Vues de solitude : Christiane Pflug

Christiane Pflug, L'école Cottingham en hiver I, 1968. Huile sur toile, 110.5 x 100.5 cm. Don du docteur Michael Pflug, Toronto, 1982. Musée des beaux‑arts du Canada, Ottawa. © Succession Christiane Pflug Photo: MBAC

Nous venons à l’état d’isolement par de nombreux cheminements, parfois individuellement, et parfois en groupe. En 2020, nous observons le monde extérieur à travers des fenêtres, jour après jour, comme si nous étions piégés dans une peinture de Christiane Pflug.

L’artiste a élevé à l’état de forme artistique l’action de contempler le monde extérieur à travers des fenêtres et des portes, et elle a utilisé la même perspective à de nombreuses reprises pour alimenter des sentiments complexes d’isolement, de vide, de nostalgie. Ses peintures sont troublantes, à l’image de l’isolement. Pour certains solitaires, l’isolement est un état choisi, alors que la majorité d’entre nous l’apprécie à petite dose. Qui n’a pas voulu un « moment pour soi » pendant une journée mouvementée? La plupart d’entre nous choisissent la façon dont nous percevons l’isolement, tout comme nous choisissons ce que nous observons quand nous regardons le monde extérieur à travers une fenêtre de Pflug.

L’école Cottingham en hiver I, un des tableaux de l'artiste dans la collection du Musée des beaux-arts du Canada, a été peint en 1968, neuf ans après l’arrivée à Toronto de la Berlinoise avec ses deux jeunes filles (son mari Michael a fini un internat en médecine en Afrique du Nord et rejoint sa famille un an après environ). Depuis l’intérieur de leur maison de Toronto, la vue donne sur un quartier propre, rempli de bâtiments bas et de gratte-ciel, de voitures en stationnement et de tours de communication, sans humain en vue. Peint, il y a 52 ans, la toile aurait pu être peinte hier, tellement la scène est actuelle. Soudainement, nous avons contre toute attente pris l’habitude de voir des rues, des parcs et des quartiers naguère animés devenir silencieux.

Pflug a eu une vie difficile, et pourtant on peut noter beaucoup de luminosité dans ses tableaux : un drapeau canadien vole au vent, un rappel tant des rassemblements extérieurs plus chaleureux à venir que de la force de l’unité canadienne alors que la nation devient une pour le bien commun. Les terrains de stationnement pleins évoquent l’activité, celles des élèves dans les classes, et des adultes travaillant derrière toutes les fenêtres de ces autres bâtiments, de personnes rassemblées intentionnellement et physiquement. Au-dessus, un ciel bleu brumeux semble répandre la bonne humeur, malgré qu’il s’agisse d’une journée d’hiver.

Une interprétation aussi positive n’aurait pas surpris Pflug, qui était méthodique dans son travail. Elle mettait des mois à terminer une peinture et le processus était si intense qu’elle a déjà écrit : « Je commence à comprendre Sisyphe de mieux en mieux ». Une artiste aussi rigoureuse devait avoir tenu compte de toutes les réactions possibles des spectateurs : malgré l’isolement qui se dégage de ses tableaux, ceux-ci seront parfois vus et ressentis comme étant tranquillement joyeux, même sereins.

À travers de cette période, l’art de Pflug peut s’adresser encore plus éloquemment à un plus grand public, alors que nous efforçons de faire face à un degré d’isolement que nous n'avions pas ressentis auparavant. C’est le don de Pflug en ces temps anxiogènes – de contempler quand nous regardons à travers sa fenêtre, aspirant à être dehors et à nouveau étre unis.

 

Pour plus de détails sur les œuvres de Christiane Pflug dans la collection du Musée des beaux-arts du Canada, consultez la collection en ligne.​ Partagez cet article et n’oubliez pas de vous abonner à nos infolettres pour connaître les dernières informations et en savoir davantage sur l’art au Canada.​

Christiane Pflug

Partager cet article: 

À propos de l'auteur