Focus sur la collection: les ferrotypes

Inconnu (États-Unis - fin du XIXe siècle), Une famille devant leur maison, v. 1860‑1900. Ferrotype.

Inconnu (États-Unis - fin du XIXe siècle), Une famille devant leur maison, v. 1860‑1900. Ferrotype, 16.8 x 21.9 cm. Musée des beaux‑arts du Canada, Ottawa. Photo: MBAC

 

Le procédé du ferrotype a été présenté pour la première fois en 1853 par Adolphe Alexandre Martin (1824-1896)i et a été breveté en 1856ii. Comme les ferrotypes étaient fabriqués à partir de matériaux peu coûteux et que leur production était rapide, ils étaient accessibles à un grand nombre de personnes. Rapidement, ils ont connu une grande vogue. Le procédé du ferrotype a été particulièrement utilisé entre 1853 et 1930iii.

Également connus sous leur nom anglais de « tintypes », les ferrotypes sont des clichés uniques en leur genre. Ils sont réalisés par un procédé au collodion humide, le même que celui qui a été utilisé pour produire les premiers négatifs sur plaques de verre. Les ferrotypes sont réalisés à l’aide de fines feuilles de fer recouvertes d’une laque foncée et se reconnaissent à leurs reflets blancs laiteux et à leurs ombres noires. Les touches de finition peintes à la main, comme les touches de couleur appliquées sur les visages ou les bijoux, sont courantes sur les ferrotypesiv.

Pour produire un ferrotype, on recouvre une plaque de fer d’une solution au collodion, puis on la sensibilise au nitrate d’argent. La plaque est ensuite exposée directement dans un appareil photographique, puis immédiatement développée dans une chambre noire. Les images sur les ferrotypes sont composées de petites particules d’halogénure d'argent en suspension dans la couche de collodion. Techniquement, le ferrotype est en fait un négatif; cependant, la couleur sombre de la plaque de fer fait en sorte que la photographie apparaisse comme un positifv.

Si la production de ferrotypes se faisait généralement dans des studios professionnels, des photographes itinérants ont également profité de la forte demande pour ce type de produits pendant la seconde moitié du XIXe siècle. Il était courant d’installer des chambres noires portables dans des lieux très fréquentés, comme les foires ou les champs de bataille. Ces kiosques spontanés devenaient des lieux où les gens pouvaient s’arrêter, se faire photographier et repartir avec un portrait peu de temps après. Les photographes produisant des ferrotypes se servaient souvent d’un appareil « multiplicateur » leur permettant de réaliser de nombreuses expositions sur la même feuille de fer, comme ce que l’on obtient dans les cabines photographiques modernesvi. En raison de leur taille relativement petite et de leur solidité, les ferrotypes se prêtaient parfaitement aux envois postaux et au transport, et il n’était pas rare qu’ils soient glissés dans des albumsvii.

Toutefois, les ferrotypes sont sensibles à une exposition prolongée à la lumière ou à l’humidité, et ne sont pas à l’abri de dommages physiques tels que les rayures, les pliures et les bosses. La meilleure façon de les conserver est de les placer dans des enveloppes avec un renfort résistantviii.

Inconnu (États-Unis - fin du XIXe siècle), G.B. (Portrait d'une fille), v. 1862‑1899. Ferrotype.

Inconnu (États-Unis - fin du XIXe siècle), G.B. (Portrait d'une fille), v. 1862‑1899. Ferrotype, rehaussé, 2.1 x 1.5 cm. Musée des beaux‑arts du Canada, Ottawa. Photo: MBAC

Inconnu (États-Unis - fin du XIXe siècle), A.K. (Portrait d'une fille), v. 1862‑1899. Ferrotype.

Inconnu (États-Unis - fin du XIXe siècle), A.K. (Portrait d'une fille), v. 1862‑1899. Ferrotype, 2.1 x 1.5 cm. Musée des beaux‑arts du Canada, Ottawa. Photo: MBAC

Inconnu (États-Unis - fin du XIXe siècle), F.L. (Portrait d'un garçon), v. 1862‑1899. Ferrotype.

Inconnu (États-Unis - fin du XIXe siècle), F.L. (Portrait d'un garçon), v. 1862‑1899. Ferrotype, 2.1 x 1.5 cm. Musée des beaux‑arts du Canada, Ottawa. Photo: MBAC

Inconnu (États-Unis - fin du XIXe siècle), E.H. (Portrait d'un homme), v. 1862‑1899. Ferrotype.

Inconnu (États-Unis - fin du XIXe siècle), E.H. (Portrait d'un homme), v. 1862‑1899. Ferrotype, 2.1 x 1.5 cm. Musée des beaux‑arts du Canada, Ottawa. Photo: MBAC

 

Les ferrotypes de la collection du MBAC . . .

Les ferrotypes de la collection du Musée des beaux-arts du Canada donnent un aperçu des différentes façons dont les gens du XIXe siècle ont collectionné, conservé et présenté ces objets uniques.

Cet album sans titre (vers 1862-1899) comprend 48 portraits de type « gemme » réalisés sur ferrotype. Le format gemme était généralement de 3,74 x 4,23 cm (1⅜ x 1⅔ pouce) ou plus petitix. Ces portraits représentent des enfants et de jeunes adultes, tous posés devant une toile de fond neutre, et photographiés sous le même angle et à partir de la même distance. Les portraits sont placés dans des pochettes individuelles en papier et portent des initiales manuscrites sur le cadre, au-dessus de chaque sujet. Le contenu et la structure de cet album, c’est-à-dire le fait que les portraits soient regroupés dans douze pochettes, donnent à penser qu’il a été utilisé comme un album scolaire.

Le « Portrait d’une famille » (vers 1880-1890) montre une famille de quatre personnes, habillées en tenue de plage et assises devant un décor de bord de mer peint. Ce ferrotype est un excellent exemple du type de portrait qui aurait été réalisé dans un studio de photographie professionnel, plutôt que dans une chambre noire portable. Si l’on en juge par sa grande taille (13,2 x 10,1 cm), l’application de couleur et son cadre doré, ce ferrotype était probablement un objet de grande valeur exposé dans la maison familiale. 

Inconnu (États-Unis - fin du XIXe siècle), Portrait d'une famille, v. 1880‑1890. Ferrotype avec application de couleur.

Inconnu (États-Unis - fin du XIXe siècle), Portrait d'une famille, v. 1880‑1890. Ferrotype avec application de couleur, 10.1 x 13.2 cm. Musée des beaux‑arts du Canada, Ottawa. Photo: MBAC

 

À propos de l’autrice :

Emily Sylman poursuit une maîtrise en préservation et gestion des collections de films et de photographies (Film and Photography Preservation and Collections Management; F+PPCM) à la Toronto Metropolitan University (anciennement Ryerson University).

 


i Bertrand Lavédrine et coll., « Tintypes (1853–1930) », dans Photographs of the Past: Process and Preservation, traduction de (Re)connaître et conserver les photographies anciennes. John McElhone (Los Angeles, Californie : Getty Publications, 2009), pp. 34-38.

ii « Identification: Tintype », Graphics Atlas (Image Permanence Institute [IPI]), consultation le 8 juin 2022 : http://www.graphicsatlas.org/identification/?process_id=280#overview.

iii Lavédrine.

iv “Identification: Tintype.”

v Ibid.

vi Lavédrine.

vii “Identification: Tintype.”

viii Lavédrine.

ix  Ibid.

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