Votre collection: Vanessa Paschakarnis, Ombrages pour les humains (2003–2004)

 

Vanessa Paschakarnis, Ombrages pour les humains (2003–2004), marbre gris-violet de l'île du Cap-Breton, installation aux dimensions variable. MBAC

Depuis quinze ans, Vanessa Paschakarnis (née à Werneck, Allemagne, en 1970. Vie et travaille à Halifax) exerce ses talents en mettant au point ses propres techniques pour créer, avec des matériaux traditionnels comme le bronze, le plâtre et la pierre, des sculptures à l’échelle humaine. Quoiqu’elle s’inspire du corps, de la nature et même des animaux, ses œuvres sont en général des masses informes, conçues avec soin, qui évoquent plus qu’elles ne représentent des objets familiers. Paschakarnis y intègre souvent les tensions qui opposent les forces de la gravité et de la légèreté, et aime brouiller les frontières entre l’intérieur et l’extérieur.

Il lui importe avant tout de susciter une rencontre entre le spectateur et l’œuvre afin qu’il puisse ressentir l’effet physique qu’elle cause. « La sculpture, dit-elle, est un catalyseur d’expériences plus profondes que le simple échange d’information. Je crée mes œuvres à échelle humaine pour inviter à une rencontre physique avec elles, ou à un moment de réflexion qui suscite un questionnement sur notre façon d’être au monde. C’est une dynamique qui se nourrit à la fois de la curiosité que nous avons envers l’Autre, cette « chose », et de notre attirance pour les images qui semblent familières, mais qu’on a du mal à définir ».

 

Vanessa Paschakarnis, Ombrages pour les humains (détail), 2003–2004, marbre gris-violet de l'île du Cap-Breton, installation aux dimensions variable. MBAC

Pour produire Ombrages pour les humains, Paschakarnis a d’abord taillé minutieusement trois blocs de marbre gris violet de l’île du Cap-Breton pour en tirer des masses informes et allongées qui oscillent entre le corps et la matière. Elle a ensuite creusé de profondes entailles sur leurs flancs pour donner l’impression qu’il s’agit de plis, de peau affaissée voire de mollusques émergeant de leur coquille. Les sculptures sont fixes et inertes, mais elles paraissent s’animer, se dilater et se contracter sous le regard du spectateur. Lourdes, figées dans le temps et l’espace, elles se révèlent néanmoins malléables, voire charnues, comme si elles se transformaient et bougeaient sans cesse. Pour préserver la nature du matériau, l’artiste a choisi de garder les marques laissées par ses outils sur le marbre. Sa façon bien personnelle de travailler ses pièces fournit au spectateur l’occasion de suivre le processus de fabrication qui reflète non pas des objets trouvés, mais des objets façonnés.

 

Vanessa Paschakarnis, Ombrages pour les humains (détail), 2003–2004, marbre gris-violet de l'île du Cap-Breton, installation aux dimensions variable. MBAC

Les éléments qui composent Ombrages pour les humains évoquent des figures anthropomorphes ou, plus exactement, les traces laissées par leur passage. Comme le suggère le titre, il faut y voir des vestiges de corps qui ont souffert de dégénérescence, des corps meurtris, des formes qui ne sont plus que l’ombre d’elles-mêmes. Or, par un intéressant contraste avec cette interprétation, Paschakarnis conçoit les ombres comme des preuves irréfutables de l’existence, puisque, dès le moment où un objet en projette, il « est ». Elle soutient en effet que les ombres « sont plus fidèles à la réalité que les reflets parce qu’elles ne présentent pas une image inversée des choses ; elles révèlent l’autre côté, la dualité de l’être ».

Les sculptures témoignent d’une présence physique, inquiétante peut-être, vu qu’elles luttent simultanément avec l’intangible. Chacune est unique et autonome. Chacune laisse place à toutes les associations possibles. Étant juxtaposées, les œuvres de Paschakarnis communiquent les unes avec les autres. Tantôt elles peuvent représenter différents moments, tantôt des états de transformation du même sujet. Posées là, elles n’aspirent qu’à la reconnaissance et invitent à la réflexion et au dialogue.

L’œuvre Ombrages pour les humains est présentée dans les salles d’art contemporain du MBAC dans le cadre de Surgir de l’ombre. La biennale canadienne 2014, jusqu’au 8 mars 2015. Cet article a été publié à l’origine dans le catalogue bilingue de l’exposition Surgir de l'ombre/Shine a Light. Cliquez ici pour acheter l’ouvrage en ligne.

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