Radicalisme et expérimentation dans l’œuvre de David Milne

David B. Milne, Blanche, la chute (La chute blanche), 28 mars 1921, huile sur toile, 45 x 56 cm. Musée des beaux-arts du Canada. Photo : MBAC

 

Une exposition européenne d’envergure est entièrement consacrée au travail de l’artiste canadien David Milne (1881–1953). À la Dulwich Picture Gallery de Londres, l’exposition David Milne: Modern Painting [David Milne. Une peinture moderne] met en lumière les influences de Milne et la trajectoire qui a fait de lui un artiste aussi radical que novateur.

« David Milne est devenu un trésor national au Canada », déclare Sarah Milroy qui a organisé cette exposition avec Ian Dejardin, directeur de la Collection McMichael d’art canadien de Kleinburg, en Ontario. « L’exposition permet de le suivre à la frontière de l’abstraction et de découvrir une discipline de travail qui fera de lui un modèle pour toute une génération d’artistes canadiens. »

David Milne, Panneaux d’affichage, v. 1912. Huile sur toile, 51,2 x 56,5 cm. Musée des beaux-arts du Canada. Photo : MBAC

 

Né en 1882 à Burgoyne, en Ontario, Milne se déplace au fil de sa carrière aux États-Unis, en Europe, puis de nouveau au Canada et aux États-Unis. L’exposition suit les voyages internationaux de l’artiste et présente une suite de moments clés de son cheminement.

Première étape : New York où des rues bondées et des édifices placardés de publicités colorées inspirent un David Milne qui a découvert son intérêt pour les beaux-arts. Ainsi, Panneaux d’affichage montre une carriole sur un arrière-plan vivant de piétons, d’échoppes, de vitrines, d’enseignes et de publicités. La toile – l’une des quarante-deux œuvres prêtées par le Musée des beaux-arts du Canada (MBAC) – pose le décor des premières explorations de l’art moderne par l’artiste.

David Milne, Cratère Montréal, crête de Vimy, 27 mai 1919. Aquarelle sur mine de plomb sur papier vélin, 35,3 x 101,3 cm. Musée des beaux-arts du Canada. Photo : MBAC

 

Milne s’enrôle dans l’armée canadienne en 1917. Il arrive sur le théâtre européen vers la fin de la Première Guerre mondiale et ses aquarelles rendent alors compte des destructions causées par la guerre. « À cette époque, le conflit venait tout juste de prendre fin, et Milne était environné de machines détruites, de tranchées, de cratères et de restes humains, dit Milroy. Il était fasciné par l’empreinte de l’homme sur le paysage, aussi cataclysmique qu’elle puisse être. » Il s’agit d’un moment charnière dans la carrière de Milne, qui deviendra par la suite l’un des premiers artistes canadiens à s’intéresser vraiment au paysage industriel. « Ces panoramas brisés l’intriguaient », poursuit Milroy. Plusieurs œuvres en lien avec la guerre sont exposées, dont Cratère Montréal, crête de Vimy (1919), également un prêt du Musée des beaux-arts du Canada.

Le visiteur de l’exposition suit ensuite Milne à son retour aux États-Unis, puis dans la nature canadienne où l’artiste s’installe en quête de nouveaux sujets de représentation. Il peint Temagami et ses environs, dans le nord-est de l’Ontario. Des toiles retiennent l’attention, scènes rudes sans horizon qui représentent des troncs inondés dans les forêts de la région. Milroy commente : « Nous avons structuré l’exposition pour que les gens perçoivent une résonance entre les cratères d’obus de l’Europe et le regard porté sur les arbres de Temagami ».

David Milne, Tent in Temagami [Tente à Temagami], 1929, collection Tom Thomson Art Gallery, Owen Sound, Ontario, legs de la collection Douglas M. Duncan, 1970. © Succession David Milne

 

Culminant avec le séjour de Milne au lac Six Mile dans les années 1930, l’exposition, dans son ensemble, permet d’entrevoir un homme radical et reclus, bien loin de l’image de l’artiste raffiné et mystique que le public a généralement de lui.

David Milne: Modern Painting a permis au Musée des beaux-arts du Canada de partager des œuvres exceptionnelles de sa collection avec un public d’outre-mer. « Quand le Musée des beaux-arts du Canada a fait l’acquisition des toiles de Milne, il s’agissait d’un investissement majeur dans ce qui, à l’époque, était de l’art contemporain radical, conclut Milroy. Sans le soutien du Musée, sans sa loyauté pour l’artiste et son héritage, nous n’aurions pu donner toute notre mesure dans cette exposition. »

David Milne: Modern Painting est à l’affiche à la Dulwich Picture Gallery de Londres, au Royaume-Uni, jusqu’au 7 mai 2018. L’exposition se déplacera ensuite à la Vancouver Art Gallery du 16 juin au 16 septembre 2018, puis à la Collection McMichael d’art canadien du 14 octobre 2018 au 13 janvier 2019.

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