Voyage dans le temps et l’espace autochtones

 

Kevin McKenzie, 426 Hemi (2010), résine de polyuréthane et peinture acrylique, 20,5 x 62,1 x 61 cm. MBAC

Un jour qu’elle roulait sur les petites routes cahoteuses de sa réserve natale de la Nation crie de Montana, en Alberta, la conservatrice Diana Warren s’est mise à réfléchir à l’utilisation de la notion autochtone du voyage comme base pour une exposition.

« J’étais fascinée par le temps que nous passons, ma sœur et moi, sur ces chemins raboteux qui secouent chacun de nos os, chaque fois que je reviens à la réserve et que nous allons visiter la famille, parents, cousins, oncles et tantes, me dit-elle au téléphone depuis Winnipeg. Il y a bien sûr les autoroutes, mais le fait d’emprunter ces petites routes semble un moyen plus intime et privé de se déplacer à travers le temps et l’espace de la réserve. »

Rien ne m’arrêtera porte sur les modes de transport physiques des membres des Premières nations : voiture, avion, vélo, motoneige et train. Mais elle plonge aussi dans le voyage émotionnel, spirituel et psychique vers et à travers les espaces autochtones. En assemblant un large éventail d’œuvres issues de la collection du Musée des beaux-arts, Warren a mis en place une exposition qui est très étoffée, parfois fantaisiste, mais aussi « profondément politique ».

Tim Pitsiulak, Sans titre (Poste de pilotage) [2008], crayon de couleur, crayon-feutre de couleur et mine de plomb sur papier vélin, 121,5 x 240,5 cm. MBAC. © Dorset Fine Arts

« J’ai étudié différents moyens de transport, particulièrement entre les centres urbains et les communautés isolées, très au nord, où on ne se rend qu’après trois heures d’avion. J’ai pensé également aux super projets de Steven Yazzie, avec sa caisse à savon. Il voyageait à travers le temps et l’espace dans son territoire traditionnel à bord d’un véhicule entièrement fait main, à l’aspect très enfantin, tout à fait le contraire d’une automobile. »

Warren, qui est maintenant directrice du musée Urban Shaman Contemporary Art à Winnipeg, a organisé Rien ne m’arrêtera en 2010, alors qu’elle était conservatrice autochtone en résidence du Conseil des arts du Canada au Musée des beaux-arts du Canada. L’exposition présente des œuvres de 12 artistes indigènes, inuits et des Premières nations du Canada, des États-Unis et de Nouvelle-Zélande. La commissaire explique qu’elle aime ce mélange d’artistes reconnus, établis, et d’autres qu’elle décrit comme étant « à la marge et prêts à exploser ».

Kevin McKenzie, par exemple, utilise des crânes de bison en résine moulée avec des noms de puissants bolides anciens. Kevin Lee Burton, pour sa part, se sert de texte et de sons de la langue crie pour créer une bande-son visuelle dans sa vidéo Nikamowin (Song) [Nikamowin (Chant)].

Kevin Lee Burton, Nikamowin (Chant) [2007], vidéodisque numérique (DVD), 11 min 15 s, MBAC

« On peut vraiment comprendre d’où vient l’artiste, ce à quoi il pense en regardant sa propre communauté ou en déménageant dans une autre, dit Warren. Tim Pitsiulak présente, dans ses grands dessins de postes de pilotage, son arrivée en avion dans la sienne. Il y a aussi Larry McNeil, qui a quitté très jeune le Yukon pour l’Amérique du Sud, et son œuvre porte sur l’expérience de déménager dans un grand centre urbain. La pièce de Terrance Houle a la ville comme sujet… C’est une œuvre assez noire sur la prostitution et les effets négatifs sur les Autochtones de la vie urbaine. J’ai trouvé très beaux les reflets de la lumière dans les miroirs, mais la projection s’y réfléchit aussi, de sorte que cet homme bizarre, louche, n’arrête pas de nous regarder. »

L’exposition comprend aussi des œuvres de Sonny R.L. Assu, Mike MacDonald, Norval Morrisseau, Jamasee Padluq Pitseolak, Greg Staats et Taika Waititi.

Rien ne m’arrêtera est présentée à l’Esplanade Art Gallery à Medicine Hat, en Alberta, jusqu’au 9 février 2013.

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