Vue de la salle C203 dans les salles d’art européen du Musée des beaux-arts du Canada, juin 2020. Photo: MBAC

Retour au Musée: une journée avec l'art

Le 18 juillet, le Musée des beaux-arts du Canada rouvrait ses portes au public et a accueilli près de 3 000 personnes lors des quatre premières journées. Sasha Suda, sa directrice générale, porte un regard sur les changements intervenus au cours des cinq mois écoulés et réfléchit aux occasions et possibilités pour l’avenir.

Sasha Suda. Photo: MBAC 

 

Avec la réouverture du Musée, quel est l’essentiel de votre message aujourd’hui?

Nous voulons nous assurer que tout le monde se sente d’abord et avant tout en sécurité. Bien entendu, nous souhaitons étendre encore notre accueil chaleureux et, grâce au soutien des Mécènes distingués de la Fondation du Musée des beaux-arts du Canada, nous avons été en mesure d’offrir un accès gratuit pour les 25 000 premiers visiteurs. En ce moment, nous nous voyons comme « hyperlocaux ». C’est un luxe pour nous d’avoir cette occasion de réfléchir et de repartir du début avec notre communauté, une dimension pour laquelle il nous faut souvent trouver le juste équilibre avec notre mandat fédéral.

 

Quelles sont les mesures prises par le Musée en vue de créer un environnement sécuritaire pour les visiteurs?

Le bâtiment du Musée des beaux-arts, de Moshe Safdie, a été conçu de telle manière que la distanciation physique est facile à mettre en œuvre. Il se caractérise par des visibilités dégagées et est processionnel dans sa configuration. L’orientation y est clairement balisée, ce qui permet aux gens de prévoir les flux de déplacements et de rediriger leurs pas si d’autres personnes croisent leur chemin. Nous avons mis en place une signalétique particulière; des postes de désinfection des mains et des masques sont facilement accessibles. La grande surprise a été l’effet du déplacement à l’est de l’entrée principale vers celle des groupes, ce qui va à l’encontre de la circulation naturelle dans l’édifice. Cela a permis aux visiteurs de redécouvrir une partie de son environnement, comme le Jardin surbaissé, qu’ils n’avaient peut-être pas fréquenté jusque-là. Également, le public est plus proche de l’entrée du personnel, ce qui a une valeur symbolique.

 

En quoi la pandémie de COVID-19 et les récents événements à travers le monde ont-ils amené le Musée à réexaminer ses responsibilités?

Un aspect fascinant de l’impact immédiat de la COVID-19 a été la perte soudaine du lien collectif, tant sur le plan humain (l’interaction directe) qu’en matière de vision commune sur ce que nous réserverait l’avenir. En un rien de temps, la société a manifesté un intérêt renouvelé pour les arts et les artistes, qu’il s’agisse des écrivains, des poètes, des artistes en arts visuels ou autres. Ce phénomène a rendu à plus d’un titre la mission et le mandat du Musée encore plus pertinents, parce que peu de gens font aussi face à l’inconnu que les artistes aujourd’hui. Pour une société comme la nôtre qui, généralement, a développé une réelle obsession pour les livrables, l’idée de tout maîtriser et de tout comprendre de A à Z, la pandémie a marqué un coup d’arrêt et continue d’empêcher un retour à ces routines. Certaines de ces incertitudes sont de nature existentielle, d’autres sont très pragmatiques, comme la question de la rentrée des classes cet automne. Cette forme d’évolution vers un dialogue plus ouvert à propos de la vie est un espace que les artistes occupent naturellement.

Le Musée a beaucoup de travail à faire pour devenir une institution au service de l’ensemble des Canadiens, sans distinction. Nous ne ménagerons pas nos efforts, à court et à long terme, pour nous assurer que cette institution soit ouverte au changement dès maintenant et continue à évoluer au rythme du pays dans lequel nous vivons.

 

Quelle a été l’incidence sur l’aménagement et le programme d’expositions du Musée?

Alors que le Musée va de l’avant, nous allons assurément nous efforcer de programmer et d’acquérir des œuvres d’art qui contribuent à créer et à provoquer le débat, pour faire connaître au plus grand nombre l’expérience vécue par plusieurs. Afin de pousser plus loin notre initiative d’art dans les espaces publics, nous collaborons avec des artistes pour leur commander des œuvres destinées à l’extérieur du Musée, ce qui sera une première sur les murs de granit du bâtiment de Safdie. Nous voyons également ces œuvres comme une amorce de conversations pouvant voyager d’un bout à l’autre du pays dans les années à venir.

En ce qui concerne notre programme d’expositions, nous menons des réflexions stimulantes : comment conçoit-on une exposition qui encourage et récompense la distanciation physique, comment met-on en tournée une exposition avec des prêts de partout dans le monde compte tenu des défis particuliers que la pandémie a placés sur notre route? Il est encore impossible de savoir quel sera l’effet sur les expositions à long terme. Il n’y a cependant aucun doute pour moi que le modèle économique des musées, qui dans l’histoire récente s’articulait autour d’expositions temporaires attirant les foules, est révolu, en tout cas à court terme. C’est pourquoi nous sommes enthousiastes à l’idée de trouver dans cette réalité inattendue des occasions d’évoluer dans notre relation avec nos communautés, proches comme éloignées.

 

Comment la fermeture du Musée ces derniers mois a-t-elle influé sur son offre numérique pour l’avenir?

Cela fait longtemps maintenant que le Musée travaille à trouver son propre rythme numérique, et cela nécessitera un investissement extraordinaire, tant financièrement que culturellement. Nous sommes là clairement sur le terrain de ce que nous appelons « les maisons que la COVID-19 a aidé à construire ». L’importance du numérique est maintenant indéniable, et une telle démarche ne peut plus attendre.

 

Que nous réserve l’avenir?

Ce musée des beaux-arts a plus de 130 ans et, compte tenu de son histoire, il n’a jamais cessé d’évoluer. Mais notre secteur n’a pas suffisamment progressé, toutefois, et le public nous le rappelle en ce moment même. C’est une période particulièrement exigeante pour les musées, car on attend d’eux qu’ils intensifient leurs actions pour répondre aux exigences nouvelles et existantes de ce public. Et nous, directeurs ou cadres supérieurs, sommes également interpellés par nos équipes sur le caractère peu démocratique de notre gestion; nous devons apporter des réponses. C’est un équilibre subtil, et je me sens absolument privilégiée d’occuper la fonction qui est la mienne à un moment qui commande un remarquable effort de transparence. Alors, ce que l’avenir nous réserve est une transformation continuelle et nous voulons être des acteurs productifs dans ce cycle. L’avenir est à la créativité.

 

Pour tous les détails sur les heures d’ouverture et mesures de sécurité actuelles, visitez beaux-arts.ca/visiter/visitez-le-musee-en-toute-securite. L’entrée gratuite au Musée coïncide avec la réouverture de l’exposition à succès d’art indigène contemporain international Àbadakone | Feu continuel | Continuous Fire, prolongée jusqu’au 4 octobre. Partagez cet article et abonnez-vous à nos infolettres pour demeurer au courant des derniers articles, expositions, nouvelles et événements du Musée, et en apprendre plus sur l’art au Canada.

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