Focus sur la collection : Victor Kolář

Né et élevé à Ostrava, en Tchécoslovaquie, Victor Kolář s’enfuit en Autriche en 1968 lors de l’invasion de son pays d’origine par les forces du Pacte de Varsovie, avant d’émigrer au Canada. Il va y rester jusqu’en 1973, vivant d’abord dans le quartier chinois de Vancouver, puis travaillant comme manœuvre dans le nord de la Colombie-Britannique.

S’il a déjà pratiqué la photographie à Ostrava (où il a étudié à l’Institut de la photographie), Kolář ne va commencer à s’y adonner sérieusement qu’une fois à Vancouver. Vers 1969–1970, il déménage à Toronto et occupe un emploi de technicien dans un labo photo où il fait la connaissance d'autres photographes, en particulier Michael Semak.

Encouragé par le soutien de ce dernier et d’autres (William Ewing, notamment), Kolář fait des demandes de bourses et obtient un financement qui lui permet de se rendre à Montréal. Il y demeure pendant deux ans, période pendant laquelle il correspond avec Cornell Capa, qu’il rencontre. Il retourne en Tchécoslovaquie en 1973, après que le pays a décrété une amnistie pour les candidats au retour.

Victor Kolář, Montréal (Place Ville Marie - Entreprise), 1972, tiré en 1998, épreuve à la gélatine argentique, 28.8 x 40.3 cm.  Victor Kolář, Montréal (Place Bonaventure), 1973, tiré en 2010, épreuve à la gélatine argentique, 29.4 x 39.8 cm. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa © Victor Kolář Photo: avec l’authorization de Stephen Bulger Gallery

 

Kolář excelle dans la photographie de rue, à l’affût de situations insolites et des petites péripéties qui jalonnent la vie quotidienne. Par exemple, un agent de sécurité, éclairé étrangement par en dessous, semble tout droit sorti de l’univers du docteur Folamour. Ou encore, sept hommes d’affaires sont plongés en pleine perplexité quant à la manière de s’occuper d’un bébé rampant sur le plancher de leur bureau. Et Mickey semble sur le point de diriger une symphonie inconnue. Les œuvres ne manquent pas de surprendre par ce qu’elles montrent du Canada à travers le regard de quelqu’un venu d’ailleurs. Les sujets paraissent quelque peu brouillés et dysfonctionnels, comme en suspension.

À l’instar des Américains de Robert Frank, les images de Kolář portent en elles spontanéité et instantanéité, servies par des angles de prise de vue et un éclairage spectaculaires. En même temps, cependant, la retenue et l’ordre ne sont pas absents, grâce à une attention particulière accordée à la composition et à la grande maîtrise technique. L’œuvre plus ancienne Train, Ostrava nous offre un aperçu du talent de photographe de Kolář à un jeune âge, avant son arrivée au Canada. Homme à la mallette et soldats, Ostrava est un exemple de son travail après son retour dans son pays natal.

Victor Kolář, Train, Ostrava, 1963
Victor Kolář, Man with bag + soldiers, Ostrava, 1974

Victor Kolář, Train, Ostrava, 1963, tiré en 2014, épreuve à la gélatine argentique, 29.4 x 40.1 cm. Victor Kolář Homme avec une valise et soldats, Ostrava, 1974, tiré en 1977m épreuve à la gélatine argentique, 25.5 x 37.3 cm. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa © Victor Kolář Photo: avec l’authorization de Stephen Bulger Gallery

 

En savoir plus…

Biographie

Victor Kolář est un photographe tchèque renommé dont on trouve les œuvres dans les collections du Museum of Contemporary Photography (Chicago), de l’International Center of Photography (New York), du Museum of Fine Arts (Houston), de la Maison Européenne de la Photographie (Paris), du Musée de l’Elysée (Lausanne), du Musée des arts décoratifs (Prague) et du Victoria and Albert Museum (Londres).

Ses expériences au Canada vont s’avérer essentielles dans son évolution artistique. À son retour en Tchécoslovaquie, il noue immédiatement contact avec la communauté des arts à Prague. Kolář va occuper plusieurs emplois avant de devenir professeur à l’école de cinéma et de télévision (FAMU) de l’Académie des arts de la scène à Prague, poste où il aura une grande influence sur des générations de photographes et de réalisateurs.

Victor Kolář, Montréal, Québec, 1972, tiré en 2010, épreuve à la gélatine argentique, 28.8 x 40.3 cm. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa © Victor Kolář Photo: avec l’authorization de Stephen Bulger Gallery

Dans les mots de l’artiste :

« Après cinq années d’exil, j’avais reçu ma leçon de vie et, avec toutes les expériences vécues, j’ai pu survivre au régime communiste dans mon pays. Grâce à un œil aiguisé, j’ai été en mesure de photographier des choses et des situations que les photographes locaux ne voyaient pas. Si je n’étais pas rentré chez moi, j’aurais été incapable de réaliser l’œuvre que j’ai produite jusqu’à présent. »

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