualités étaient d’un autre ordre. Personne d’autre n’a perçu le paysage du Nord canadien avec un regard d’une telle sensibilité, et nul n’a non plus réussi à exprimer de manière aussi ample et vigoureuse cette sensibilité. »

La lithographie a été créée d’après un portrait de l’artiste anglais George Robert Lewis (1782–1871), peint à l’époque où Back prépare sa seconde expédition terrestre avec Franklin (l’endroit où se trouve cette œuvre demeure actuellement inconnu). Lewis, peintre réputé et polyvalent de paysages et de portraits, formé par des artistes comme le Suisse Henry Fuseli aux écoles de la Royal Academy, peindra également des portraits des compagnons d’exploration de l’Arctique de Back que sont Robert Hood et Franklin.

L’estampe est très vraisemblablement de la main de Louis Haghe (1806–1885), de la maison d’édition Day & Haghe, imprimerie prospère de Londres. Haghe est un lithographe et aquarelliste détenteur de la charge de « dessinateur de Sa Majesté [le roi Guillaume IV] », rôle qu’il continue d’occuper après l’accession au trône de la reine Victoria (l’estampe en question porte une inscription où se lit « Day & Haghe Lithrg to the Queen » [Day & Haghe, lithographe de la reine]). Il adapte de nombreux portraits en lithographie, leur donnant souvent une apparence d’inachevé. Dans Portrait de George Back dessinant, par exemple, l’image de Back devient de plus en plus esquissée plus on descend la feuille, la partie inférieure de son corps à peine visible si ce n’est une silhouette approximative. En ce sens, Haghe semble se servir de la technique de la lithographie pour imiter le dessin.

George Back, Campement entre les pointes King et Sabine, 1826. Aquarelle sur papier vélin, 13.7 x 19 cm. Transfert du Mémorial canadien de la guerre, 1921. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa. Photo: MBAC

La collection du Musée compte dix aquarelles de George Back. Ces œuvres, dont la majorité date de sa deuxième expédition avec Franklin, sont autant de témoignages précieux des débuts de l’histoire du nord et représentent une réalisation exceptionnelle de l'art topographique britannique au Canada, avec un rendu à ce point fidèle et subtil des paysages et des gens. Ce portrait de l’artiste nous donne un aperçu de l’homme derrière l’art. Plus important, il s’agit d’un portrait de l’artiste en tant qu’artiste, ce qui met ainsi en relief la fonction importante qui fut la sienne au sein du groupe expéditionnaire et son legs comme un des premiers artistes européens à représenter l’Arctique canadien.

 

Pour voir plus d'œuvres de George Back dans la collection du Musée des beaux-arts du Canada, visionnez la collection en ligne. Partagez cet article et n’oubliez pas de vous abonner à nos infolettres pour connaître les dernières informations et en savoir davantage sur l’art au Canada.

Partager cet article: 

À propos de l'auteur