Votre collection : La danseuse d’Antonio Canova

Antonio Canova, La danseuse (1818–1822), marbre, 172,7 cm. MBAC

La danseuse (1818–1822) d’Antonio Canova (1757–1822), qui semble sur le point de descendre de son socle et de reprendre le pas complexe d’une danse du XIXe siècle, attire les regards dans les salles d’art européen du XVIIIe et du XIXe siècle du Musée des beaux-arts du Canada (MBAC).

Fils d’un tailleur de pierre et petit-fils d’un sculpteur, Canova naît sur le continent, à proximité de Venise. Il est précoce et maîtrise son art dès son plus jeune âge, et il capte rapidement l’attention des principaux mécènes de Venise, recevant des commandes privées comme publiques.

Installé à Rome en 1779, il continue à étudier d’après l’antique tout en réalisant des œuvres à grande échelle qui sont tant des réinterprétations de sujets de la mythologie classique que des monuments aux figures importantes de ce monde. Dès le début du XIXe siècle, il s’est forgé une réputation, en Italie, certes, mais aussi en Angleterre, en France et même en Amérique. Les clients admirent sa remarquable capacité à sculpter le marbre, mais encore plus son habileté à faire revivre la sculpture grecque et romaine de l’antiquité. Son travail est vu comme la continuation d’une tradition ancienne, allant jusqu’à la surpasser, ce qui fait de lui l’un des artistes les plus célèbres de son époque.

Canova est connu pour produire de multiples versions de ses sculptures préférées, et La danseuse ne fait pas exception. La première (aujourd’hui conservée au musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg) est réalisée pour l’impératrice Joséphine, la femme de Napoléon Bonaparte. Au moment de l’exposition de l’œuvre lors du Salon de Paris de 1812, un critique écrit : « La nouveauté de la pensée et de l’action dans cette figure, le charme de la vie et l’illusion du mouvement, dans la plus naïve des compositions, fit courir tout Paris comme à une sorte de représentation dramatique nouvelle. Je doute que jamais au théâtre la plus célèbre danseuse ait réuni un tel concours d’admirateurs, et reçu autant d’applaudissements. »

 

Antonio Canova, La danseuse (détail) [1818–1822], marbre. MBAC

Canova lui-même est méticuleux quand il s’agit de modifier ou de reproduire une de ses œuvres, et il ne confie jamais les nouvelles versions à ses assistants. Pour ce qui est de La danseuse de Clarke, le maître y travaille pendant quelques années (en même temps qu’à de nombreuses autres commandes) pour la terminer peu avant sa mort, à l’âge de 64 ans. C’est cette version qui appartient au MBAC.

Quand Clarke reçoit la pièce finale, il construit un petit « temple » pour l’abriter dans les jardins de sa demeure. Clarke n’est pas le seul à réserver un tel traitement à une sculpture de Canova, marque de l’importance de l’artiste en son temps, et de l’attention portée par les mécènes à l’exposition des œuvres et à l’expérience visuelle dans son ensemble.

Au moment de son acquisition par le MBAC, en 1968, La danseuse n’a pas été nettoyée depuis des années. Bien que le restaurateur Mervin Ruggles ait éliminé quelques taches mineures peu après l’entrée de l’œuvre dans la collection, cette dernière souffre toujours de saleté accumulée et de marques provenant des décennies passées dans des collections particulières, ainsi que de certaines souillures superficielles dues au passage du temps. Il est donc particulièrement difficile de se rendre véritablement compte de la délicatesse des incisions, du jeu de la lumière sur la surface de la sculpture, du contraste subtil entre le marbre blanc et les ombres portées, et de la translucidité du matériau lui-même.

Pour y remédier, Doris Couture-Rigert, restauratrice principale des sculptures et arts décoratifs au MBAC, entreprend un examen approfondi de l’œuvre en préparation de son traitement. Elle recourt à des méthodes diagnostiques comme, entre autres, la radiographie numérique 2D, l’imagerie UV en réflexion et des analyses chimiques et élémentaires. Elle procède ensuite à un nettoyage complet de la surface, au moyen de diverses méthodes à sec, et de techniques à base de solvants et d’eau. Le résultat est à la fois subtil et saisissant.

  

Doris Couture-Rigert, restauratrice principale des sculptures et arts décoratifs au MBAC, réalise un nettoyage complet de la surface de La danseuse d’Antonio Canova (1818–1822), marbre, 172,7 cm. MBAC. Photo : MBAC

Dans le cadre du processus de restauration, Couture-Rigert s’est rendue à l’Ermitage, à Saint-Pétersbourg, où elle a examiné en détail la première version de la sculpture. Non seulement son traitement de La danseuse du MBAC a-t-il permis de « lire » l’œuvre dans toute sa beauté sans défaut, mais Couture-Rigert poursuit sa recherche sur les deux versions; le résultat de celle-ci, quand il sera publié, révèlera de subtiles variations entre les deux œuvres, et fournira des connaissances supplémentaires sur la pratique artistique de Canova.

Bien que la façon dont une œuvre est présentée puisse sembler d’une importance secondaire, elle est en réalité essentielle à la qualité de l’expérience visuelle. Parmi les facteurs clés, notons une hauteur d’observation adéquate, qui détermine la relation d’une œuvre avec l’espace architectural, ainsi que son rapport avec les visiteurs.

Au fil des ans, La danseuse de Canova a occupé des socles de différents modèles. Le plus récent est une boîte basse, grise. Ce type de présentation minimaliste est courant dans les musées au cours de la dernière partie du XXe siècle, mais il est loin d’être pertinent d’un point de vue historique.

Tout comme ses clients, Canova s’intéresse de près à la façon dont ses sculptures sont exposées. Elles sont habituellement disposées sur un piédestal, qui les porte à une hauteur idéale et les sépare du décor ordinaire. Il s’agit après tout d’œuvres d’art, qu’il convient de montrer et de mettre en évidence.

Antonio Canova, La danseuse (1818–1822), marbre, 172,7 cm. MBAC

Conséquemment, le MBAC a fait concevoir et construire une nouvelle base pour La danseuse de Canova. Le matériau de choix était bien sûr le marbre. Pour ce qui est du concept, le personnel du MBAC a étudié ce qui se faisait au début du XIXe siècle, ainsi que des socles créés par Canova lui-même. Le choix définitif s’est porté sur un modèle trouvé dans une collection européenne, conçu par le maître.

Il a fallu l’adapter : la forme a été conservée, mais la sculpture complexe a été beaucoup simplifiée, l’idée étant de suggérer un socle en marbre du début du XIXe siècle, plutôt que d’en copier un servilement. La sculpture est maintenant beaucoup plus haute qu’avant, ce qui correspond mieux à la façon dont elle était exposée à l’origine.

Autre hommage à la tradition, des poignées de laiton sont ajoutées à la base. Plus décoratives que fonctionnelles, elles renvoient à une pratique commune à l’époque où l’œuvre a été créée. En intégrant une plaque tournante dans le socle, sculpteurs et clients pouvaient faire pivoter l’œuvre pour saisir le meilleur éclairage, ou en présenter des perspectives supplémentaires. Si les socles pivotants sont rarement utilisés aujourd’hui, de telles poignées métalliques se retrouvent souvent sur les bases des statues dans les musées européens.

 

  Détail d’une poignée en laiton ajoutée au socle de La danseuse d’Antonio Canova (1818–1822). MBAC

On peut admirer, nettoyée, restaurée et maintenant exposée à la bonne hauteur, La danseuse de Canova dans les salles d’art européen du XVIIIe et du XIXe siècle au Musée des beaux-arts du Canada.

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